Quinze ans de données ont été compilées pour comprendre le mécanisme cérébral qui conduit aux troubles anxieux comme les phobies, la dépression ou le syndrome de stress post-traumatique. Le cerveau des personnes touchées est pris dans un cercle vicieux émotionnel. 


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    Selon les chiffres d'avril 2019 de la Sécurité sociale, 15 à 20 % des Français souffrent au cours de leur vie d'un trouble anxieux. Les femmes sont deux fois plus sujettes à ces affections que les hommes. Bipolarité, anxiété chronique ou encore syndrome de stress post-traumatique, ils prennent tous leur source dans la même région du cerveau, le système limbique, qui gère nos émotions. Chez les malades, ces zones ne sont pas stimulées correctement, ce qui entraîne des troubles de l'humeur chroniques.

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    Pour obtenir ce résultat, il a fallu compiler quinze ans de données médicales recueillies auprès de plusieurs milliers de patients, adultes, souffrant pour la majorité de dépression chronique et de phobie sociale. Les résultats montrent un fonctionnement altéré des systèmes cérébraux qui gèrent les émotions chez les anxieux : certains sont trop stimulés alors que d'autres ne réagissent pas assez.

    La cartographie des zones cérébrales sous-activées chez les personnes anxieuses ou dépressives. © Janiri et <em>al.</em>
    La cartographie des zones cérébrales sous-activées chez les personnes anxieuses ou dépressives. © Janiri et al.

    Des hauts et des bas

    Le premier dysfonctionnement apparaît dans le cortex préfrontal inférieur, le lobule pariétal inférieur droit et le putamen. Toutes ces structures sont reliées entre elles par des voies neuronales. Elles interviennent dans des fonctions émotionnelles et comportementales, ainsi que dans la saillance. Ce mécanisme fait que votre cerveau s'attarde sur une chose ou une autre, puis est capable d'initier un changement d'idée.

    Dans le cas des patients atteints de troubles anxieux ou dépressifs, cette zone n'est pas aussi active que chez un sujet normal. Résultat : un patient anxieux remarque un mal-être profond mais son cerveau ne réagit pas aussi vite et n'est pas capable d'initier une réponse cognitive qui pourrait améliorer ce ressenti. Les idées noires perdurent alors trop longtemps dans son esprit.

    À l'inverse, l'anxiété « sur-active » une autre zone adjacente qui comprend le thalamus gauche, l'amygdale et le cortex cingulaire antérieur qui régulent les interactions sociales et affectives. Le thalamus trie les informations qui nous parviennent et les distribue aux autres aires du cerveau, notamment vers l'amygdale, quand il s'agit d'émotion. Le cortex cingulaire antérieur contrôle les réponses émotionnelles.

    La cartographie des zones cérébrales sur-activées chez les personnes anxieuse ou dépressives. © Janiri et <em>al.</em>
    La cartographie des zones cérébrales sur-activées chez les personnes anxieuse ou dépressives. © Janiri et al.

    Les troubles émotionnels, facteur aggravant des longues maladies

    Chez l'anxieux, le bipolaire ou le dépressif, l'amygdale et le cortex cingulaire antérieur sur-réagissent à un état de stressstress ou à un changement dans l'environnement. Il en résulte un torrenttorrent d'émotion difficile à contenir.

    Ensuite, c'est l'histoire du serpent qui se mord la queue : les victimes des troubles de l’humeur ressentent un malaise qui dure trop longtemps et provoque un stress. Le thalamus le détecte et répond au quart de tour pour déclencher un flot excessif d'émotions. Le patient a alors du mal à sortir de cette tempêtetempête émotionnelle, subit alors un stress qui stimule le thalamus. Et ainsi de suite... Les troubles affectifs sont considérés comme un facteur aggravant des maladies graves et longues comme le cancercancer ; chez les patients touchés, le taux de guérisonguérison est plus faible.