Tech

Outils et enjeux de la géolocalisation

ActualitéClassé sous :Tech , géolocalisation , géographie

-

A l'heure ou le Geoportail de l'Institut géographique national devient enfin accessible, il nous semblait intéressant de revenir sur la conférence Where 2.0 qui a eu lieu mi-juin à San José Californie, consacrée aux outils et aux enjeux de la géolocalisation.

Outils et enjeux de la géolocalisation

Michael Liebhold de l'Institut pour le Futur, a introduit ces deux journées en se projetant dans l'avenir et son dessein : marcher dans un monde où l'on pourrait voir toutes les couches d'information disponibles sur un territoire, toutes les annotations que les gens y auraient mis. D'ici 2015, assurait-il, les traceurs GPS seront capables d'être extrêmement précis et les objets en capacité de savoir où ils sont et où ils vont avec une précision extrême en temps réel... Pour autant, aujourd'hui, si nos téléphones sont équipés de receveurs GPS, les compagnies de téléphone n'autorisent pas l'accès à ces données de localisation.

Comme d'autres à cette conférence, Liebhold a plaidé pour l'accès et les standards ouverts à nos données géographiques. Aujourd'hui, nous pouvons utiliser n'importe quel navigateur pour voir n'importe quelle page web : un modèle qui, espère-t-il, restera à l'esprit des développeurs du web géographique, ce nouveau paradigme où l'information localisée devient visible. Autre challenge, soulevé par Liebhold : le manque d'organisation des métadonnées géographiques ! Si nous voulons échanger nos données entre systèmes hétérogènes, nous devons les labelliser de manière consistante. Un terrain sur lequel il y a encore du travail. Enfin, s'il insistait sur la pertinence des standards existants de la géolocalisation, c'était pour mieux souligner le besoin criant de standards pour gérer l'identité et l'intimité... consubstantielles au développement du repérage à tout crin.

Cabspotting, un projet de du Muséum des sciences de San Francisco, dessine les tracés des taxis qui circulent sur la baie de San Francisco.

A ce titre, Lauren Gelman du Center for Internet Society de l'Ecole de droit de Stanford est venu rappeler le risque qui pèse sur la vie privée en rendant la géolocalisation plus accessible. Difficile de développer des politiques de confidentialité alors que les utilisateurs commencent à peine à découvrir ces services et que les usages sont pour beaucoup dans l'élabopration de telles chartes. Quand on assiste à des changements sociétaux aussi massifs que ceux que la géolocalisation induit, il faut faire attention car ces technologies peuvent tordre les frontières existantes entre l'espace public et l'espace privé, entre le temps public et le temps privé, entre l'intimité et les réseaux sociaux ou professionnels. Si nous commençons à rendre notre localisation publique et accessible à tous, comme certains l'ont appelé de leurs voeux, il nous faudra considérer les ramifications de ces enjeux très tôt dans les processus de développement. C'est le caractère exponentiel de ces quantités d'informations que l'on peut mettre en ligne, combinée au fait que celles-ci peuvent rester accessibles indéfiniment, qui nécessitent que nous nous posions ces questions préalablement. Les gens doivent savoir ce qu'ils font quand ils publient leur information de localisation, a-t-elle martelé. En tout cas, il faut garder cette question du respect de l'intimité bien présente à l'esprit a-t-elle rappelé aux innovateurs présents.

Mikel Maron a présenté GeoRSS, qui est avec KML de Google Earth ( "le PDF des Systèmes d'information géographique", selon Brian McClendon, l'un des directeurs du système), l'un des schémas XML phare du web géographique (et concurrent, puisque GeoRSS a été adopté par Yahoo! et Microsoft). GeoRSS permet d'encoder une localisation dans un fil RSS, une façon simple et efficace de partager du contenu agrégé géographiquement. En terme d'applications, Mikel Maron dispose d'une manufacture où il compile certaines cartes comme celle-ci sur la météo, qui reçoit des flux RSS de quelques stations du monde, ou celle-ci agrégeant les contenus publiés sur la conférence quelque soit leur source.

Gregory Trefry (de Gamelab et organisateur du Festival Come Out & Play à New York) et Kevin Slavin se sont attardés sur les "gros jeux" (Big Games), c'est-à-dire les jeux en extérieur qui utilisent les nouvelles technologies et les outils de géolocalisation. Les contraintes du monde extérieur sont bien souvent les règles qui déterminent l'expérience de jeu, l'essentiel étant de parvenir à jouer avec celles-ci. Prenant l'exemple du célèbre Mogi Mogi, Kevin Slavin en a profité pour rappeler les limites qui font que ce type de jeu restent justement encore confidentiels :

  • la complexité de l'interface et du navigateur : un jeu accessible partout, avec un téléphone mobile, ne signifie pas que vous avez une relation à ce divertissement avec n'importe quel téléphone ou à chaque endroit.
  • les revenus : la bande passante est chère et les modèles économiques de ces jeux sont loin d'être adaptés.
  • la déconnexion : quand vous perdez à Warcraft, vous perdez un peu d'or, mais quand vous perdez dans Mogi Mogi vous pouvez vous retrouver assommé dans le coffre d'une voiture d'un autre participant mécontent. Comment débrancher son identité sans débrancher le jeu ?

  • la connexion : les nuages et frontières de connexion peuvent faire partie du plaisir de jouer, mais est-ce toujours le cas ?
  • la précision : donner la position d'un joueur avec exactitude est encore très difficile.

Si et seulement si ces contraintes sont maîtrisées ou intégrées aux jeux, les programmeurs peuvent alors se concentrer sur le gameplay.

Nikolaj Nyholm et Claus Dahl d' Imity en ont profité pour préciser le concept de géolocalisation, sous le slogan, "C'est une place, pas un espace" ("It's place, not space"). "La localisation ne parle pas de géographie. La chose la plus importante n'est pas l'espace où vous êtes (les coordonnées), mais l'endroit où vous êtes (les gens, les idées et les interactions entre eux). L'espace est juste une passerelle pour accéder à l'endroit : nous avons besoin des coordonnées pour les comparer à d'autres, mais ce qui est important c'est la proximité."

La carte du Da Vinci Code

Parmi les nombreuses présentations, il y avait bien sûr les grands ténors, comme Google Earth (et sa communauté), MSN Virtual Earth, Yahoo!, le World Wind Project de la Nasa ou le futur SkylineGlobe. Mais également beaucoup de jeunes pousses et de services en développement comme le remarqué Platial, qui permet de consulter tout ce qui se dit sur les outils du web 2.0 (photos, infos, vidéos...) en prenant une ville ou un lieu comme référent et permettant aux utilisateurs de créer leurs propres cartes. Sur le même principe, 43 Places, Plazes ou Wayfaring sont trois autres services qui ajoutent des éléments de réseaux sociaux à la cartographie personnalisée. Tagzania fait le lien entre des lieux et des étiquettes (tags) et permet aussi de créer des cartes et des territoires partagés entre utilisateurs, comme l'exemple d'une carte qui recense les lieux du Da Vinci Code. Signalons aussi MetaCarta, une société dont les logiciels essayent de créer des cartes à partir des informations géographiques contenues dans n'importe quel texte, comme par exemple sur ceux d'auteurs classiques.

Remarquons encore Geotagthings développé par Julian Bleecker qui permet de géotagger n'importe quelle page web en la bookmarkant comme on le fait d'une page web ; ou MLB qui produit des avions espion en modèle réduit qui peuvent être utilisé pour se créer des cartes à haute résolution à bas prix. Cabspotting, un projet de du Muséum des sciences de San Francisco, dessine les tracés des taxis qui circulent sur la baie de San Francisco créant une carte vivante et changeante, qui rend visible les tendances économiques, culturelles et sociales de la ville. Le musée a invité des artistes et des chercheurs à exploiter ces données pour révéler les "dynamiques invisibles" de la ville.

Le magazine Wired s'est attardé sur la croissance des programmes open-source dans le domaine, dont le but est de libérer les outils cartographiques des experts. Ces programmes s'appuient sur une communauté réactive, puisqu'elle se focalise désormais sur tout ce qui n'est pas possible de faire avec les Google Maps, comme l'explique Schuyler Erle, co-auteur de Mapping Hacks et animateur de l' Open Source Geospacial Foundation : "Couvrir une carte de points rouge n'aide pas toujours à décrypter leur sens. Avec OpenLayers - un outil pour produire des cartes et leurs métadonnées -, vous pouvez créer les symboles de votre choix sur vos cartes. Vous pouvez faire des cartes qui montrent des données démographiques ou les dégâts du déboisement par exemple."

Reste à poser encore l'équation du modèle économique des ces applications de partage de connaissance locale, comme le remarque, non sans raisons, Glenn Letham de GISuser . Même si les chiffres du marché de la publicité en ligne locale sont prometteurs, précise Jeanette Borzo, la plupart des commerçants ignorent encore que les consommateurs les cherchent sur le web. Or, selon une étude de ConStat et Kelsey, la moitié des consommateurs sur internet ont utilisé un moteur de recherche pour trouver un commerce dans leur localité (soit 44 % de plus qu'en 2004). Cette croissance sera-t-elle suffisante pour en faire un marché ?, la question reste ouverte.

En tout cas, la conférence a donné des idées à quelques participants : Joaquín Cuenca, de Panoramio a créé sur place un mashup de Loquo (le Craiglist espagnol), une cartographie des petites annonces barcelonaises.

Cela vous intéressera aussi