Les champignons hallucinogènes sont interdits en France, mais leurs principes actifs intéressent de plus en plus la recherche médicale. © Kichigin, Shutterstock

Santé

Cancer : des champignons hallucinogènes réduisent l'anxiété des patients

ActualitéClassé sous :cancer , dépression , psilocybine

La psilocybine, extraite de champignons hallucinogènes, a été testée avec succès dans deux études sur des patients cancéreux. Le composé pourrait aider à traiter leurs symptômes dépressifs, si les résultats sont confirmés dans des études de plus grande ampleur.

La psilocybine est un hallucinogène trouvé dans les « champignons magiques », les psilocybes, qui sont classés comme stupéfiants en France. Mais depuis plusieurs années, il existe un regain d'intérêt pour le principe actif de ces champignons, notamment pour traiter la dépression.

Les patients atteints d'un cancer développent souvent des symptômes de dépression et d'anxiété, des problèmes psychiatriques qui affecteraient environ 40 % d'entre eux. Or, la dépression accroît chez eux le risque de décès précoce. Pour Roland Griffiths, professeur à l'université Johns-Hopkins, « un diagnostic de cancer menaçant la vie peut être psychologiquement difficile, avec des symptômes très fréquents d'anxiété et de dépression. Les gens qui ont ce genre d'anxiété existentielle se sentent souvent sans espoir et s'inquiètent du sens de la vie et de ce qui se passe à la mort ».

Deux petites études ont testé si l'hallucinogène présent dans les champignons magiques pouvait réduire la dépression et l'anxiété de patients atteints d'un cancer en phase terminale ou avancée. La première étude menée par l'Université de New York comptait 29 patients et la seconde, réalisée par l'université Johns-Hopkins, en incluait 51. Dans les deux études, les participants prenaient soit de la psilocybine soit un placebo. Les participants de l'étude de l'université de New York suivaient aussi une psychothérapie.

Dans les deux études, le traitement à la psilocybine était bien plus efficace que le placebo. Par exemple, dans l'étude de l'université de New York, 83 % des patients avaient une réduction des symptômes dépressifs sept semaines après avoir pris la psilocybine, d'après Sciencemag.

Les patients affirmaient avoir moins d’angoisses vis-à-vis de la mort. © Lopolo, Shutterstock

Une dose de psilocybine réduit la détresse des patients

L'effet de la psilocybine était à la fois immédiat et durable : les participants ont dit avoir ressenti une diminution de leur dépression et de leur anxiété un jour après avoir pris la drogue ; les effets ont perduré six mois pour 80 % des participants. Les participants ont aussi dit que leur qualité de vie s'était améliorée, que leur vie avait plus de sens et qu'ils se sentaient moins anxieux vis-à-vis de la mort. Dans l'étude de l'université Johns Hopkins, les effets positifs étaient notés aussi par l'entourage des patients : amis, famille et collègues de travail voyaient des changements significatifs dans l'attitude et le comportement des patients.

Si ces nouveaux résultats sont confirmés dans de plus vastes études, une thérapie avec la psilocybine pourrait devenir une nouvelle option pour traiter des patients cancéreux souffrant de dépression ou d'anxiété.

Les patients de l'étude ont pris de la psilocybine encadrés par du personnel formé. Leur pression sanguine et leur humeur étaient suivies de près pendant le traitement. Il est fortement déconseillé de prendre de telles drogues en dehors d'un contexte médical. Le stupéfiant peut avoir des effets secondaires désastreux : élévation du rythme cardiaque et de la pression artérielle, maux de tête, nausées, vomissements...

Du point de vue biologique, la psilocybine est métabolisée en psilocyne qui affecte différentes régions corticales ou subcorticales dans le cerveau. La psilocybine et la psilocyne ont des structures proches de la sérotonine, ce qui explique qu'elles peuvent agir sur les récepteurs séotoninergiques (5-HT). 

Cela vous intéressera aussi

Interview : le cannabis, une substance anticancérigène ?  En France, la question du cannabis reste sensible puisque, selon les estimations, plus de 4 millions de personnes âgées de 12 à 75 ans en auraient déjà consommé. Ce stupéfiant fait l’objet de nombreuses études aux conclusions contradictoires. Futura est parti à la rencontre de Paul Hofman, directeur du laboratoire de pathologie de Nice et chercheur pionnier dans la détection du cancer du poumon, pour en savoir plus sur cette substance.