Expert Sciences

Yves Fouquart

Enseignant Chercheur Physique

Classé sous :physique
Dans un des forums de Futura Sciences, j'ai été amené à poster ce qui suit et j'ai très envie d'en faire ma dédicace : J'ajoute que les questions des intervenants non spécialistes ou même non scientifiques sont de toute manière extrêmement bénéfiques pour les scientifiques eux mêmes: 1 - parce qu'on n'est pas payé pour se faire plaisir mais pour faire avancer la connaissance, pas la nôtre , celle de la société 2 - parce que ce qui "se conçoit bien s'énonce clairement" et que , en corollaire, ça aide énormément d'avoir à formuler quelque chose de complexe de façon simple 3 - parce que toute question est génératrice d'idée si elle n'est pas la simple répétition d'une question déjà posée. 4 - parce que on ne peut pas se plaindre du désintérêt général pour la science et du recours à l'ésotérisme ou aux vérités révélées et refuser la discussion aux non spécialistes En définitive, on est toujours béotien dans la plupart des domaines de la Science. Grâce aux News et aux Dossiers, Futura-Science m'a permis d'apprendre très vite dans des domaines totalement obscurs jusqu'à présent. J'ai aussi beaucoup profité de l'expérience des spécialistes qui participent aux forums. Et puis, il y a ces forums interdisciplinaires où chacun s'enrichit de l'expérience de l'autre. C'est donc un site d'une très grande richesse.
Yves Fouquart, Enseignant Chercheur Physique

Biographie

Après un essai dans le secteur privé, j'ai commencé un DEA ....en 1967. Ma thèse d'Etat (ça existait encore à l'époque) portait sur l'analyse des spectres d'absorption présents dans la lumière solaire réfléchie par VénusJe me suis ensuite reconverti vers l'étude de l'atmosphère terrestre dans le cadre de recherches sur la dynamique du climat.

C'est en effet à cette époque, vers 1975, que l'augmentation de la concentration de l'atmosphère en CO2 a commencé à susciter l'intérêt des politiques et que les premiers grands programmes de recherche internationaux ont été lancés.

Depuis, je n'ai plus quitté la Terre ( !). J'ai participé modestement au développement des modèles climatiques en développant des routines de calcul des transferts d'énergie par rayonnement. Je me suis aussi intéressé de très près aux nuages et aux aérosols qui modulent fortement le rayonnement électromagnétique. Je me suis donc très vite intéressé aux conséquences de l'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre.

Les études sur les nuages et les aérosols comportent des aspects expérimentation in-situ (en avion ou depuis le sol), des aspects modélisation et des aspects observations depuis satellite. J'ai participé à ces trois types d'activité. Ce qui est très intéressant, c'est cette approche qui comprend des aller retours incessants entre observation et modélisation. En fait, c'est le cas de tous les domaines de la recherche climatique : le modèle numérique est l'élément intégrateur, c'est à partir de ses insuffisances ou des problèmes qu'il fait apparaître que l'on élabore les expériences à mettre en place. C'est pour valider ces modèles et pour les nourrir que sont lancés des satellites d'observation. Les campagnes de mesures, les expériences sur le terrain demandent les plus souvent des moyens lourds et coûteux : avions, bateaux, satellites. Il s'agit donc d'expériences en collaboration et le plus souvent en collaboration internationale.

Cette collaboration internationale est très développée et organisée dans le cadre de programmes internationaux comme le Programme Mondial de Recherches sur le Climat. J'ai participé de prés à ce programme et je reste très marqué par ces années où tous les ans, nous passions une semaine à faire le point sur tous les domaines d'avancée de la recherche mondiale sur le climat et où s'élaboraient les stratégies de recherche.

Métier

La recherche sur le climat a deux caractéristiques principales: elle est très interdisciplinaire (physique, chimie, géologie, biologie, et même économie) et elle est très internationalisée, les échanges y sont donc très fréquents et très enrichissants. Si l'on ajoute à cela, le fait que le sujet est d'un intérêt sociétal évident, il y a de quoi déclencher les passions.

Puisque j'étais Professeur, une partie non négligeable de mon temps a été consacrée à l'enseignement en DEUG et en DEA. Ce n'est pas toujours évident d'enseigner la physique à de futurs biologistes par exemple, surtout quand beaucoup d'entre eux ont choisi cette voie pour fuir une discipline qui leur faisait peur. Mais je peux dire que j'ai toujours aimé ça, même s'il m'a bien fallu reconnaître que mes efforts ne portaient pas souvent leurs fruits. Mes cours sur le climat ou la météo ont beaucoup mieux marché, ils n'étaient pourtant pas forcément plus simples.

Il m'a toujours semblé qu'il existait un véritable à priori contre la physique chez beaucoup d'étudiants, les mêmes pouvant d'ailleurs se passionner pour l'astrophysique...ou pour le climat.

Continuons à faire le tour de la carrière d'un enseignant-chercheur, je veux parler des charges administratives diverses et variées. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus passionnant à mon sens. Certains savent soigneusement les éviter, d'autres aiment ça ; de toutes façons, il faut bien qu'elles se fassent. Une Direction de Labo, ce n'est pas beaucoup de sciences, c'est beaucoup de paperasses, beaucoup de tracasseries plus ou moins ridicules mais ce sont aussi quelques réalisations ou quelques projets qu'on arrive quand même à mettre sur les rails. Pourquoi parler de ça ici ? Mais, tout simplement parce qu'être chercheur, plus encore être enseignant-chercheur, c'est un métier aux facettes multiples et que comme tous les métiers, celui là comporte des aspects plus ou moins enivrants. N'empêche, comme disait un ami de mon père à mon propos (imaginez un rocailleux accent du Languedoc) : « ce gars là, il bosse pas : il se régale ! »