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Les transitions tanne-mangrove et tanne-terre ferme, indicatrices de dynamiques végétales

Dossier - Les marais à mangrove et les tannes
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Ce dossier décrit et explique les « tannes », ces espaces dénudés ou couverts de végétation rase de la partie interne des marais maritimes tropicaux. Ils se développent aux dépens de la mangrove et ont été affectés à de nombreux usages.

  
DossiersLes marais à mangrove et les tannes
 

De l'examen de la zone de contact entre les tannes et la mangrove d'une part, la terre ferme de l'autre, on peut tirer quelques enseignements précieux concernant les grandes dynamiques.

1 - Les transitions des tannes avec la mangrove.

On peut souvent observer sur leur limite externe (du côté de la lisière de la mangrove), des peuplements plus ou moins étendus de palétuviers morts. Ceux-ci attestent un recul récent de la mangrove. Au contraire, lorsque la lisière au contact du tanne a un aspect luxuriant, ou qu'elle comporte de jeunes arbres, on peut raisonnablement penser qu'on est dans une phase d'équilibre ou de recul du tanne.

Palétuviers morts en lisière de mangrove à Excoecaria en Nouvelle-Calédonie © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

Par ailleurs il ne semble pas y avoir de relation entre le profil de la lisière et la dynamique de la mangrove : la taille des palétuviers décline de la mangrove vers le tanne ou reste relativement uniforme jusqu'en limite de tanne sans qu'on puisse en tirer de conclusion irréfutable. La progression des tannes se faisant aux dépens de la mangrove, il est facile de constater si celle-ci recule ou non. Des arbres mourants ou morts et des souches pourrissantes sont les meilleurs indicateurs de ce phénomène. Quant aux hommes, ils n'interviennent que dans des régions où la demande en bois est très forte. En général, les coupes ne provoquent l'avancée du tanne aux détriments de la mangrove que là où celle-ci se régénère mal, c'est à dire là où elle était condamné à disparaître à court ou à moyen terme.

Les tannes peuvent-ils être recolonisés par des palétuviers ? Il s'agit là d'un phénomène tout à fait commun en Nouvelle-Calédonie. Cependant, l'existence de palétuviers vivaces, même lorsqu'ils sont nains, sur le pourtour externe des tannes, peut aussi être interprété comme le signe d'un lent recul.

Contact du tanne avec la forêt dense sèche à baobabs dans la région de Morondava à Madagascar © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

2 - Les transitions des tannes avec la terre ferme.

Le contact entre le tanne et la terre ferme se fait généralement à travers ce que de nombreux auteurs ont pris coutume d'appeler la « frange interne ». Celle-ci prend des formes assez diverses : simple liseré de palétuviers et de ligneux halotolérants, alignement de palétuviers... Parfois il n'y a pas de frange interne mais un contact brutal du tanne avec la terre ferme, l'action des hommes et du bétail aidant. L'opposition entre des tannes se prolongeant par une légère dépression périphérique, et des tannes se relevant sur leur pourtour interne, semble jouer un rôle important dans la composition floristique de ces liserés de palétuviers. Dans le premier cas une fréquente stagnation d'eau douce pluviale ou de ruissellement tend à privilégier des plantes adaptées à de faibles salinités ; dans le second, les halophytes semblent prédominer.

Contact d'un tanne avec des peuplements de filaos ou bois-de-fer (Casuarina equisetifolia) et des buissons de Lumnitzera en Nouvelle-Calédonie © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

Il est moins fréquent de passer directement d'un tanne à des prairies ou à des forêts marécageuses. Celles-ci tendent d'ailleurs généralement à se substituer progressivement aux tannes. La colonisation par les grandes herbacées (Typha, Juncus, Acrostichum) se fait parfois sous forme de peuplements concentriques.

Tanne à la surface craquelée, jouxtant une frange interne à Lumnitzera et à Clerodendron (Nouvelle-Calédonie) © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

L'existence de franges internes est significative d'un dessalement du tanne. Leur alimentation en eau douce est liée tantôt au ruissellement, tantôt à de véritables sourcins liés à des inféroflux. Cela permet à certaines espèces de palétuviers peu sensibles à une exondation prolongée, et à une multitude de plantes halotolérantes, de s'établir.