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Le volcan Kelut menace plusieurs villes indonésiennes

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A l'est de l'île de Java, en Indonésie, le volcan Kelut ne figure pas parmi les plus spectaculaires puisqu'il ne culmine qu'à 1731 mètres. Mais sa proximité avec plusieurs grandes villes et la fréquence de ses éruptions en font un des plus dangereux au monde.

Vue satellite de la région. Crédit Nasa - European Commission Joint Research Centre Digital Atlas

Le 1er novembre 2007, 548 secousses ont été enregistrées durant la seule période de 6 heures du matin jusqu'à midi (heures locales), témoigne Khoirul Huda, du Volcanological Survey of Indonesia (V.S.I.), un observatoire national créé à a la suite de l'éruption de 1919, qui avait rayé de la carte 104 villages et fait 5160 victimes. Selon le scientifique, ces frémissements sont provoqués par la poussée de la lave et augmentent les risques d'une nouvelle éruption.

Le volcan est situé à seulement 35 km de Kediri, 22 km de Blitar, et 22 km de Pare, trois villes qui abritent 500.000 personnes au total. 3000 personnes parmi les plus exposées ont été évacuées dans la matinée du 1er novembre de Blitar.

Kelut se classe parmi la catégorie des stratovolcans, c'est-à-dire des volcans dont le cône est constitué de l'accumulation de coulées de boue, d'éjectas et de blocs de lave solidifiée nommés pyroclastites. Mais surtout, son cratère sommital renferme un lac acide dont la présence est à l'origine d'éruptions phréatomagmatiques, conséquence de la rencontre entre le magma et cet important volume d'eau, et de lahars, ou coulées de boue. Lors de l'éruption de 1919, ceux-ci ont parcouru une distance de 35 kilomètres et sont responsables de la plupart des victimes.

Mais Kelut est surtout connu pour les travaux effectués dans ses flancs, véritable opération chirurgicale décidée après les évènements de 1919 et visant à réduire les lahars primaires en diminuant le volume de son lac interne. En 1923, les autorités hollandaises ont percé sept tunnels à travers la paroi du cône volcanique, échelonnés entre 1133 et 1186 mètres de hauteur. Le lac, ainsi drainé, a vu son volume ramené de 40 millions à 2 millions de m³.

Grâce à cette initiative, la grande éruption de 1951 n'a fait que sept victimes mais en contrepartie le fond du lac s'est creusé et en 1966, une nouvelle éruption tuait plus de 200 habitants de la région. Depuis, un nouveau système de drainage a été installé, toute la difficulté résidant principalement dans son entretien afin d'éviter qu'il ne s'obstrue.

L'éruption de 1990

Les signes précurseurs de cette éruption ressemblent à ceux que nous connaissons en 2007, et de ce fait méritent d'être examinés.

C'est à la fin novembre 1989 que la séismicité s'est sensiblement accrue, pour atteindre une valeur dix fois supérieure à la normale. Le mois de décembre présente une accalmie remarquable, pouvant laisser croire que la situation est redevenue normale, mais augmente à nouveau brutalement durant les deuxième et troisième semaines de janvier 1990. Parallèlement, la température des eaux du lac interne, surveillée en permanence, augmente de 32 à 38°C fin janvier, puis bondit à 41°C le 7 février. Le lendemain, une mesure du pH du lac montre qu'il s'est acidifié, passant de 4,9 à 4,2 tandis que le son enregistré par les hydrophones est trois fois plus élevé que la normale.

A la fin de la même journée, sismicité et bruit retrouvent leur niveau normal. Le lendemain, tous les instruments cessent brusquement de fonctionner. Redoutant un sérieux problème, le Volcanological Survey of Indonesia recommande l'évacuation de la population, ce qui est fait le 10 février. 60.000 personnes sont déplacées dans l'urgence.

Le même jour à 11 h 41 locales survient la première phase paroxysmale et phréatomagmatique, le lac disparaît en quelques secondes, l'éruption atteint son maximum d'intensité à 12h50 et une énorme colonne de fragments de lave est projetée dans la stratosphère : elle est devenue plinienne.

L'éruption décroît jusque 17 heures environ, à ce moment le panache de fumée s'élève encore à une douzaine de kilomètres d'altitude. Les coulées pyroclastiques atteignent une distance de 6 kilomètres et les cendres se répandent sur Blitar (25 km), Malang (35 km) et Nglegok (55 km), faisant effondrer des toitures et tuant 32 habitants.

Recommencera-t-il ?

L'Indonésie, située sur la zone qui s'appelle la ceinture de feu, compte environ 130 volcans en activité et est en permanence soumise à une forte sismicité. Bien que tous les indices soient réunis pour indiquer une forte probabilité d'éruption imminente, celle-ci peut se produire dans les jours ou les semaines à venir, voire pas du tout, ce qui rend difficile la gestion de la crise. L'évacuation de 35.000 personnes résidant dans un rayon de 100 kilomètres a été entamée dès le 16 octobre.

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