Le premier volet du 6e rapport du Giec est sorti, encore plus accablant que les précédents. © fran_kie, Adobe Stock
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Rapport du Giec : le cœur sur les mots

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[EN VIDÉO] Interview avec Jean Jouzel : Quels conseils et actions contre le changement climatique ?  Dans une interview, le paléoclimatologue Jean Jouzel donne des conseils sur les actions à effectuer pour ne pas rester passif face au réchauffement climatique. 

Le premier volet du 6e rapport du Giec est sorti ce lundi 9 août. Il assoit une fois de plus la situation dramatique dans laquelle l'humanité se trouve, regardant (trop) passivement le mercure s'élever... La détresse s'emparant d'une partie de la population devant l'indifférence des autres.

Cette année, je vais avoir 24 ans. Je suis née entre le 2e et le 3e rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec). Jeune journaliste, me voici face au premier volet du 6e rapport du Giec, publié lundi 9 août. Celui-ci, préparé par 233 auteurs de 65 pays, porte sur les bases physiques du changement climatique. 

Sans tergiverser, il assoit que l'intégralité du réchauffement climatique est due aux activités humaines. Un réchauffement qui s'accélère et conduira à des catastrophes sans précédent, certains changements étant d'ores et déjà irréversibles. Nous allons devoir nous habituer à des températures extrêmes plus fréquentes, aux incendies et aux sécheresses qui les accompagnent, à leurs effets sur les rendements agricoles et sur la faim dans le monde... Madagascar étant le premier pays à subir une famine pour cause de réchauffement climatique, en ce moment même. Et ce ne sont que des exemples parmi tant d'autres.

Aujourd'hui, comme des millions de personnes, mon cœur se serre. Je peine à contenir mon angoisse. Nous sommes une multitude à avoir adapté notre mode de vie. À nous engager, chacun à notre façon. À faire des efforts. Des sacrifices. Et à observer, désemparés, ceux qui se murent dans l'indifférence.

Parce qu'il n'est pas trop tard.

Psychologie de l'inertie

« La stabilité du climat est un bien commun pour chaque être humain, mais il y a un dilemme entre l'intérêt individuel à consommer plus et l'intérêt collectif à se restreindre, souligne Aurore Grandin, spécialiste de l'apport de la psychologie dans la lutte contre le changement climatique. Les personnes ayant de l'influence et les moyens économiques de maintenir un mode de vie plus émetteur vont continuer à le faire tant qu'il n'y aura pas de structure pour les restreindre. Ce ne sont pas forcément des personnes cyniques... Psychologiquement, plein de biais, comme le déni, entrent en jeu. »

Le climat s'est réchauffé d'environ 1,1 °C depuis l'ère préindustrielle. Il est improbable que nous n'atteignons pas le fameux 1,5 °C, et ce, entre l'année prochaine et 2040. Les 2 °C ? D'ici le milieu du siècle, si nos émissions de gaz à effet de serre stagnent. Mais les experts du Giec rappellent que tout n'est pas perdu : des mesures rapides et drastiques permettraient de limiter, largement, les dégâts.

« L'inertie impacte les comportements humains, on rejette le changement. Les décideurs, comme n'importe qui, vont plus dans le sens du statut quo. Pour eux, cela reste encore profitable politiquement de ne pas changer leurs décisions. » Les mots d'Aurore Grandin résonnent. Nous sommes notre meilleur ennemi. Nous avons domestiqué le loup, dompté l'électricité, érigé des villes gigantesques, mis le pied dans l'espace, découvert, innové, contrôlé, mais nous ne parvenons pas à maîtriser notre propre stupidité. Quelle ironie...

« Théoriquement, les décideurs peuvent être ciblés par des interventions visant à ce qu'ils s'engagent plus dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais, dans la pratique, ils sont plus difficiles à atteindre, car ce sont eux aux manettes. Ce n'est pas qu'ils sont moins susceptibles d'être influencés, c'est juste que ce sont les personnes qui ont le pouvoir d'agir, qui commandent et créent des interventions pour influencer les autres... Si les personnes qui votent considèrent que l'écologie est une priorité, les décideurs vont s'adapter. »

En quelques phrases, cette chercheuse en sciences cognitives a fait changer le pouvoir de mains. Mon propre cynisme est amadoué, bien que j'ai peur des prochaines années. Peur de voir les espèces s’éteindre les unes après les autres, les humains souffrir, chez moi, ailleurs, peur de l'ampleur que prendront les catastrophes naturelles... Peur d'avoir un enfant. Et si... ? ...Peut-être que je n'aurai pas à voir tout cela, si nous réagissons à ce 6e rapport avec l'envergure qu'il exige, et qu'elle s'appellera Adèle.

Échéances

En mars 2020, le monde a dû brutalement s'adapter. Tant bien que mal, avec des ratés et des approximations, mais il l'a fait. Nous l'avons fait. La plupart d'entre nous sommes capables de beaucoup de choses pour protéger nos proches et ces inconnus auxquels nous tenons malgré tout. 

Le nœud au ventre, comme des millions de personnes, j’y crois encore

En février 2022, le second volet sur les impacts du changement climatique, l'adaptation et la vulnérabilité sortira. En mars 2022, un troisième volet évaluera l'atténuation du changement climatique. Peu après, les trois volets du 6e rapport du Giec seront synthétisés en un seul document. Ce 6e rapport sera-t-il (enfin) celui dont nous avions besoin pour faire le nécessaire ? Le nœud au ventre, comme des millions de personnes, j'y crois encore.

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