Automatismes, routines, préférences, pulsions… nous agissons bien souvent sans y penser. Serions-nous donc, malgré nous, sous le contrôle de notre cerveau ? Les avancées en neurosciences menacent en tout cas de bouleverser ce que l’on croit savoir du libre arbitre.
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[EN VIDÉO] Interview : le neurofeedback permet-il au cerveau de mieux fonctionner ? Le neurofeedback offre à un utilisateur la possibilité d’observer l’activité de son propre cerveau. Cette procédure non invasive possède des applications plutôt inattendues. Futura-Sciences a interviewé, lors de son allocution à TEDxCannes, Maureen Clerc, chercheuse à l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), afin qu’elle nous parle en détail de cette technique.

La plupart de nos processus cognitifs, à l'origine de nos actions et de nos pensées, relèvent de l'inconscient. Des neuroscientifiques à l'Institut Max PlanckPlanck ont d'ailleurs découvert en 2008 que le cerveaucerveau s'active plusieurs secondes avant que l'individu ait consciemment décidé d'agir.

Les neurosciences tentent de décrypter le fonctionnement de ces processus décisionnels. Elles dévoilent les processus mécaniques, les connexions entre neuronesneurones, à l'origine de la prise de décision. Or, la formation de notre cerveau dépend de nos gènesgènes, de l'environnement, de nos expériences. Il peut même être endommagé lors d'un accidentaccident. Ce sont des paramètres sur lesquels nous n'avons pas de contrôle.

De quoi nous déresponsabiliser de nos actes en affirmant que notre cerveau est fait comme cela ? Rien n'est moins sûr, mais les développements en neurosciences pourraient avoir à l'avenir des implications dans le système juridique.

Les neurotransmetteurs, les émotions, le stress, la motivation, l’attrait pour la récompense, la prise de certaines substances, drogues ou médicaments, sont autant de facteurs qui pourraient influencer le cerveau, donc la prise de décision. © <em>National Institue of Drug Abuse, National Institutes of Health, </em>Flickr

Les neurotransmetteurs, les émotions, le stress, la motivation, l’attrait pour la récompense, la prise de certaines substances, drogues ou médicaments, sont autant de facteurs qui pourraient influencer le cerveau, donc la prise de décision. © National Institue of Drug Abuse, National Institutes of Health, Flickr

Neurotransmetteurs et états émotionnels influencent nos comportements

C'est dans le lobe frontallobe frontal, situé à l'avant de notre cerveau, que sont traitées la prise de décision, la planification des tâches, la motivation, le contrôle de soi, le raisonnement logique. La plus grande partie des neurones sensibles à la dopaminedopamine, un neurotransmetteur associé à la récompense et au plaisir, se trouvent dans le lobe frontal. Or, en 2014, des neuroscientifiques Canadiens ont fait un test sur des rats et ont montré que la prise de décision était modifiée quand ils activaient ou inhibaient les signaux de dopamine.

Des neuroscientifiques à Harvard ont quant à eux remarqué que la concentration d'acideacide gamma-aminobutyrique (GabaGaba), un neurotransmetteur permettant d'inhiber la réponse des neurones aux stimuli, était plus élevée chez les adultes que chez les adolescents, dont le cerveau est encore en développement. En effectuant parallèlement un test de prise de décision, les chercheurs ont constaté que les jeunes étaient plus impulsifs et les adultes plus prudents. Ainsi, les signaux chimiques dans notre cerveau pourraient influencer les décisions.

D'autres expériences sur des sujets humains montrent aussi que les stratégies de prise de décision sont différentes selon que l'on est de bonne ou de mauvaise humeur. Les émotions positives faciliteraient la réflexion, qui nous permet d'évaluer les conséquences d'une décision. C'est une région de notre cerveau appelée système limbiquesystème limbique qui est responsable des états émotionnels.