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Le téléphone portable nuit-il à la santé ?

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Vingt scientifiques, essentiellement des cancérologues, ont lancé il y a quelques jours un appel public à la prudence concernant l'usage du téléphone portable. Au nom du sacro-saint "principe de précaution". Où en est-on ?

L’Alcatel 9109HA, premier téléphone portable GSM commercialisé en France. Crédit : Alcatel

Réuni autour du professeur en psychiatrie David Servan-Schreiber, vingt chercheurs dénoncent en chœur le manque de précautions devant l'usage croissant du téléphone portable. Thierry Bouillet, cancérologue à l'hôpital Avicenne de Bobigny et signataire de l'appel, dénonce : « nous sommes dans la même situation qu'il y a cinquante ans pour l'amiante et le tabac ». David Servan-Schreiber poursuit : « même sans preuve définitive, il faut expliquer aux gens que l'usage des portables n'est sans doute pas anodin et qu'il y a des façons avérées de se protéger. »

Mais le moins qu'on puisse dire, c'est que cette démarche ne fait pas l'unanimité. L'Académie de Médecine elle-même réagit en dénonçant cet appel (publié dans le Journal du Dimanche) qu'elle sanctionne en affirmant qu'il « relève de la démagogie [et] en aucun cas d'une démarche scientifique ».

A juste titre, elle rappelle aussi que « la médecine n'est ni de la publicité ni du marketing, et qu'il ne peut y avoir de médecine moderne que fondée sur les faits », citant les résultats partiels, mais pour le moment rassurants de l'étude Interphone conduite par l'OMS. Quant au principe de précaution brandi par le groupe de scientifiques agrémenté d'un rappel sur le tabac et l'amiante, l'OMS tient à le relativiser en affirmant que le principe de précaution « ne saurait se transformer en machine alarmiste, surtout quand plusieurs milliards de portables sont utilisés dans le monde sans conséquences sanitaires apparentes depuis 15 ans. »

Enfin, l'OMS souhaite que les recommandations à venir s'appuient plutôt sur les études sérieuses, inattaquables sur leur méthodologie « plutôt que de nombreuses études de moindre envergure dotées de moyens et d'une puissance statistique insuffisants ». Mais elle tient aussi à faire savoir que jusqu'à présent, ni Interphone, ni le grand nombre d'études qui ont été effectuées, ne présentent ces garanties.

L’étude Interphone

Ainsi, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de Lyon a amorcé en 1999 une enquête internationale à travers 13 pays européens, comparant 3.800 malades atteints d'une tumeur au cerveau ou de la parotide à 3.800 personnes saines, toutes de même classe socio-économique. Les résultats interpellent. Si Français et Allemands constatent un risque de cancer multiplié par deux, Suédois, Japonais, Anglais et Norvégiens ne constatent aucune différence.

Pour en savoir plus, il est nécessaire d'attendre la publication des résultats définitifs... qui se fera lorsque les chercheurs des différents pays concernés parviendront à se mettre d'accord sur les commentaires et les conclusions. Annoncée à plusieurs reprises, cette publication a été autant de fois reportée. Actuellement, elle est prévue pour le printemps 2009.

L'avis de l'Institut National du Cancer

L'Institut National du Cancer se montre tout aussi réservé dans ses conclusions vis-à-vis de cette étude. Il signale que l'analyse principale d'Interphone ne révèle aucune anomalie, mais que « les auteurs ont ensuite découpé la population étudiée en sous-groupes dont les effectifs sont de plus en plus faibles et donc de moins en moins représentatifs », augmentant ainsi le risque de mettre en évidence de fausses associations, qui ne concernent en l'état que des tumeurs bénignes. Il relativise aussi l'efficacité des moyens employés, car il est difficile pour les personnes interrogées de se souvenir du nombre d'appels donnés ou reçus des mois, voire des années auparavant.

Enfin, l'Institut National du Cancer conclut en affirmant sur son site Internet : « Il n'y a pas, dans l'état actuel des connaissances, d'association prouvée entre le risque de développer une tumeur maligne et le téléphone portable. »

En attendant…

En attendant, la Ville de Paris a décidé d'engager une réflexion sur les dangers du portable, ainsi que du WiFi puisque les effets semblent les mêmes, à supposer toutefois qu'ils se confirment. Cette étude portera sur un examen minutieux des règlementations et dispositifs mis en place en vue de limiter l'impact de ces rayonnements.

Une conférence citoyenne sur le thème Ondes et santé sera organisée entre citoyens consommateurs, dont la conclusion sera rendue publique au printemps 2009. Toutefois dans une déclaration faite à notre confrère LePoint.fr, Janine Le Calvez, présidente de l'association Priartem (Pour une Réglementation des Implantations d'Antennes Relais de Téléphonie Mobile), estime que cette enquête ne sera pas représentative car seule une quinzaine de citoyens sera sélectionnée. A la suite du vote d'un moratoire pris par la Ville de Paris sur le WiFi en novembre 2007, quatre bibliothèques publiques ont été déconnectées mais n'en sont pas revenues pour autant à un réseau filaire... Une campagne de mesures réalisées dans six autres bibliothèques ont montré des champs d'émission WiFi de 80 à 400 fois inférieurs aux normes légales.

Bref, il semble urgent d'attendre. Et surtout d'arrêter de fumer, les risques de cancer liés au tabac étant, eux, bien avérés sans qu'il soit nécessaire de faire appel au principe de précaution...

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