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Fusion nucléaire : Lockheed Martin pense réussir bien avant Iter

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La firme Lockheed Martin, bien connue pour ses contributions à l'aéronautique militaire et fournisseur de l'USAF, pense détenir les clés pour réaliser un prototype de réacteur à fusion contrôlée assez petit pour équiper un avion d'ici cinq ans. L'annonce est pour le moment accueillie avec beaucoup de scepticisme.

Un réacteur compact à fusion contrôlée, capable de fournir de l'électricité à l'échelle industrielle est l'un des Graal de la technologie du XXIe siècle. Sa mise au point dans moins de 20 ans changerait sans aucun doute le destin de l'humanité. © Lockheed Martin

Lockheed Martin est la première entreprise états-unienne de défense et de sécurité, ce qui incite à hésiter à jeter son annonce sur la fusion contrôlée dans le même panier que celui des délires sur la fusion froide et l'énergie libre. Il y a tout de même de quoi rester sceptique lorsque Lockheed Martin prétend avoir fait une percée technologique qui conduirait à des réacteurs à fusion thermonucléaire compacts et produisant de l'électricité à l'échelle industrielle dans moins de 20 ans.

Dans le meilleur des cas, à cet horizon, les expériences réalisées avec Iter devraient encore en être à donner des preuves de principes de la production industrielle d'électricité. Rappelons-le, cette installation n'est pas un prototype de réacteur réellement utilisable pour se substituer aux centrales thermiques consommant des énergies fossiles.

Sur le site qui accompagne une vidéo mise en ligne, les chercheurs de Lockheed Martin font en plus des déclarations qui font rêver. Il leur faudrait moins d'un an pour donner une preuve de principe qu'un réacteur thermonucléaire dix fois plus compact qu'Iter peut fonctionner et produire de l'énergie sans risque, cinq ans pour construire les premiers prototypes et moins de dix pour qu'ils soient utilisés sur des porte-avions, sans oublier, bien sûr, un Lockheed C-5 Galaxy, avion de transport militaire lourd de l'USAF.

Une courte présentation par Thomas McGuire en vidéo du projet de réacteur thermonucléaire compact de Lockheed Martin. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle avec deux barres horizontales en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître, si ce n'est pas déjà le cas. En passant simplement la souris sur l'écrou à droite du rectangle, vous devriez voir l'expression « Traduire les sous-titres ». Cliquez pour faire apparaître le menu du choix de la langue, choisissez « français », puis cliquez sur « OK ». © LockheedMartinVideos, YouTube

Un réacteur 10 fois plus petit qu'Iter dans 5 ans seulement

Pour ce qui est des applications civiles, qui passeraient après les applications militaires pour Lockheed Martin, des petits réacteurs capables d'approvisionner des cités de 50.000 à 100.000 personnes verraient le jour d'ici 15 ans en cas de succès de la première phase de développement de leurs réacteurs militaires. Ils feraient alors baisser de 60 % le prix de la désalinisation de l'eau de mer, ce qui serait vital pour assurer de l'eau potable à des centaines de millions voire des milliards de personnes alors que les ressources en eau potable se raréfient et que la population augmente.

On disposerait donc effectivement d'une vraie énergie libre, écologique, abondante et bon marché, ce qui est l'un des facteurs clés pour assurer la stabilité et la paix dans le monde alors que les ressources s'amenuisent et que le climat se dégrade. Cerise sur le gâteau, le réacteur compact de Lockheed Martin permettrait de réduire le trajet Terre-Mars de 6 mois à un mois, probablement en utilisant un moteur ionique puissant.

Des aimants modernes pour un réacteur à fusion des années 1950

Il est difficile de porter un jugement sur ces affirmations de Lockheed Martin qui laisse filtrer assez peu d'informations sur les résultats des recherches que la firme a déjà effectuées, à l'exception de l'interview qu'a donnée à Aviation Week le chef de projet, le physicien Thomas McGuire.

Il semblerait que l'œuf de Colomb de Lockheed Martin repose sur les progrès réalisés dans le domaine des aimants supraconducteurs. Il a alors été possible de revisiter une solution pour la fusion contrôlée déjà envisagée dans les années 1950 par le mathématicien Harold Grad du Courant Institute of Mathematical Sciences (Institut Courant de sciences mathématiques), une division de l'université de New York. Ce spécialiste de la magnétohydrodynamique et de la physique des plasmas, qu'il explorait dans le cadre des mathématiques appliquées, avait en effet considéré des configurations géométriques des champs magnétiques dans un plasma, différentes de celles des tokamaks : des courbes planes cuspidales. Elles sont appelées ainsi, car elles admettent un point de rebroussement (techniquement, Grad a étudié des lignes de champs appelées des biconic cusps en anglais). C'est parce que des champs magnétiques de cette forme et suffisamment intenses sont devenus réalisables avec des supraconducteurs modernes que les chercheurs de Lockheed Martin seraient devenus si optimistes.

Pour le moment, on ne peut que suspendre son jugement, comme dans le cas des annonces de la société D-Wave Systems à propos des ordinateurs quantiques qui restent aussi mythiques que les réacteurs à fusion contrôlée compacts.

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