Planète

Les tannes, espaces d'activités humaines

Dossier - Les marais à mangrove et les tannes
DossierClassé sous :géographie , botanique , Environnement

-

Ce dossier décrit et explique les « tannes », ces espaces dénudés ou couverts de végétation rase de la partie interne des marais maritimes tropicaux. Ils se développent aux dépens de la mangrove et ont été affectés à de nombreux usages.

  
DossiersLes marais à mangrove et les tannes
 

Longtemps on s'est posé la question de savoir si les tannes n'avaient pas une origine directement liée à des activités humaines. Ainsi, certains pensaient que les tannes de Sierra Leone étaient liés aux défrichements réalisés pour la pêche. Un auteur a par ailleurs fait un lien entre l'existence de nombreux tannes d'Afrique de l'Ouest et l'extraction traditionnelle du sel : le défrichement de la mangrove était suivi de l'ablation par raclage de la partie superficielle du sol. Que quelques rares tannes soient liés à une intervention humaine, n'implique pourtant pas que les immenses étendues nues parfaitement zonées que l'on découvre un peu partout dans le monde tropical relèvent de la même cause. De la destruction de la mangrove ne découle en effet pas obligatoirement sa disparition définitive et son remplacement par des tannes. Dans de nombreux pays, les rapports forestiers ont dans le passé déploré la formation de clairières au sein de la mangrove à la suite de l'exploitation abusive des essences les plus riches en tanin, mais on notait parallèlement que la mangrove reprenait rapidement le dessus pour recoloniser le terrain perdu.

Petit kjokkenmodding en bordure d'un tanne en Nouvelle-Calédonie. Ce terme désigne des amas de tests de mollusques, auxquels s'ajoutent des outils et des tessons de poterie. Leur omniprésence et leur âge témoignent des relations anciennes entre les hommes et ce milieu. © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

Si les tannes ne résultent qu'exceptionnellement d'activités humaines, en revanche ils supportent plusieurs d'entre elles comme le montrent les photographies suivantes.

Rizières traditionnelles aménagées aux dépens de la mangrove et des tannes près de Saint-Augustin (Sud-Ouest malgache) © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites
Dans la lagune de Belo (Madagascar), les charrettes à zébus, principal moyen de déplacement, empruntent le tanne vif à efflorescences salines © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

Vue aérienne d'un tanne colonisé par de l'habitat spontané à Tuléar (Toliara, Madagascar) © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites
Habitat spontané pauvre et élevage sur un tanne. Nous sommes ici à Tuléar (Toliara), capitale provinciale du Sud-ouest de Madagascar. © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites
Tanne aménagé en salins à Tuléar (Toliara, Madagascar). Les grandes étendues des tannes, souvent balayées par le vent et écrasées de soleil, apparaissent comme propices à l'aménagement de salins. Les techniques employées ici sont venues du Gujarat, région du Nord-ouest de l'Inde en même temps que l'immigration. © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites
L'appropriation des tannes et des mangroves par des particuliers, comme ici à Païta en Nouvelle-Calédonie, s'est généralisé, au mépris de la législation © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites
Sur l'île de Vanua Levu à Fidji, tanne bordé par des plantations de canne à sucre et de l'habitat © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

Depuis une vingtaine d'années, sur les littoraux tropicaux, les marais à mangrove sont l'objet de nombreuses convoitises. On les utilise pour aménager de grands bassins destinés à l'élevage des crevettes.
Bassins crevetticoles. En Nouvelle-Calédonie, les bassins des fermes crevetticoles ont été aménagés aux dépens de tannes et non de la mangrove. © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

En Equateur, au Honduras et au Salvador (golfe de Fonseca), en Inde et dans toute l'Asie du Sud-Est, de vastes surfaces de marais ont été converties en bassins aquacoles. Généralement ce sont les mangroves qui font les frais de ces aménagements. Cependant dans certains pays comme l'Equateur ou la Nouvelle-Calédonie, les tannes ont été privilégiés pour cette crevetticulture. C'est certainement une bonne chose pour la mangrove mais il ne faudrait pas que tous les tannes soient un jour couverts de bassins. Il en va de la conservation de la biodiversité. Aussi une véritable réflexion s'impose aujourd'hui à ce sujet.