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L'or, la magie des alchimistes

L'or : matière noble, monnaie de référence, magie et mystère de ce qui est rare et précieux, l'or ne laisse personne indifférent, découvrons l'élément, le métal, un peu aussi des mythes qui lui sont liés et son histoire…

Page 9 / 10 - L'alchimie Sommaire
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Claire König Enseignante Sciences Naturelles
  • Commençons par Aristote. (384 - 322 av. J.-C.)

Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Empédocle propose : « l'Univers est formé de quatre éléments: la terre, l'eau, l'air et le feu ». Aristote adopte l'idée d'Empédocle et s'oppose ainsi à Démocrite, car il nie l'existence du vide et la discontinuité de la matière. Aristote renforce la théorie d'Empédocle en attribuant des qualités à chacun des quatre éléments fondamentaux: froid, sec, chaud et humide.

Aristote
Aristote

Nous savons qu'Aristote fut considéré comme le plus grand philosophe et le détenteur de la vérité en Occident durant plusieurs siècles. Ses écrits couvrirent la totalité du savoir de l'époque. La caution apportée à ce philosophe grec par l'Eglise catholique a fait que son influence se fit sentir dans tous les domaines : politique, sciences, philosophie, théologie, éthique, rhétorique, etc. et que tout ce qui contredisait Aristote était aussi contraire à la Vérité de l'Eglise. Autant dire que tout ceci tenait du dogme et que quiconque eut tenté de s'y opposer risquait sa vie. Donc, sa théorie fut adoptée à l'unanimité par les penseurs de l'époque au détriment de tout le reste…

Il aura fallu attendre plus de 2 000 ans avant de sortir de l'impérialisme de la pensée d'Aristote. Ce n'est qu'au 19ème que la théorie de Démocrite refit surface avec John Dalton.

En résumé, voici la conception de la matière selon Aristote :

- La matière est continue et uniforme
- La matière est composée de quatre éléments: terre, air, eau, feu.
- Les quatre caractéristiques fondamentales sont : froid, sec, chaud, humide.
- Le vide n'existe pas.

Ces affirmations constituèrent les bases de l'alchimie….

Symbole alchimie
Symbole alchimie

L'alchimie naît, en fait, à Alexandrie vers le IXe siècle avant J.C. : en arabe, "Al-Kimiya", signifie "pierre philosophale". L'objectif est la fabrication de la pierre philosophale qui transmute les métaux en or et permet la préparation de la panacée ou remède universel. Le langage de l'alchimie est volontairement ésotérique pour rester celui des initiés. Les corps sont classés en solides, liquides et vapeurs et selon leur couleur. Ils interagissent suivant des notions de sympathie et d'antipathie.

Fontaine mercurielle
Fontaine mercurielle

L'alchimie arrive en Europe avec les traductions des textes arabes : les alchimistes qui s'emparèrent de leurs idées les amplifièrent attribuant toutes les vertus possibles à cet or mystérieux, qu'ils prétendaient extraire eux-mêmes des métaux imparfaits tels le mercure, le plomb, etc.
Les savants qui se sont adonnés à l'alchimie dans le Moyen Age avaient d'autres noms que celui d'alchimistes : les enfants de l'art, les initiés, les cosmopolites, les adeptes, les rose-croix, les souffleurs, ou les philosophes hermétiques …

La philosophie hermétique avait pour objet la recherche de la pierre philosophale, de la panacée universelle, et du grand oeuvre ; c'était l'art de trouver l'eau merveilleuse qui donne une santé et une jeunesse éternelle, et de changer les métaux en or.

« L'or, disaient-ils, est de tous les corps de la nature le plus compact, le plus pesant, le plus inaltérable au feu, à l'eau et à l'air, c'est le roi des métaux. »

Il existait au début du Moyen-Age une relation importante entre l'alchimie et l'astrologie. A cette époque, 7 métaux était connus (Au, Ag, Cu, Fe, Sn, Pb, Hg) et l'astrologie comptait 7 planètes. La liaison s'établissait donc ainsi :

Soleil - l'or (Au)
Mercure - le mercure (Hg)
Vénus - le cuivre (Cu)
la Lune - l'argent (Ag)
Mars - le fer (Fe)
Jupiter - l'étain (Sn)
Saturne - le plomb (Pb)

Quatrième page de l'alchimie de Flamel
Quatrième page de l'alchimie de Flamel

Ces noms merveilleux d'un secret imaginaire donnaient aux enfants de l'art un grand crédit…. Il fallait que la croyance en la pierre philosophale fût bien vive et bien enracinée pour leur donner la persévérance inconcevable qu'ils mettaient dans leurs recherches ; ils entretenaient pendant des années entières des fourneaux allumés, où s'opéraient la fusion des métaux et leurs compositions. Plusieurs ont eu la renommée d'avoir trouvé la pierre philosophale : Lulle, Flamel …Vers le même temps, Alphonse X, roi de Castille, écrivit: « La pierre qu'ils appellent philosophale, je savais la faire. N... me l'avait enseigné ; nous la fîmes ensemble, ensuite je la fis seul, et ce fut ainsi que souvent j'augmentai mes finances. » Comment voulez vous que le bas peuple n'y crût pas ?

On compte un nombre infini de traités d'alchimie, presque tous écrits en langage mystique, qui donnent des formules ou recettes mystérieuses pour opérer le grand oeuvre. A noter qu'en voulant opérer avec de semblables recettes, ils se sont toujours ruinés ! La pureté de l'âme, aussi, était vivement recommandée mais… Flamel exerçait l'usure à Paris, et Paracelse passa presque toute sa vie entre l'ivresse et la débauche ! C'est lui d'ailleurs qui, dans les cours qu'il faisait en Allemagne, s'écriait avec une orgueilleuse ironie : « Avicenne, Galien, et vous tous, philosophes et médecins vulgaires, les cordons de mes souliers en savent plus que vous ; toutes les universités et tous les écrivains réunis sont moins instruits que les poils de ma barbe et de mon chignon ; moi, moi seul, je suis le vrai monarque de la médecine ! »

L 'extravagance de ces paroles étonne peu si l'on songe que presque tous les hommes de mérite croyaient fermement aux sciences occultes : il n'y en avait pour ainsi dire pas d'autre ! mais quand même, ils ont ouvert, avec beaucoup de peine, dans l'obscurité, à leurs propres risques et périls, les premières portes de la science…

D'importantes découvertes sont dues à leurs manipulations laborieuses et patientes Par exemple :

-- Préparation d'acides minéraux : acides nitrique, sulfurique et chlorhydrique, de l'eau régale, qui est capable de dissoudre l'or, du vitriol, mais encore de l'eau Forte, de l'Esprit de Sel, de l'Esprit de Vin (éthanol ), des Cristaux de Vénus, de la Fleur de Jupiter, de la poudre noire, du Vitriol de Lune... et j'en passe et des meilleures !\n-- Obtention de certains éléments jusqu'alors inconnus : antimoine, arsenic, bismuth, phosphore... , de composés chimiques : alun, borax, éther, crème de tartre, minium, sels de plomb, sels de fer, sels d'argent et d'autres encore. \n-- Découverte de la phosphorescence du sulfure de baryum…\n-- Innovations techniques : creusets, cornues, bain-marie, balances, filtrations, distillations, alliages, purifications, cristallisations, sublimations, métallurgie...

Laboratoire d'alchimie - © Deutsches Museum
Laboratoire d'alchimie - © Deutsches Museum

Bien des charlatans transformèrent l'alchimie en sorcellerie : en 1404, le Parlement interdit la fabrication de l'or par alchimie, mais elle est encore acceptée par les monarques avides de richesse. Les bûchers et pendaisons d'alchimistes furent de plus en plus fréquents.

L'alchimie n'utilise pas du tout la méthode scientifique parce qu'elle accorde une bien trop grande importance aux qualités organoleptiques par exemple : «  la qualité essentielle de l'eau est la souceur » ( Boerhave XVIIè) alors que d'autres soutiennent qu'au contraire elle est dure parce que si on tape l'eau avec la main on se fait mal ! De même l'alchimie utilise sans esprit critique et abusivement des termes généraux et leurs concepts ce qui contribue à tout embrouiller : le lait se prend en beurre, le sang coagule, les graisses se figent donc le passage de l'état liquide à l'état solide est une coagulation ainsi quand l'eau donne de l'écume elle coagule aussi… et, autre exemple, puisque l'or et le plomb sont lourds, tous les deux, ils renferment le même principe lourd…Et les alchimistes manquent cruellement de bon sens. Citons pour exemple la fameuse histoire du dissolvant universel « l'alkahest » que l'on recherche activement partout jusqu'au jour où, enfin, une personne moins naïve dit qu'aucune substance ne peut contenir ce produit puisqu'il est supposé TOUT dissoudre….plus grave si cet alkahest était supposé TOUT disssoudre, comment imaginer qu'existe encore un certain nombre de substances ?

De plus, beaucoup de choses ont été déformées de l'alchimie …Par exemple la pierre philosophale «  purifie le corps et l'âme, celui qui la possède voit comme en un miroir tous les mouvements célestes des constellations…même sans regarder le firmament… »( Sperber), on est loin des pouvoirs magiques que certains lui accordent aujourd'hui ! Il en va de même pour le Grand Œuvre.

Au Moyen Age, la transmutation du plomb ou du mercure en argent était un simple problème technique comme l'explique Roger Bacon en disant : «… celui qui connaîtra les procédés nécessaires pour produire à volonté la couleur jaune, la grande pesanteur spécifique, la ductilité… celui qui connaîtra les moyens de produire ces qualités à différents degrés….pourra prendre les mesures nécessaires pour réunir ces qualités dans tel ou tel corps d'où résultera la transmutation en or. » Mais les esprits pénétrants, il y en eut quand même, ne se laissent pas prendre et demandent qu'on montre qu'il s'agit bien d'or après l'expérience ce que personne n'a jamais pu faire…… (Albert le Grand qui était évêque et eut comme élève St Thomas d'Aquin qui, lui, a écrit un traité sur les minéraux, si mes souvenirs sont bons) et ça a duré très longtemps puisqu'en 1759 à St Petersbourg la première solidification du mercure a provoqué la croyance qu'enfin on avait transformé le mercure en argent vrai !

On sait aujourd'hui que le mercure peut donner de l'or… en effet l'isotope 197 de Hg se transforme en isotope 197 de l'or, stable, en passant par un état métastable…et les processus radioactifs transforment certains éléments en d'autres éléments….On est loin de ce genre d'affirmations :
- Le mercure commun est le flux noir
- Le mercure philosophique est le sulfate de potasse …

Notons encore qu'en France il existe encore une société alchimique où, comme il sied, on professe un certain mépris à l'égard de la science « officielle ». C'est de bon ton, mais vain, sauf pour son ego.
Et à côté, on trouve ceci :

« Une nouvelle approche de développement personnel basée sur la philosophie de l'Alchimie ». Quelle philosophie de l'alchimie ? Quel développement personnel à travers l'alchimie ? Ceci peut devenir dangereux et se rapprocher de la secte sous couvert d'ésotérisme…
Définition de l'ésotérisme : le salut par la «connaissance», ceci par l'initiation. Une évolution de la matière à l'Esprit. L'initié, un profane, un matériau brut, doit être façonné afin d'obtenir la perfection morale et spirituelle. L'initié s'approche du divin par des techniques occultes. Les formules utilisées emploient le nom de Dieu, sont des pratiques sacramentelles qui activeraient les puissances cosmiques. Avec la maîtrise de soi, la maîtrise sur les éléments….Attention donc à l'information que l'on trouve, spécialement sur le net. On ne le dira jamais assez (voir bibliographie)

  • Le XVIème constituera la période de transition, avec Paracelse.

Philipp Theophrast von Hohenheim prit le nom latin de Paracelsus (en français Paracelse) pour montrer qu'il surpassait le célèbre médecin romain Celse du Ier siècle.

« Mes écrits dureront et subsisteront jusqu'au dernier jour du monde comme véritables et incontradicibles ". L'homme qui a écrit cette phrase s'intitule Prince des deux médecines - celle du corps et celle de l'âme. Petit, un mètre cinquante (d'après ses ossements), fier, fougueux, on lui accorde un don extraordinaire de clairvoyance et des qualités exceptionnelles de guérisseur très vite reconnues. Aussi, la rumeur en fait-elle volontiers le familier du diable.

Malgré les erreurs et les confusions, Paracelse annonce la pensée scientifique moderne. Considéré comme le fondateur de la chimie médicale, il a donné une nouvelle orientation à l'alchimie: fabriquer des médicaments.

Paracelse
Paracelse

Né en 1493 à Einsiedeln (Schwyz, CH), Paracelse fit des études décousues, interrompues par de fréquents voyages. Il entre, en 1510, à l'université de Bâle; puis il est, cinq ans, à Würzburg, l'élève d'un alchimiste renommé, l'abbé Trithème. Il acquiert l'art de la médecine en interrogeant les médecins, les barbiers, les sorciers, les religieux, les alchimistes et les gens du peuple et très libre dans ses convictions religieuses, il décrète que « Luther et le Pape sont deux putains qui se partagent la même chemise ». Il prêche le Christ pourtant ; et la Nature :
« Si le Christ a dit : scrutez les Écritures, pourquoi ne dirais-je pas : scrutez les choses de la Nature ! »

En 1526, professeur à Bâle, il brûle les œuvres d'Avicenne et de Galien - « A quoi nous sert la pluie tombée il y a mille ans ? Est utile celle qui tombe aujourd'hui. » - et fait ses cours en allemand: selon lui, l'homme peut connaître le monde qui l'environne et améliorer sa condition naturelle. Très critiqué, expulsé, il poursuit ses voyages en Europe et écrit ses principaux ouvrages. Il meurt à Salzbourg en 1541.

Paracelse, dans la Renaissance où domine l'humanisme, est une force en marche, malgré son orgueil et sa paranoïa, un élan torrentiel d'une recherche toujours combattante. Sans autre loi que celle de guérir, il promène un regard neuf partout et fait serment de ne point soigner de prince qui ne l'ait, au préalable, pourvu d'honoraires, en revanche, de n'accepter jamais l'argent d'un pauvre. Un tel homme, dans ses intransigeances, apparaît comme un outrage à la société et, forcément, sa vie n'est qu'insurrection, chocs, départs et affrontements. Mais il ne désarme jamais.

Où et quand a-t-il écrit les quinze mille pages qu'il nous a laissées ? - « C'est la nuit qu'il est bon de spéculer, confie-t-il, car la nuit, le corps est sobre. » C'est vrai que de jour, il boit tout le temps !
Certains de ses livres parurent de son vivant, tels Grande Chirurgie et Prognostic, en 1536; mais la plus grande partie de ses écrits ne furent publiés qu'après sa mort.

Astrologue, alchimiste, guérisseur, Paracelse a ébloui ou irrité. Néanmoins, il a posé des jalons solides … L'humoralisme, théorie médicale « officielle » de l'époque, imputait à l'individu l'entière responsabilité de l'état morbide. Il propose la curation du mal par des remèdes chimiques et non seulement par des simples. Il se bat, encore et toujours, avec des mots et quels mots !
« Il n'y en aura aucun parmi vous, caché dans les coins les plus sombres, que les chiens ne couvriront d'urine. »Ou encore : «  Je ne veux pas manquer l'heure où les truies vous culbuteront dans la boue ! »
Mais aussi :
« Nous enseignons que ce qui guérit l'homme peut aussi le blesser ; et que ce qui l'a blessé peut le guérir. Ainsi les semblables sont utiles dans la guérison. » L'homéopathie ?
« La quintessence d'une plante est si efficace qu'une demi-once opère plus que cent de la plante en son état naturel. » Les essences végétales ?
« Le sérum sanguin met un terme aux hémorragies. » La transfusion ?
« Rien ne constitue un aliment qui ne contienne en soi un certain excrément ou un résidu de sa digestion. » On est ce qu'on mange, et ce qu'on mange encrasse l'organisme. Le métabolisme ?
Et pour terminer : « Apprends, médecin, à ne tuer personne ; sinon, bêche la terre ! »

Alchimie au Moyen Age
Alchimie au Moyen Age

La chimie connaît ensuite un fort développement, c'est une réaction intellectuelle et générale contre l'Église, celle-ci condamnant les explications qui excluent l'intervention de Dieu. Après Nicolas Copernic et sa théorie de l'héliocentrisme, les savants osent s'exprimer librement. Il était temps !

En 1556, Agricola publie son "De re metallica", qui décrit les techniques d'extraction, les procédés métallurgiques et bien d'autres suivront…

Je noterai ici que les scientifiques qui se respectent, et qui respectent les autres, ne prétendent pas détenir une vérité définitive. Ils pratiquent seulement dans leurs recherches, une méthode scientifique, prédictive, bien précise, caractérisée par quelques comportements consécutifs élémentaires :

- de l'observation à la déduction,
- de la déduction à la théorie,
- de la théorie à la prédiction,
- et de la prédiction à la correction.

Ceci est la définition même de la méthode.

Dire : « la science dit que…. » est faux, il faudrait dire : « la science dit ceci, à ce moment, parce que …. » mais, demain, elle pourrait dire autre chose suivant les découvertes faites d'ici là ! Et un scientifique ne devrait jamais se « poser » comme référence dans un domaine qui n'est pas le sien, ni jouer de sa notoriété dans un autre domaine que le sien et, pourtant, on voit ça tous les jours ou presque….Il y a un gros problème éthique aujourd'hui à ce sujet, mais ce n'est pas notre propos ici.

Il n'y a plus lieu aujourd'hui d'accorder crédit à l'alchimie, ni à l'astrologie d'ailleurs, et pour les mêmes raisons, ce n'est plus qu'un juteux commerce de la crédulité humaine ! En revanche on peut s'y intéresser pour bien des raisons : l'histoire, l'histoire des sciences, les débuts difficiles de cette belle discipline qu'est la chimie, et aussi le plaisir de lire des textes abracadabrants…et encore vivre, un peu, l'esprit du Moyen Age, sa crédulité, sa naïveté, ses voyages, ses échanges, ses moyens d'expressions….

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