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Le vénérable sous-marin Nautile repart explorer les océans

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Depuis 1984, le sous-marin jaune capable de descendre à 6.000 mètres, a accompagné les océanographes lors de près de 1.800 plongées et a parfois joué les vedettes, par exemple en explorant l'épave du Titanic. Refait à neuf, équipé d'instruments high-tech, il va reprendre la mer. Témoignage ému de son pilote.

Pendant quatre mois, le Nautile s'est refait une beauté à La Seyne-sur-mer. Il est prêt pour reprendre ses campagnes océaniques et ne reviendra à terre que dans plus d'un an. © AFP/Photo Bertrand Langlois

Avec 1.784 plongées à son actif, dont l'exploration de l'épave du Titanic, le Nautile, sous-marin habité de l'Ifremer, commençait à se faire vieux. Après d'importants travaux de rénovation, il s'apprête à reprendre la mer pour de nouvelles missions. Dans le hangar du centre de l'Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer (Ifremer), basé à La Seyne-sur-Mer (Var), ce submersible ovoïde de couleur jaune attend d'embarquer à bord de son navire support, l'Atalante.

À l'intérieur du minuscule habitacle (2,10 m de diamètre), une sphère pouvant accueillir trois personnes, dont deux en position allongée, Jean-Paul Justiniano, pilote du Nautile depuis sa mise en service fin 1984, fait les derniers réglages. Il a hâte de retrouver les fonds marins après quatre mois d'arrêt technique. Quatre mois mis à profit pour changer certaines pièces de la charpente en titane, où des fissures étaient apparues, et moderniser l'engin qui arbore désormais des caméras à haute définition, un système de navigation et de positionnement plus précis et des logiciels dernier cri.

Quasi-unique lors de sa conception en 1984 par le Cnexo (Centre national pour l'exploitation des océans, devenu Ifremer), pour un coût de 120 millions de francs, ce successeur des bathyscaphes, gros sous-marins peu aisés à manier, « fait l'objet d'améliorations constantes pour prolonger sa durée de vie », qui ne devait être à l'origine que de vingt ans, et affronter la concurrence des robots high-tech commandés à distance, explique son inventeur Jean-François Drogou.

Le Nautile en action. Il peut emmener trois personnes jusqu'à 6.000 mètres de profondeur, soit 97 % de la superficie des fonds océaniques. © Ifremer

Soixante pour cent de plongées scientifiques

Après cette transformation, place aux essais en Méditerranée, suivis d'une plongée en Atlantique à 5.000 mètres le 7 août. Le Nautile, qui peut descendre jusqu'à 6.000 mètres - ce qui lui rend accessible 97 % des fonds marins - sera alors prêt à reprendre du service pour une mission au départ des Açores, menée par la Marine nationale.

Depuis ses débuts, il a exploré de nombreux océans et mers, dans 60 % des cas à des buts scientifiques, 30 % à des fins techniques et 10 % dans le cadre de campagnes d'affrètement, les plus médiatisées. Le célèbre sous-marin jaune a fouillé l'épave du Titanic de 1987 à 1998 - « un des plus beaux souvenirs de ma carrière », confie Jean-Paul Justiniano -, colmaté les fuites du pétrolier Prestige en 2002-2003, au large des côtes espagnoles de la Galice (nord-ouest), et plus récemment a été sollicité pour rechercher les boîtes noires du vol AF 447 Rio-Paris.

Au cours de plus de 1.700 immersions, chacune durant une dizaine d'heures en moyenne, le Nautile n'a jamais connu de problème de sécurité majeur. Et il dispose de réserves d'oxygène nécessaires pour tenir cinq jours dans les abysses en cas de mauvaises conditions météo en surface.

Prochain retour à terre : fin 2012… ou 2013

Seuls dangers, « s'accrocher sur une épave ou rentrer dans une caverne sans s'en rendre compte et rester collé à la paroi », explique le pilote expérimenté. D'où la présence d'un sonar panoramique d'une portée de 500 mètres, venant compléter six projecteurs éclairant un périmètre d'une dizaine de mètres. Car le submersible a avant tout été pensé pour l'observation via trois hublots, tandis que deux bras manipulés de l'intérieur permettent de recueillir des échantillons et de prendre des mesures. Des manœuvres délicates à réaliser, l'engin pesant tout de même 19,5 tonnes et mesurant 8 mètres de long pour 2,70 de large, souligne Jean-Paul Justiniano.

« Tension nerveuse, atmosphère confinée, longues missions » (souvent plus d'un mois) : le métier est éprouvant physiquement, mais accompli avec « passion », dit-il, rappelant qu'ils ne sont que quatre à piloter l'engin en France. Mardi soir, il devait reprendre la mer avec « son » sous-marin qui, lui, ne reviendra à terre que fin 2012-début 2013, après un petit tour du monde, du Mexique à Futuna.

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