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Une femme qui ne connaît pas la peur !

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Une femme n'a semble-t-il peur de rien : les serpents, les maisons hantées ou les films d'horreur, tout la laisse de marbre. La peur étant une émotion naturellement ressentie, des lésions dans son cerveau seraient responsables de son étrange comportement. 

La peur est une émotion ressentie naturellement face à des situations dangereuses. © MyName (Bantosh), Wikimedia, CC by-sa 3.0

Chez la plupart des humains, la peur est un sentiment naturel provoqué par la vue d'animaux dangereux, des situations particulièrement angoissantes... Mais une femme d'une quarantaine d'année peut vraiment se vanter de n'avoir peur de rien : un dysfonctionnement de son cerveau l'empêche de succomber à ce sentiment particulier.

Cette patiente, nommée SM, observée par des scientifiques américains des universités d'Iowa, de Californie du Sud et du California Institute of Technology, est atteinte d'une maladie génétique rare (Urbach-Wiethe) qui affecte le gène ECM1, une protéine de matrice extracellulaire. Cette maladie provoque des problèmes neurologiques en détruisant certaines zones cérébrales. En particulier, la patiente en question possède des lésions bilatérales des amygdales.

Les amygdales régulent la peur chez les animaux

Les amygdales (celles situées dans le cerveau) sont deux structures symétriques en forme d'amande et font partie du système limbique, un groupe de structures cérébrales impliquées dans les émotions (plaisir, agressivité, peur...).

Recevant des informations sensorielles perçues par les cinq sens, les amygdales jouent le rôle de stimulateur de peur et provoquent inconsciemment des comportements adaptés à la situation... au moins chez les animaux déjà étudiés (rat, singe...). Si les structures cérébrales sont en général conservées des animaux à l'Homme, l'amygdale n'avait jamais été clairement démontrée comme le lieu du sentiment de la peur chez l'Homme.

Les amygdales (en rouge) sont de petites structures cérébrales en amande, responsables de l'émotion de la peur. © Life Science Databases, Wikimedia, CC by-sa 2.1

Au cours d'une précédente étude sur cette même patiente, les scientifiques avaient observé qu'elle était incapable de reconnaître la peur sur un visage. Mais on ne savait pas si elle-même était capable d'éprouver ce sentiment.

Aucun sentiment de peur chez la patiente

Pour évaluer la peur de SM, les scientifiques lui ont demandé de décrire ses sentiments au cours des trois mois précédents dans un journal intime « émotionnel ». Alors qu'elle écrivait volontiers ses peines et ses joies, aucune allusion à la peur n'a été évoquée. Ses réponses à des questionnaires concernant sa peur face à la mort ou face à la prise de parole en public ont mené aux mêmes résultats.

Pour observer les réactions de la patiente, les scientifiques l'ont soumise à des situations vraisemblablement angoissantes. Mais face au visionnage de films d'horreurs réputés (Le silence des agneauxThe Shinning), ou même à la visite d'une « maison hantée » très connue aux États-Unis (Waverly Hills Sanatorium), la patiente n'a jamais montré de signes de peur. De façon surprenante, alors qu'elle annonçait détester les serpents et les araignées et qu'elle essayait de les éviter au maximum, elle a d'elle-même touché l'un de ces animaux : sa curiosité était trop forte. 

Des perspectives pour la lutte contre le stress post-traumatique

Étonnamment, la patiente semblait tout à fait consciente qu'elle aurait dû avoir peur, mais cette émotion n'était pas ressentie pour autant. Si la peur est un sentiment peu apprécié, elle est nécessaire car elle permet justement de nous pousser à éviter le danger pour ainsi vivre plus longtemps. Quand la peur est mal régulée, le comportement peut être modifié, en prenant naturellement plus de risques ou au contraire en se confinant dans un environnement surprotégé.

En plus de l'observation d'un cas très particulier et intriguant, des conclusions scientifiques peuvent être tirées de ces travaux publiés dans Current Biology. Après la détermination de la zone cérébrale du courage, l'amygdale est désormais établie comme spécifiquement nécessaire à l'élaboration de l'émotion de la peur. Selon les auteurs, ces résultats éclairent un peu plus les mécanismes de la peur et pourraient permettre de mieux traiter les cas de stress post-traumatiques ou d'angoisse extrême.

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