Santé

Course : 300 km à pied, ça use moins les muscles que juste 150

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Les ultramarathons, ces courses à pied parfois longues de plusieurs centaines de kilomètres, sont traumatisantes pour les muscles et sont à l'origine d'une grande fatigue. Pourtant, les épreuves les plus courtes ne sont pas forcément les moins néfastes. La preuve avec cette étude scientifique qui montre que le Tor des Géants cause moins de dégâts que l'Ultra-trail du mont Blanc.

Quitte à courir sur de grandes distances, autant choisir les épreuves les plus longues : en courant moins vite, on se préserve davantage de la fatigue musculaire. © Byronwmoore, StockFreeImages.com

Un kilomètre à pied, ça n'use pas que les souliers. À en croire la légende, le soldat athénien Phidippidès serait tombé mort de fatigue après avoir couru jusqu'à sa capitale pour annoncer la victoire des siens face à leurs ennemis perses lors de la bataille de Marathon, en 490 avant J.-C. La course a été reproduite pour la première fois en 1896, lors des premiers Jeux olympiques de l'ère moderne qui se tenaient en Grèce, et depuis l'édition londonienne de 1908, la distance a été fixée à 42,195 km.

Cette discipline était censée représenter les limites humaines en course à pied, Phidippidès y ayant laissé la vie. Pourtant, il existe aujourd'hui des épreuves bien plus longues et intenses, que l'on classe dans la catégorie des ultramarathons. La plus longue d'entre elles s'appelle le Tor des géants, et se court dans le Val d'Aoste (Italie) sur 330 km, avec 24.000 m de dénivelé positif. Les règles sont strictes : il s'agit d'une seule étape qu'il faut boucler en moins de 150 heures. Le record de la course date de la dernière édition, et est détenu par l'Espagnol Oscar Perez qui a devancé le Français Grégoire Millet en 75 h 56 min et 31 s.

Le deuxième de cette épreuve est aussi chercheur à l'institut des Sciences du sport de l'université de Lausanne. Avec des collègues suisses, français et italiens, il vient de sortir une étude dans Plos One qui démontre que le Tor des géants n'est pas pour autant si traumatisant. En effet, l'Ultra-trail du mont Blanc (UTMB), couru sur une distance moitié moins longue (168 km depuis 2012), engendre davantage de lésions musculaires et de réactions inflammatoires.

La fatigue des ultramarathoniens estimée par un test sanguin

Les expériences ont été effectuées auprès de 25 participants de l'édition 2011 de l'ultramarathon italien. Parmi eux, 15 sont arrivés au bout. Ces athlètes, hyper entraînés, ont effectué des tests avant, pendant et après l'effort. Des stimulations électriques ont été envoyées pour évaluer la fatigue musculaire dans les jambes et les pieds des coureurs. En parallèle, des échantillons de sang et de muscles ont été prélevés afin de déterminer les niveaux d'avancement de la fatigue musculaire et d'inflammation, tandis que les volontaires devaient répondre à des questions sur leur état de fatigue et la sensation de douleur.

Dans ces courses particulièrement longues, les ultramarathoniens poursuivent leur effort la nuit durant et sont équipés d'une lampe frontale. À l'image, le jeune coureur espagnol Kilian Jornet, qui du haut de ses 25 ans fait figure de grand champion, détenant de nombreux records sur différentes épreuves. L'une de ses particularités ? Il mange beaucoup de bonbons... © Cecuber, Wikipédia, cc by sa 3.0

À la différence des autres ultramarathons qui se courent d'une traite, dans le Tor des géants, les athlètes passent environ 9 h à dormir. C'est malgré tout bien trop peu, ce qui les plonge dans une situation de déficit de sommeil. Pour vérifier l'implication de ce manque de repos sur la fatigue musculaire, huit volontaires ont accepté de vivre dans les mêmes conditions, la course en moins, pour la durée de l'épreuve, de manière à faire office de contrôle.

Ces résultats ont été comparés avec ceux obtenus lors d'une précédente étude, effectuée selon le même protocole, et menée auprès de coureurs de l'UTMB de 168 km. Or, il semble qu'à distance égale, le Tor des géants soit bien moins fatigant. À mi-course, les coureurs du Tor des géants présentaient une force musculaire plus importante de 30 % dans leurs jambes. Les niveaux de deux marqueurs biologiques, servant à estimer la fatigue musculaire (créatine-kinase) et la réponse inflammatoire (protéine C), étaient certes augmentés par rapport à la normale, mais inférieurs à ceux retrouvés à l'arrivée chez les participants à l'UTMB, qui avaient parcouru la même distance. Le manque de sommeil, en revanche, n'affectait aucunement les paramètres mesurés.

Courir moins vite, plus longtemps et en meilleure santé

Dans ces courses de fond, la distance n'est pas le facteur qui caractérise le plus le niveau d'atteinte musculaire. Ce serait plutôt la vitesse. En effet, pour plusieurs raisons, l'UTMB se court pour les meilleurs à 8,2 km/h, contre 4,3 au Tor des géants.

La course française se dispute sans arrêt prévu pour le sommeil. Alors que dans l'épreuve italienne, les coureurs doivent compter avec : dans la première partie de la course, leur objectif est de gérer au mieux leur fatigue, et ils lèvent le pied. Dans la seconde, leur vitesse est restreinte par le manque de sommeil qui s'abat sur eux. De plus, ils passent davantage de temps à marcher que les coureurs de l'UTMB. Ainsi, ils courent moins vite et préservent leur santé musculaire.

De quoi donner raison à Jean de La Fontaine, puisque rien ne sert de courir, l'essentiel étant de partir à point.

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