En Charente, des chercheurs du CNRS ont identifié des dents humaines dans des restes de repas de grands carnivores datant de 40.000 à 50.000 ans. Leur digestion partielle a rendu leur identification difficile mais il paraît désormais indéniable que les grands carnivores appréciait la chair humaine... y compris quand des Néandertaliens anthropophages avaient commencé le travail...
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Comment retrouver des traces de l'Homme de Néandertal ? Dans les restes de repas expulsés par les grands carnivorescarnivores qui les ont savourés il y a quelque 40.000 à 50.000 ans, selon une étude publiée dans la revue Paleo.

En fouillant le site des Pradelles à Marillac-le-Franc en Charente (ouest de la France), des archéologues ont découvert que des dents qui étaient identifiées comme des dents de laitdents de lait de bovidés ou de cervidés étaient des dents humaines.

Ces dents, selon les chercheurs, sont passées par le tube digestiftube digestif de grands carnivores. Du fait de l'attaque par l'acidité et les enzymesenzymes des sucs gastriques, « ces dents néandertaliennes ne ressemblaient pas à des dents humaines, les chercheurs les attribuaient à des bovidés ou des cervidés », explique à l'AFP Bruno Maureille, paléontologuepaléontologue et coauteur de l'étude.

Ces dents néandertaliennes ne ressemblaient pas à des dents humaines

Pour arriver à ces conclusions, l'équipe internationale a étudié les modifications morphologiques que les dents ont dû subir depuis la mort de leur propriétaire. Ils ont également pu définir un certain nombre de critères qui permettra à l'avenir de les identifier facilement. L'émailémail dentaire est la partie la plus résistante du corps humain, « le reste a totalement disparu pendant le processus de digestiondigestion des carnivores », explique le paléontologue.

Photo non-datée fournie en janvier 2018 par le CNRS de dents trouvées en fouillant le site des Pradelles, à Marillac-le-Franc, en Charente. © Handout - UMR 5199 PACEA CNRS/AFP

Photo non-datée fournie en janvier 2018 par le CNRS de dents trouvées en fouillant le site des Pradelles, à Marillac-le-Franc, en Charente. © Handout - UMR 5199 PACEA CNRS/AFP

Des dents retrouvées dans un site servant de boucherie

« Il peut y avoir des dents humaines partiellement digérées dans tous les gisementsgisements entre le début de l'histoire de la lignée humaine et la fin de l'existence des grands carnivores [tels que la hyène des cavernes, NDLRNDLR] il y a moins de 12.000 ans », juge le directeur de recherches au CNRS. Ce qui permettrait d'enrichir le nombre de fossiles humains dont les chercheurs manquent cruellement.

Le site dont proviennent les dents étudiées est « unique, très spécialisé » car il servait uniquement de « boucherie » pour les Hommes de Néandertal qui n'y vivaient pas. « Les Hommes y apportaient les carcasses de rennesrennes pour les traiter et en extraire un maximum de ressources », explique l'archéologue qui a fouillé le site pendant plus de dix ans.

Mais les rennes n'étaient pas les seuls à passer ici à la découpe : « on suppose que les Néandertaliens apportaient certains de leurs contemporains dans ce gisement pour les découper » comme les autres animaux. Puis si, par hasard, « les Hommes mangeurs d'Homme n'emportaient pas tout (...), les carnivores arrivaient et "charognaient" ce que les Hommes laissaient », explique le chercheur. Et l'Homme de NéandertalNéandertal était du goût des grands carnivores, « le site a livré plus d'une quinzaine de dents digérées », explique Bruno Maureille.