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En image : Rosetta réussit son rendez-vous avec « sa » comète

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Après une course de dix années, 6,5 milliards de kilomètres et la visite de deux astéroïdes, Steins et Lutetia, la vaillante sonde européenne Rosetta vient de réussir son approche de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko, alias 67P/C-G, ou encore Chury. Les premières images, à environ 100 km, montrent un objet très irrégulier, criblé de curieux cratères.

Parvenue à environ 100 km, Rosetta a pris cette image le 6 août 2014 de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Elle montre un corps tourmenté, criblé de cratères parfois en nid d'abeille. La surface, très irrégulière, est façonnée par les expulsions gazeuses produites par l'échauffement dû au Soleil. Depuis ce matin, nombre de spécialistes sont en train de décrypter ce paysage. La sonde devra rester tout près de ce corps durant des mois et s'en approcher suffisamment pour larguer Philae, un atterrisseur de 100 kg. © Esa/Rosetta/MPS for Osiris Team/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

C'est fait ! La sonde Rosetta n'a pas manqué son troisième et dernier rendez-vous avec un astre errant du Système solaire. Lancée en 2004, l'engin spatial de l'Esa a frôlé l’astéroïde Steins en 2008 à 800 km et, en 2010, s'est approché de Lutetia, à 3.000 km, réalisant 400 clichés. La sonde européenne s'inscrit durablement dans la longue saga de la chasse aux comètes que nous vous racontions hier. Cette fois, c'est la dernière cible mais la plus complexe. Rosetta a dû ralentir pour s'approcher progressivement de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (appelons-la Chury), un peu comme un avion de chasse vient intercepter un appareil suspect. La vitesse relative devait tomber à environ 1 m/s (3,6 km/h).

C'est ce qui a été réussi aujourd'hui, sous l'œil des techniciens réunis au centre de contrôle de l'Esa à Darmstadt, en Allemagne, tandis que l'agence spatiale européenne commence à diffuser des images rapprochées de la comète. Ce succès n'est cependant que le début d'une autre phase de la mission, où tous les spécialistes devront être sur le pont pour placer Rosetta sur une orbite elliptique autour de la comète, le temps de s'en approcher suffisamment. Cette approche est déjà délicate. En effet, même si une reconstruction en 3D de la comète a été réalisée, sa masse n'est pas connue avec précision et les ingénieurs de l'Esa ne peuvent pas savoir à quelle vitesse une orbite, même éphémère, peut être obtenue.

La trajectoire que suivra Rosetta autour de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Les premiers triangles, de plus en plus petits, serviront à mesurer précisément le champ gravitationnel autour de ce petit corps à la masse insuffisamment connue. Des ajustements, donc des mises en route du moteur, seront nécessaires pour que la sonde se cale sur une orbite elliptique en septembre prochain, se rapprochant à 30 km, voire à moins de 10 km si le dégazage n’est pas trop gênant. C’est à ce moment que Philae pourra se décrocher et se poser. À noter : la position des panneaux solaires qui, pendant toute cette danse, doivent rester correctement orientés par rapport au Soleil. © Cnes

Rosetta va s'approcher lentement de la comète

La meilleure manière de mesurer le champ de gravité autour de la comète... est de s'en approcher. Les accélérations et décélérations subies trahiront la force de la gravitation. La trajectoire prévue dans les prochaines semaines est une originale succession de triangles, de plus en plus petits et de plus en plus proches de l'astre. La manœuvre se fera du côté de la comète opposé à la queue pour éviter à l'engin de recevoir une pluie de poussière et de glace.

Ensuite, une fois la gravité connue, les « pilotes » de l'Esa injecteront Rosetta sur une trajectoire qui lui fera parcourir des ellipses autour de Chury. L'opération commencera en septembre prochain. Ils espèrent approcher l'engin à 30 km d'abord puis à environ 10 km et moins encore. C'est à ce moment que commencera la périlleuse mission du petit Philae, un atterrisseur qui se détachera de la sonde pour aller se poser sur la comète.

Une vue rapprochée de la comète obtenue avec l'instrument Osiris le 6 août 2014 montrant la jonction entre les deux parties de l'astre. La résolution est de 2,2 m par pixel. © Esa/Rosetta/MPS for Osiris Team/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Mission de l'été : préparer l'atterrissage

Cet atterrissage aura lieu en octobre et sera une première. En 2005, la sonde Deep Impact avait largué un impacteur sur la comète 9P/Tempel-1 et, la même année, Hayabusa, de l'agence spatiale japonaise, tentait l'atterrissage sur l'astéroïde Itokawa, avec un succès mitigé, tant la manœuvre est difficile.

Pour déposer Philae, Rosetta devra frôler Chury à moins de 5 km. Un rase-motte dangereux car une comète « dégaze » : chauffée par les rayons solaires, la surface éjecte de la vapeur d'eau, des morceaux de glace et des poussières. Cette activité devra être précisément estimée par les ingénieurs de l'Esa avant le plongeon de Philae.

Une autre image prise par l'instrument Osiris, montrant une zone relativement lisse, bordée de reliefs escarpés. Rosetta était alors à 130 km de la comète. La résolution est de 2,4 m par pixel. © Esa/Rosetta/MPS for Osiris Team/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Le module de 100 kg devra alors éviter un autre risque : rebondir dans l'espace sans espoir de retour si le choc sur ce corps à la très faible gravité est trop fort. Philae devra compter sur ses griffes qui terminent l'extrémité de ses trois pattes pour s'accrocher. La mission Rosetta prendra alors un tour nouveau, plus scientifique que technique : c'est l'histoire de notre Système solaire que les astronomes espèrent lire dans les comètes en général et dans Chury en particulier...

Mais ceci est une autre histoire que nous vous raconterons en temps et en heure. Pour l'instant, les spécialistes scrutent les premières images. Premiers commentaires avisés demain. Revenez visiter Futura-Sciences, il y aura du neuf !

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