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Les processus de tannification

Dossier - Les marais à mangrove et les tannes
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Ce dossier décrit et explique les « tannes », ces espaces dénudés ou couverts de végétation rase de la partie interne des marais maritimes tropicaux. Ils se développent aux dépens de la mangrove et ont été affectés à de nombreux usages.

  
DossiersLes marais à mangrove et les tannes
 

Il existe deux processus différents de tannification : l'acidification des sols et leur salinisation.

1 - L'acidification

Le comportement du souffre et de ses composés est, dans certains cas, un facteur important de la tannification. Les travaux de mise en valeur agricole des mangroves se sont heurtés, au début du XXe siècle, à un problème d'acidification qui, dans certains cas, a conduit à la stérilisation des terres.

Avicennia nitida (Verbenaceae) en fleurs, cette fleur fait à peu près 4 mm de diamètre © Prof. J. E. Armstrong, Illinois State University Reproduction et utilisation interdites

De ce point de vue, les sols portant Avicennia posent bien moins de problèmes d'aménagement que ceux où se développent depuis des siècles Rhizophora. Ces derniers en effet, entrent dans le groupe des sols potentiellement sulfatés-acides, omniprésents au Sénégal, au Gabon ou à Fidji.

Rhizophora mangle (red mangrove, Rhizophoraceae) en fleurs. Les fleurs d'un centimètre de long. © Prof. J. E. Armstrong, Illinois State University Reproduction et utilisation interdites

L'acidification des sols de mangrove est en grande partie liée au comportement du soufre et de ses composés. La matière organique présente dans les sols de mangroves, et particulièrement les radicelles de Rhizophora spp. qui forment une véritable tourbe, stimule la sulfato-réduction bactérienne en milieu anaérobie. Si le milieu est riche en fer, de la pyrite, un sulfure de fer, se forme. L'oxydation de la pyrite, corrélative à la déshydratation du sédiment, conduit à la formation d'un sulfate basique de fer, la jarosite, d'oxydes et d'hydroxydes ferriques, de gypse et même d'alun (sols alunés du delta du Mékong). La libération de sulfates et du soufre, peu propice aux végétaux, provoque une forte acidification du milieu qui, conduit à la formation d'un tanne. Cependant, on note que ce phénomène peut-être inhibé par les éléments neutralisants fournis par l'eau de mer.

2 - La salinisation des sols et des nappes.

Dans une majorité de cas, la substitution des tannes à la mangrove est favorisée par leur salinisation et celle de la nappe. Des valeurs de salinité plusieurs fois supérieures à celle de l'eau de mer ont été observées au niveau des nappes et de l'eau interstitielle des sols des tannes ; ces valeurs expliquent d'une manière certaine la disparition des halophytes.

Grands bancs sédimentaires couverts de mangrove en voie de tannification (estuaire de la Betsiboka à Madagascar) © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

Les études faites au Sénégal et en Nouvelle-Calédonie mettent en évidence une rupture entre la salinité de la nappe de la mangrove et celle de la nappe du tanne. La première suit les variations saisonnières de la salinité de l'estuaire ou du fleuve; en revanche, la salinité de la nappe du tanne est élevée et constante. Les variations de la salinité à l'intérieur du marais maritime seraient donc en partie liées à des problèmes de percolation horizontale de l'eau. La percolation verticale semble avoir également un rôle important, la nature du substrat jouant un rôle déterminant dans l'accumulation du sel.

3 - Tannes et sédimentation.

L'élévation du niveau du sol des marais maritimes résulte de l'accumulation de dépôts marins et terrigènes (alluvions, poussières et sables d'origine éolienne, parfois colluvions, notamment à la base des collines). Cet exhaussement progressif de la partie interne du marais maritime est souvent contrarié par l'affaissement du substrat lié à la maturation des sols et, parfois, par des phénomènes de déflation. L'exhaussement du niveau du marais, difficile à vérifier au jour le jour en dehors de secteurs à alluvionnement très intense, laisse parfois des preuves irréfutables. Sur les tannes de Madagascar, les tranchées qui sont ouvertes lors de l'aménagement de salins, permettent de découvrir des souches de palétuviers ensevelies à un ou deux mètres en dessous de la surface actuelle du sol.

A Toliara /Tuléar, (Sud-ouest de Madagascar), dans une fosse creusée sur l'espace nu situé en arrière de la mangrove, apparaissent des souches anciennes de palétuviers. C'est là la preuve indiscutable qu'il s'agit bien d'un tanne. © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

4 - Tannes et hydrologie.

Le rythme de l'inondation de marais maritimes est étroitement dépendant du marnage d'une part, et du débit fluvial d'autre part. Au moment des crues qui coïncident avec la saison des pluies, la plus grande partie du marais est baignée par les marées saumâtres. Au contraire, en période d'étiage, une grande partie de la surface du marais reste exondée pendant de très longues périodes. Sous le couvert de la mangrove, le sol se craquelle alors ; la végétation herbacée qui s'était implantée durant la saison des pluies dessèche et meurt. Le sel des nappes remonte par capillarité et forme des efflorescences salines. Plus que le sel, c'est cette dessication quasi-complète du sol pendant de longues périodes qui entraîne la mort des palétuviers.

Tanne recolonisé par Avicennia marina à l'embouchure du Diahot (Nouvelle-Calédonie) © JM Lebigre Reproduction et utilisation interdites

Notons enfin, qu'un autre facteur lié à l'hydrologie doit être pris en compte : il s'agit des variations du niveau marin. Si une baisse relative de ce niveau ou une légère surrection d'origine tectonique entraînent a priori l'extension des tannes aux dépens de la mangrove. Une légère transgression ou une subsidence doivent être au contraire considérée comme des facteurs susceptibles de ralentir ou de contrarier le phénomène de tannification, au même titre qu'une atténuation de la saison sèche. C'est ce qui se passe peut-être dans le Nord de la Nouvelle-Calédonie à l'embouchure du Diahot.