Transfert d'un lanceur Proton sur son pas de tir. Construits par Khrunichev, ces lanceurs sont utilisés par l’Agence spatiale russe Roscosmos pour ses propres besoins et commercialisés sur les marchés occidentaux du lancement de satellites ouverts à la concurrence par International Launch Services (ILS). © S. Corvaja, Esa

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Les lanceurs Proton sont-ils victimes d'actes de sabotage ?

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Pour expliquer les échecs du lanceur Proton, les autorités russes soupçonnent de possibles actes de sabotage. Des employés du constructeur du lanceur sont mis en cause et certains faits, s'ils se révèlent exacts, vont dans ce sens. À suivre donc.

L'hypothèse d'actes de sabotage pour expliquer les échecs du lanceur Proton circule depuis la mi-2013. Elle vient de prendre une nouvelle tournure avec l'ouverture de poursuites judiciaires depuis que l'on sait qu'un certain nombre d'employés de Khrunichev, le constructeur du lanceur, sont passés au détecteur de mensonges et confirmeraient le caractère prémédité de ces échecs !

Cette enquête des services secrets russes a débuté en 2012. Ce qui a mis la puce à l'oreille aux enquêteurs du FSB, l'une des agences gouvernementales qui succèdent au KGB, c'est cette invraisemblable série d'échecs entamée en décembre 2010 avec la perte de trois satellites Glonass de la constellation du système de navigation russe. Depuis cette date, le secteur des lanceurs russes court après sa fiabilité légendaire.

Série noire pour le lanceur Proton

En février 2011, Rockot, le missile russe reconverti en lanceur, place le satellite militaire Geo-IK-2 1 sur une mauvaise orbite. Le 17 août, un lanceur Proton rate également la mise en orbite du satellite de télécommunications Express-AM4. L'année se terminera par le crash d’un cargo Progress à destination de l'ISS quelques minutes après son lancement par un lanceur Soyouz. En décembre 2012, un lanceur Proton rate de nouveau sa mission et place sur une très mauvaise orbite le satellite Yamal-402, qui sera littéralement sauvé par Thales Alenia Space. En juillet 2013, on assiste à la spectaculaire explosion en vol d'un lanceur Proton et aux trois satellites de la constellation Glonass qu'il emportait. Le lanceur Proton-M tiré dans la nuit du 15 au 16 mai 2014 depuis le cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan devait placer sur orbite le satellite de télécommunications russe Express-AM4R. Il s'est désintégré en vol dans les couches denses de l'atmosphère, au-dessus du territoire chinois.

Le 2 juillet 2013, le lanceur Proton-M a quitté sa trajectoire et la partie supérieure s'est embrasée, entraînant la perte de trois satellites Glonass. Une enquête est en cours pour déterminer si certains lancements de Proton ont subi des actes de sabotage. © Roscosmos, YouTube

Bien évidemment, ces échecs totaux ou partiels ne peuvent pas être tous dus à des actes de sabotage. Dans la plupart des cas, il s'agit d'accidents, mais pour certains, on peut se demander s'il n'y a eu préméditation. C'est le cas, par exemple, de l'échec du lancement des trois satellites Glonass (juillet 2013). L'enquête a démontré que des capteurs montés à l’envers étaient à l'origine de l'explosion du lanceur.

Quant au dernier échec en date, celui du 15 mai, la commission d'enquête n'a pas encore rendu son rapport. Toutefois, bien qu'elle n'exclue pas l'acte de sabotage, elle privilégie l'hypothèse de la destruction d'un palier de la turbopompe d'un moteur vernier du troisième étage de la fusée.

Le bras robotique de l’Europe cloué au sol

L'enquête du FSB a donc mis en évidence d'importants défauts dans les revues qui ponctuent chaque étape de la construction d'un lanceur. Khrunichev en était conscient. Ses dirigeants ont reconnu que par le passé, des objets étrangers avaient été découverts dans les moteurs et les étages d'un certain nombre de lanceurs en construction. Ils n'ont cependant jamais su s'il s'agissait d'actes malveillants ou non.

Cela explique la raison du report du laboratoire multifonction russe Nauka (MLM), sur lequel est installé le bras européen Era. Prévu en mars 2014, son lancement a été reporté en raison de la découverte de copeaux de métal dans le module russe.

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