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La couleur des guerriers chinois de terre cuite passée aux rayons X

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L'archéologie dispose aujourd'hui de puissants moyens techniques dans les domaines de la physique et de la chimie pour percer certaines énigmes. Les rayons X émis par des accélérateurs de particules en sont un. On s'en sert depuis quelques années pour déterminer l'origine de certains pigments utilisés par les Égyptiens, les Mayas et les Chinois. Un bon exemple est celui du pourpre de Han.

Le mausolée de l'empereur Qin, daté du IIIe siècle av. J.-C., s'étend sur environ 56 km², à proximité de la ville de Xi'an. Le tombeau de l'empereur proprement dit est entouré de fosses où se cachait une armée enterrée formée par des milliers de soldats de terre cuite. © Wikipédia, DP

La découverte en 1974 des soldats en terre cuite gardant la tombe du premier empereur de la dynastie Qin, Shi Huang Di, a été un événement archéologique exceptionnel. C'est à l'occasion du forage d'un puits d'irrigation dans la province chinoise du Shaanxi qu'un groupe d'agriculteurs a commencé à sortir de terre toute une armée comportant environ 8.000 soldats en taille réelle, des chevaux, des armes et des chars de combat. Chacune de ces statues à la forme parfaitement conservée est unique.

On y a trouvé les traces d'un pigment qui intrigue les archéologues depuis de longues années. Il s'agit du pourpre de Han qui, contrairement aux colorants analogues tirés de plantes et d'animaux pendant l'Antiquité gréco-romaine, est d'origine synthétique, et beaucoup plus résistant à la lumière. Il doit son nom à l'usage courant qui en était fait en Chine du temps de la dynastie Han entre 206 av. J.-C. et 220 apr. J.-C. En fait, il était déjà en usage bien avant, du temps de la dynastie Zhou, de 1046 à 771 av. J.-C.

Cette vidéo est consacrée à l'armée d'argile du fondateur de l'empire du Milieu, comme on appelle parfois cet ensemble de soldats en terre cuite enterré autour de son tombeau. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite et vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © YouTube, National Geographic

Les premières analyses avaient montré que le pourpre de Han était semblable à un autre pigment de synthèse plus ancien, le bleu égyptien. Il se trouve que le lapis-lazuli des pharaons s'est révélé provenir de mines situées en Afghanistan septentrional, à Badakshan. Les archéologues s'étaient donc demandé si la technique de fabrication du pourpre de Han n'était pas une transmission du savoir des anciens Égyptiens aux anciens Chinois, bien avant que ne s'ouvre la route de la Soie.

Le pourpre de Han, une découverte des alchimistes taoïstes ?

Il y a quelques années, le physicien Zhi Liu s'est rendu compte que la source de rayons X disponible au SLAC National Accelerator Laboratory, où il effectuait un postdoc au milieu des années 2000, à savoir la Stanford Synchrotron Radiation Lightsource, devait lui permettre de déterminer très précisément la composition chimique et la structure aussi bien du pourpre de Chine que du bleu égyptien. Il a effectué sa recherche avec des collègues en utilisant les techniques de microdiffraction et de microfluorescence.

Les soldats de l'armée d'argile sont presque tous individualisés et, selon leur fonction, ils étaient couverts de pigments colorés différents, dont le plus célèbre est le pourpre de Han. © DP

Il est sorti de ces travaux que le pourpre de Han était à base d'un silicate de cuivre et de baryum (BaCuSi2O6) alors que le bleu égyptien était à base d'un silicate de cuivre et de calcium. Les chercheurs en ont déduit que les Chinois avaient donc fait la découverte de la synthèse de ce pigment indépendamment des Égyptiens.

Selon les chercheurs, le pourpre de Han s'obtiendrait en chauffant à des températures très élevées (850-1000 °C) du sable en présence de cuivre et de baryum selon un processus étroitement lié à la technique de vernissage des céramiques. Ils avancent comme hypothèse que ce mode de fabrication a été découvert par les alchimistes taoïstes cherchant à produire du jade de synthèse à partir d'un verre. Le jade est en effet un minéral considéré comme sacré dans le tao.

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