Tableau de Joseph Parrocel, représentant la prise de Gand par Louis XIV, en 1678, durant la guerre de Hollande : les Mousquetaires du roi sont au premier plan du tableau ; on distingue la croix fleurdelisée sur leur vêtement. Musée de l'Armée, Hôtel des Invalides, Paris. © RMN-Grand Palais, Pascal Segrette
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Qui étaient les Mousquetaires du roi ?

Question/RéponseClassé sous :Époque moderne , armée française , Louis XIII

Les Mousquetaires du Roi représentent l'un des corps qui compose la Maison militaire du roi de France. En 1622, Louis XIII détache de sa Garde cinquante cavaliers de la compagnie des « chevau-légers lanciers » (cavalerie légère armée de lances), pour former une unité d'élite indépendante. En 1634, le roi crée le grade de capitaine-lieutenant de la compagnie des mousquetaires, le titre de capitaine lui revenant : le premier commandement est assuré par le comte de Tréville, immortalisé par Alexandre Dumas.

Ces soldats sont armés du mousquet, utilisé à pied car très long et lourd (huit kilogrammes), il doit être posé sur un piquet en métal pour ajuster le tir. Sous Louis XIV, le mousquet est raccourci et allégé, les mousquetaires peuvent désormais l'utiliser à cheval. Ces cavaliers reçoivent la célèbre casaque bleue ornée de la croix fleurdelisée, signe de leur appartenance à la Maison du souverain et se voient confier des missions très variées : escortes du cortège royal, opérations de police et de maintien de l'ordre, mais ils sont surtout au premier rang des troupes royales lors des guerres de siège.

Mousquet à mèche (1650-1660) ; version allégée d'environ 4 kilos. Musée de l'Armée, Hôtel des Invalides, Paris. © RMN-Grand Palais, Philippe Fuzeau

Le corps des Mousquetaires du roi

Les mousquetaires sont recrutés uniquement parmi les gentilshommes ayant déjà servi dans la Garde. L'accès aux mousquetaires qui est un corps d'élite proche du roi, représente une promotion. En quittant ses rangs, le mousquetaire est nommé lieutenant dans la Garde ou officier dans un régiment. Les mousquetaires forment la garde habituelle du roi à l'extérieur du palais ; la garde à l'intérieur des appartements royaux est assurée par les gardes du corps et les gardes suisses.

Portrait du comte de Tréville, premier commandant des Mousquetaires du roi, par Louis Le Nain en 1644. Collection privée. © Wikimedia Commons, domaine public

En 1659, Louis XIV ordonne qu'un hôtel soit construit pour sa compagnie des mousquetaires, qui deviennent ainsi les premiers soldats de l'armée royale à bénéficier d'une caserne, à la satisfaction des habitants du faubourg Saint-Germain contraints de loger les militaires. En 1693, Louis XIV renonce à participer personnellement aux guerres qu'il a engagées et les mousquetaires sont de moins en moins sollicités, ce qui permet d'épargner ces futurs officiers de l'armée royale. 

Au XVIIIe siècle, l'essentiel de leur mission consiste en un service de garde et de prestige auprès du souverain. Ils combattent pour la dernière fois lors de la Guerre de Succession d'Autriche (1741-1748). En 1775, les deux compagnies de mousquetaires (Gris et Noirs, ainsi nommés en raison de la robe de leurs chevaux) sont supprimées pour des raisons économiques.

Portrait de jeune mousquetaire (deuxième compagnie, flammes jaunes) vers 1750 ; anonyme français. Musée de l'Armée, Hôtel des Invalides, Paris. © RMN-Grand Palais

Pendant la première Restauration (avril 1814 - mars 1815), Louis XVIII recrée la Maison militaire et les deux compagnies de mousquetaires de la Garde. Ils apparaissent lors du transfert des dépouilles de Louis XVI et de Marie-Antoinette, le 21 janvier 1815 et sont très remarqués pour leur prestance. Chaque mousquetaire verse 3.000 francs en entrant dans ce corps d'armée et reçoit équipement, armement, cheval et harnachement.

Durant les Cent-Jours (mars 1815 - juillet 1815), les officiers de la Maison militaire sont arrêtés et les deux compagnies de mousquetaires sont licenciées. Au retour de Louis XVIII, les Mousquetaires du roi sont finalement supprimés en septembre 1815. Le peintre Théodore Géricault qu'Alexandre Dumas rencontre peu de jours avant sa mort en 1824, fut l'un des derniers mousquetaires du roi.

Mousquetaire en uniforme de la première compagnie, en 1815 (anonyme). Musée de l'Armée, Hôtel des Invalides. © RMN-Grand Palais, Thierry Ollivier

D’Artagnan a vraiment existé

Le « d'Artagnan historique » (dont Dumas s'est inspiré) se nomme Charles de Batz de Castelmore : il est né vers 1612 à Castelmore, près de Lupiac en Gascogne (Gers actuel). La famille de Batz de Castelmore fait partie de la bourgeoise enrichie par le commerce, devenue noble dans la seconde moitié du XVIe siècle.

Charles de Batz quitte Castelmore pour Paris vers 1630 et décide d'utiliser le nom de la terre d'Artagnan, seigneurie de Bigorre possédée par la maison de Montesquiou qui est celle de sa mère. Il entre vers 1633 chez les cadets des « gardes françaises » (régiment d'infanterie de la Maison du roi) ; il participe de 1640 à 1642, aux opérations militaires du siège d'Arras, de Collioure et de Perpignan. Son entrée chez les Mousquetaires du roi daterait de 1644. Y a-t-il croisé les Béarnais Armand de Sillègue d'Athos, Isaac de Portau et Henri d'Aramitz dont la présence est attestée au sein des mousquetaires ? (Athos, Porthos et Aramis créés par Dumas).

Illustration de l'ouvrage d'Alexandre Dumas, « Les trois mousquetaires », par Jules Huyot et Maurice Leloir en 1894. © Wikimedia Commons, domaine public

En 1646, la compagnie est licenciée et d'Artagnan entre au service de Mazarin comme « gentilhomme ordinaire ». En 1657, la première compagnie des mousquetaires dite des « Mousquetaires Gris » est reconstituée. D'Artagnan y est fait sous-lieutenant en 1658 mais en assure le véritable commandement à la place du capitaine-lieutenant, le duc de Nevers, neveu de Mazarin.

Statue en bronze de d'Artagnan (imaginé par Alexandre Dumas), par Gustave Doré en 1883, située place du Général Catroux à Paris. © Wikimedia Commons, domaine public

Le 5 mars 1659, un contrat portant les signatures de Louis XIV et Mazarin l'autorise à épouser Anne Charlotte de Chanlecy, dame de Sainte-Croix, en l'église Saint-André-des-Arts, à Paris. Ils ont deux fils nés en 1660 et 1661 puis se séparent en 1665.

Louis XIV, pour honorer le traité des Pyrénées conclu en novembre 1659, épouse Marie-Thérèse d'Autriche le 9 juin 1660 à Saint-Jean-de-Luz. L'entrée du couple royal à Paris, le 26 août 1660, donne lieu à des festivités relayées par les gazettes de l'époque : différents corps de la maison du roi y sont représentés dans un cortège ouvert par d'Artagnan et ses mousquetaires.

Le 5 septembre 1661, Louis XIV confie à d'Artagnan la mission délicate d'arrêter le surintendant des Finances Nicolas Fouquet, lors de la tenue du Conseil royal à Nantes. Le mousquetaire transformé en geôlier, accompagne son prestigieux prisonnier dans ses différents lieux d'incarcération : trois mois au château d'Angers, au château d'Amboise puis au donjon de Vincennes, à la Bastille en juin 1662 et enfin à la forteresse de Pignerol.

Mousquetaires du roi en 1688, par Gustave David d'après Dunoyer de Noirmont, XIXe siècle. © Wikimedia Commons, domaine public

Nommé « capitaine des petits chiens du roi courant le chevreuil », il se démet de cette charge en 1667 pour devenir capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires. Entre avril et décembre 1672, d'Artagnan est nommé gouverneur de Lille : les lettres échangées entre le secrétaire d'État à la Guerre et le gouverneur révèlent, outre l'orthographe approximative de d'Artagnan, le caractère vindicatif du mousquetaire très soucieux du respect que lui doivent les ingénieurs de Vauban et le commandant de la citadelle.

D'Artagnan meurt le 25 juin 1673, atteint par une balle de mousquet, devant la ville de Maastricht, lors la guerre de Hollande (Louis XIV contre les Provinces-Unies). Quatre mousquetaires de sa compagnie se sacrifient pour aller rechercher son corps, tombé très en avant des lignes hollandaises. Le lieu de sa sépulture est toujours inconnu.

Statue de Charles de Batz, comte d'Artagnan, à Maastricht. Sur le socle, la devise « Tous pour un, un pour tous ». © Wikimedia Commons, domaine public

À noter

Alexandre Dumas a immortalisé les Mousquetaires du roi mais son roman ne peut en aucun cas être considéré comme une œuvre historique. Il s'appuie sur les mémoires apocryphes de Gatien de Courtilz de Sandras (ancien mousquetaire), publiées en 1700, Mémoires de Monsieur d'Artagnan, qui permettent à Dumas de présenter une vision très romanesque du règne de Louis XIII.

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