Le 3 novembre se célèbre la Journée mondiale de la gentillesse. Être gentil au quotidien traduit un état d'esprit positif et une approche apaisée de l'autre. Être gentil serait donc bon pour notre santé... et à en croire une étude publiée il y a quelques années déjà... pour celle des babouins aussi. Alors qu’on cherche souvent à résumer le succès reproducteur des primates à leur rang dans la hiérarchie, cette étude suggère que le plus important chez les babouins femelles est d’entretenir un bon réseau social. Elles accordent donc de l’intérêt à la personnalité des singes. Et à ce petit jeu, ce sont les plus gentilles qui s’en sortent le mieux.
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Article paru le 3 octobre 2012

Peu à peu les clichés tombent. Trop souvent encore, la théorie de l’évolution par la sélection naturelle de Charles DarwinCharles Darwin est décrite de manière simpliste comme la loi du plus fort. Grosse erreur car parfois elle pourrait être la loi du plus gentil. C'est en tout cas ce que suggèrent des recherches menées par des Américains de l'University of Pennsylvania auprès de femelles babouins sauvages (Papio hamadryas ursinus).

Chez ces primatesprimates sociaux, mâles et femelles sont un peu différents. Pour ces premiers, la hiérarchie est un critère déterminant pour expliquer la survie ou la reproduction. En revanche, ce n'est pas tout à fait le cas chez les guenons. Si le rang social et ses avantages (notamment l'accès à la nourriture ou l'intérêt suscité auprès des mâles dominants) sont hérités de la mère, ils n'expliquent que partiellement le succès des femelles. Car celles qui vivent le plus longtemps et avec une descendance nombreuse sont les moins stressées et disposent surtout d'un réseau socialréseau social fort et bien fourni.

Être gentil, c'est l’assurance d’avoir plein d’amis

Les chercheurs ont souhaité comprendre pourquoi certaines guenons tissaient des liens sociaux plus étroits que les autres. Leur réponse, fournie dans la revue Pnas, indique que, comme chez l'Homme, ce n'est qu'une histoire de personnalité et de caractère. Et pour se faire apprécier de ses congénères, rien de mieux que de se montrer sympathique.

L'expérience est basée sur l'observation de babouins sauvages vivant dans la Moremi Game Reserve, au Botswana, entre 2001 et 2007. Quarante-cinq femelles ont été épiées dans leurs relations sociales avec les autres : temps passé à côté d'un individu ou à le toiletter, interactions sociales amicales ou agressives... Les niveaux de stressstress ont été estimés à partir des taux d'hormones retrouvés dans les déjections.

Le toilettage est une activité sociale par excellence chez les babouins. D'une part c'est hygiénique puisqu'il s'agit de débarrasser les poils de ses parasites, mais c'est aussi l'occasion de renforcer les liens qui unissent les individus. © Anne Engh, <em>University of Pennsylvania</em>

Le toilettage est une activité sociale par excellence chez les babouins. D'une part c'est hygiénique puisqu'il s'agit de débarrasser les poils de ses parasites, mais c'est aussi l'occasion de renforcer les liens qui unissent les individus. © Anne Engh, University of Pennsylvania

La personnalité comme moteur de la sélection naturelle

En fonction des comportements de chacune, les femelles ont été classées en trois groupes. Un premier, celui des gentilles, comprenait les guenons qui s'entendaient bien avec toutes les femelles et entretenaient des liens sociaux étroits et stables avec bon nombre d'entre elles. Elles émettaient même des grognements amicaux en signe d'apaisement aux individus sans enfants situés plus bas dans la hiérarchie, un acte de sympathiesympathie complètement gratuit pour montrer leurs bonnes intentions. L'appartenance à ce groupe était indépendante du statut social.

Un deuxième lot regroupait des femelles plus distantes qui savaient se montrer agressives avec certaines de leurs congénères. En revanche, elles disposaient aussi de cercles sociaux certes plus restreints que les guenons gentilles, mais relativement solidessolides malgré tout, leur assurant un bon succès reproducteursuccès reproducteur.

Enfin, les individus solitaires composaient le troisième groupe pour les chercheurs. Ces singes esquissaient davantage de comportements agressifs à l'égard des autres membres de leur tribu, changeaient régulièrement de partenaire de toilettage et adressaient des grognements amicaux uniquement aux femelles de rang plus élevé, probablement pour éviter des réprimandes. Avec, de fait, des liens sociaux instables et parcellaires. C'est aussi chez elles qu'on a retrouvé les plus hauts niveaux de stress et les espérances de vieespérances de vie les plus courtes, aussi bien pour elles que pour leurs descendants.

Des babouins aux traits humains

Se pose une question pour l'instant sans réponse : quel est l'intérêt pour ces femelles de s'isoler du reste du groupe puisqu'elles vivent moins longtemps et donnent naissance à une descendance moins nombreuse et plus fragile ? Peut-être la malchance d'être née dans une famille peu nombreuse ou de jouir d'un statut social inférieur ? Même pas ! Ces paramètres semblent manquer de pertinence puisque leur classement dans l'un des trois groupes ne dépend pas de la hiérarchie ni de la quantité d'individus apparentés, mais bel et bien de la personnalité.

C'est d'ailleurs la première étude du genre à révéler un lien entre des traits de caractère individuels et le succès reproducteur chez des primates sauvages. Comme nous, ils s'apparient avec les partenaires pour lesquels ils ont davantage d'affinités et comme nous, les individus les plus sociaux vivent plus longtemps et surtout plus heureux.