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Le chamanisme

Dossier - Chamanisme paléolithique : fondements d'une hypothèse
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Comment les Hommes du Paléolithique concevaient-ils le monde ? Quels étaient les fondements de leur pensée, leur cadre conceptuel ? Découvrez cet univers fascinant dans notre dossier.

  
DossiersChamanisme paléolithique : fondements d'une hypothèse
 

L'on ne saurait résumer le Chamanisme en quelques lignes. Je me bornerai à évoquer brièvement certaines de ses composantes essentielles, en rapport direct avec notre sujet.

Chaman sur le lac Baïkal. © Bagratun, Wikimedia commons, DP

Pour les cultures chamaniques, contrairement à notre propre civilisation matérialiste, il existe une grande perméabilité dans l'univers. Cette croyance est essentielle, et la perméabilité s'exerce à plusieurs niveaux, comme nous allons le voir. Tout ce qui se passe dans notre vie quotidienne est influencé par les esprits surnaturels du (ou des) monde(s) autre(s) et par les relations que nous entretenons entre nous-mêmes et avec eux. Ces mondes sont souvent étagés ou superposés (Vitebsky, 1995, 1997).

Certains - les chamanes mais aussi d'autres personnes à des moments privilégiés de leur vie - ont la capacité d'entrer en contact direct avec le monde-autre. Il s'agit bien de ce qui est perçu et considéré comme un contact direct, et non pas comme une prière ou une supplique. Cela peut se faire de deux façons principales. Le chamane, homme ou femme selon les ethnies, envoie son esprit dans l'au-delà où il (ou elle) voyage.

C'est la vision ou la transe. Cet au-delà peut différer considérablement d'un peuple à un autre. Il a une géographie particulière et présente ses dangers, ses habitants et ses obstacles propres. Tout cela s'apprend. Il peut se trouver dans le ciel (Tukanos de Colombie), dans l'eau (Nootka de l'Île Victoria, au Canada), ou encore dans la roche et le monde souterrain (nombreux exemples dans les Amériques). Dans ce monde-autre, le chamane rencontrera des esprits, souvent sous forme animale, avec lesquels il dialoguera et négociera. Il recherchera une âme volée pour la rendre à son propriétaire. Il prédira l'avenir. Il luttera parfois avec d'autres chamanes "mauvais". ll s'efforcera de régler les problèmes de la vie courante, de guérir les malades, d'amener la pluie bienfaisante, de permettre et de favoriser la chasse.

L'autre type de contact se fait en sens inverse. Un esprit auxiliaire, souvent un animal, est appelé par le chamane qui le contrôle. Il vient à lui et en lui. La nature du chamane est alors double, à la fois humaine et animale. Plus il contrôle d'esprits, plus il est puissant et respecté. On voit que la perméabilité s'exerce aussi entre l'humanité et le monde animal, dont le rôle est particulièrement important.

Les visions sont donc l'un des aspects majeurs du Chamanisme. Elles peuvent être suscitées de multiples façons, et pas seulement avec des substances hallucinogènes. Le jeûne prolongé, la fatigue, le manque de sommeil, la fièvre et la maladie, des sons monotones répétés (le tambour), la danse frénétique, la concentration intense, sont susceptibles d'induire des transes, de même que la déprivation sensorielle, c'est-à-dire l'absence ou la réduction de stimuli extérieurs.

Par exemple, des personnes qui recherchent des visions se rendront dans un désert, ou dans un endroit particulièrement isolé, et y resteront très longtemps, jusqu'à ce que la vision vienne à eux. Certains des lieux où ils ont déjà eu cette expérience, voire les images qui s'y trouvent, peuvent par la suite jouer le rôle de catalyseurs, en déclenchant la transe beaucoup plus rapidement. Il existe des "inducteurs et des relanceurs de rêve", qui sont parfois des images "assez simples (croix, étoiles, sphères, taches de couleur)" (Lemaire, 1993, p. 166).

Le contenu des visions, nous le savons, est très variable. Il dépend de trois facteurs principaux : la personnalité et la vie de celui ou de celle qui la perçoit ; sa culture, susceptible de conditionner considérablement l'hallucination lorsque la transe fait l'objet d'un long apprentissage, comme c'est le cas dans les sociétés chamaniques ; enfin, les constantes neurophysiologiques. À ces dernières on peut attribuer certains phénomènes récurrents comme la lévitation et la sensation de vol, la permanence des signes entoptiques, la fréquence des êtres composites, mi-humains mi-animaux, ou encore la perception d'un tunnel ou d'un tourbillon qui transporte l'âme dans un monde différent.

Ce concept d'une perméabilité entre les mondes se retrouve en effet très souvent dans les croyances, et cela dans le monde entier. Il fonctionne dans les deux sens. Comme nous venons de le voir, le chamane pourra se rendre dans le monde-autre pendant la transe ou recevoir certains esprits. Ceux-ci peuvent également surgir dans notre monde en traversant les roches grâce à leurs fissures et y retourner, voire y entraîner le chamane (ou une autre personne) qui se retrouveront alors dans une grotte profonde.