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Reach, pour un monde moins toxique

ActualitéClassé sous :chimie , REACH , sécurité alimentaire

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Ce 1er juin est à marquer d'une pierre blanche en raison de l'avancée que permet désormais la convention Reach, qui rend enfin possible la connaissance par le consommateur de la nature exacte des produits chimiques qu'il utilise ou absorbe. Reste à savoir quel niveau d'efficacité cette disposition, déjà contournée par plusieurs industriels, atteindra réellement.

Industrie chimique

Le règlement européen sur l'évaluation de la toxicité des produits chimiques marque un tournant décisif. S'il était autrefois admissible de ne fournir que des informations très partielles, voire lacunaires, sur les produits chimiques entrant dans les procédés de fabrication à l'échelle industrielle, les nouvelles contraintes imposées aux fabricants les obligeront désormais à prouver systématiquement leur innocuité. A un détail près cependant, seules les nouvelles substances doivent être déclarées et testées, ce qui en réduit le nombre à 4300, sur la centaine de milliers existants et répertoriés en Europe. Pour le reste, Reach concernera celles dont la production atteint ou dépasse une tonne par an, soit approximativement 30.000 substances.

Greenpeace, promoteur du projet, se félicite en affirmant qu'il s'agit certainement de la réglementation la plus ambitieuse, mais aussi la plus importante, prise durant les vingt dernières années, et ce malgré les mots extrêmement durs que l'organisation écologiste avait proférés à l'égard des concessions - déjà - accordées à certains industriels en les dispensant de remplacer certaines substances nuisibles.

Respecter Reach ne sera pourtant pas simple, surtout pour les entreprises qui se sont révélées jusqu'ici peu soucieuses des règles élémentaires de précaution et n'ont accordé qu'une importance toute relative à ce qu'elles incorporaient dans leurs produits. Car le texte de la réglementation comporte pas moins de 900 pages et est amené à considérablement s'étoffer. Nombre d'industriels ont cependant pris de l'avance et se sont plongés dans ces directives très à l'avance, afin de ne pas être pris au dépourvu.

Les principaux acteurs disposent cependant de onze années pour digérer entièrement ce texte, et surtout les quelque 10.000 pages d'annexes, uniquement rédigées en anglais et dont aucune traduction n'est prévue, qu'ils sont en train d'examiner non sans quelques inquiétudes. Car en effet, la rédaction de ces annexes, qui contiennent tout le côté pratique et descriptif du règlement, a pris un retard considérable. "Nous butons sur l'absence de consignes précises sur la plupart des volets du projet", déplore Catherine Lequime, de l'Union des industries chimiques.

A partir de ce jour, toutes les substances chimiques nouvelles ou répondant aux critères de Reach devront être testées et enregistrées auprès de l'Agence Européenne des Produits chimiques, en cours d'installation à Helsinki. Antoine Letlay, directeur de la sécurité des produits chez Rhodia, a recensé au sein de son entreprise environ 400 substances qu'elle devra faire enregistrer, et affirme que sa firme devra doubler le nombre des experts en toxicologie qu'elle emploie.

Au-delà de l'aspect sécuritaire de Reach, il faut aussi saluer la stimulation du dispositif envers la recherche et les études toxicologiques qu'elle pourra promouvoir, ainsi que les retombées en vue d'obtenir un environnement plus sain. Mais l'avenir n'est pas aussi rose pour les PME, dont les coûts des essais en vue de la qualification d'un produit chimique, évalués entre 81.000 € et 2,2 millions d'€, seront franchement prohibitifs, et inviteront plutôt à maintenir un produit à risque mais ne tombant pas forcément sous le coup de la réglementation pour des raisons diverses plutôt qu'à le remplacer par un substitut nouveau, peut-être moins dangereux.

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