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Les rejets dus à la centrale

Dossier - Les rejets de la centrale nucléaire du Blayais à la loupe
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La centrale du Blayais, appelée encore centrale de Braud-Saint-Louis est constituée de quatre tranches de 900 mégawatts. Elle est située en bordure de la Garonne et rejette ses eaux de refroidissement dans le fleuve. Cette centrale a beaucoup fait parler d'elle à l'occasion la grande tempête de décembre 1999.

  
DossiersLes rejets de la centrale nucléaire du Blayais à la loupe
 

Toute centrale rejette des éléments radioactifs lors de son fonctionnement normal. Il se pose donc une double question : ces rejets sont-ils inférieurs aux maximums fixés par l'arrêté d'autorisation (dans le cas présent la réponse est Oui) ; le niveau des rejets effectifs est-il acceptable pour l'environnement compte tenu de la réglementation et des connaissances scientifiques actuelles ?

Les principaux problèmes concernent d'une part les rejets dans la Garonne (dans les conditions normales d'utilisation) et les rejets atmosphériques (lors des rechargements en combustible qui obligent à ouvrir la cuve du réacteur). Bien sûr ces effluents sont traités avant rejet pour réduire autant que possible leur contamination, mais la CRIIRAD souligne que certains radioéléments sont très difficiles à piéger, comme le tritium, le carbone 14 et les gaz rares.

Par ailleurs de petites quantités de radioéléments peuvent sortir par le biais d'objets ou de vêtements portés par des personnes, qui auraient été contaminés à l'insu des opérateurs.

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Enfin la sortie du combustible usagé et des déchets dans des containers étanches a été abordée. Le rapport reprend diverses données provenant d'études antérieures de la CRIIRAD sur le risque d'exposition de la population lors du transport du combustible usagé (stationnement à proximité de camions ou de wagons). Il s'agit là d'un risque non négligeable d'exposition aux rayonnements ionisants et aux neutrons qui ne sont que partiellement arrêtés par le blindage des containers.Il ne s'agit donc pas d'un risque de dissémination dans l'environnement de radionucléides, bien qu'il y ait eu dans le passé des cas de contamination surfacique de ces containers.Mais les leçons du passé ayant été tirées ces contaminations éventuelles sont maintenant bien contrôlées.

Le rapport souligne que l'évaluation des rejets aquatiques ou aériens est incomplète. Les émetteurs gamma, les plus faciles à détecter, ne représentent que 3,2 GigaBecquerels, contre 36000 GBq pour le tritium (émetteur béta).Par contre le carbone 14 n'est pas dosé alors que des considérations théoriques laissent penser que ce radionucléide pourrait arriver en deuxième position pour les rejets liquides (après le tritium)et en troisième position(après les gaz rares et le tritium)pour les rejets aériens.La CRIIRAD s'inquiète de la possibilité que d'autres émetteurs béta, difficiles à détecter si l'on n'utilise pas des méthodes spécifiques, puissent échapper à cette évaluation. Plus étonnant, en cherchant à faire l'inventaire des radionucléides susceptibles de se former au sein des réacteurs par action des neutrons sur les divers constituants de celui-ci,la CRIIRAD s'est aperçue qu'EDF ne semblait pas disposer d'une liste exhaustive. Ceci signifie que les centrales sont exploitées depuis plusieurs décennies sans qu'on ait un bilan complet des radioéléments rejetés dans l'environnement.

La CRIIRAD s'étonne de ce que les nouvelles autorisations de rejet demandées par la centrale(dossier soumis à enquête publique de janvier à mars 2002)soient disproportionnées avec les besoins réels(en 1999 les rejets atmosphériques de tritium représentaient moins de 6% des autorisations demandées et les rejets liquides d'iode moins de 5%).Ceci est d'autant plus paradoxal que dans le même temps la centrale est engagée dans un contrat de gestion élaboré en concertation avec l'échelon national qui prévoit des rejets radioactifs 400 fois inférieurs aux autorisations de 1981 et 16 fois inférieurs aux nouvelles demandes. En outre la gamme des radionucléides à prendre en compte serait définie de façon trop floue. La Direction de la Sûreté des Installations Nucléaires considère que le maintien de limites trop élevées par rapport aux possibilités techniques actuelles n'est pas justifiable. Le rapport s'abstient de toute polémique sur ce sujet mais on peut émettre deux hypothèses : ou bien la direction de la centrale envisage de se servir de ces chiffres pour montrer qu'elle fait beaucoup mieux que ce que les pouvoirs publics l'autorisent à faire, ou bien elle se donne une marge de sécurité en cas d'incident de fonctionnement pour montrer que même dans ce cas les rejets serait restés en dessous des seuils fixés.

La sortie de radionucléides par l'intermédiaire de matériel ou de vêtements contaminés à l'insu des opérateurs est contrôlée par des portiques situés en sortie de la centrale. Le seuil de détection est de 50000 Bq pour les portiques contrôlant le matériel et de 3000 Bq pour ceux qui contrôlent les piétons. 46 cas de contamination vestimentaire on été ainsi repérés en 2000. Mais il faut être conscient que ces portiques sont surtout efficaces pour détecter les émetteurs gamma tels que le cobalt 60. Ils le sont beaucoup moins pour des émetteurs gamma moins énergétiques et surtout pour les émetteurs béta. Des contaminations beaucoup plus importantes pourraient donc être méconnues et exposer ponctuellement quelques individus de la population à des doses non négligeables, voire inacceptable sur le plan réglementaire.