Chez le mâle Philoponella prominens, l'accouplement est une action potentiellement mortelle. © Shichang Zhang
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Cette araignée se catapulte pour ne pas être dévorée après l'accouplement !

ActualitéClassé sous :araignée , Reproduction sexuelle , cannibalisme sexuel

Le cannibalisme sexuel est une forme extrême de compétition entre les sexes. Afin de ne pas être dévorés, les mâles doivent donc développer des stratagèmes afin d'échapper à un funeste sort après l'accouplement. Chez une araignée, les mâles se catapultent à des vitesses impressionnantes au bout d'un fil.

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[EN VIDÉO] La « cape d'invisibilité » d'une petite araignée sauteuse d'Australie  Arasia mullion est une araignée sauteuse qui vit en Nouvelle-Galles du Sud, à l'est de l'Australie. Elle construit des cachettes à partir de sa toile et de débris de bois qui la rendent presque invisible quand elle se glisse dedans. Un comportement fascinant et inédit qui rend la cape d'invisibilité d'Harry Potter presque réelle. 

Il existe dans le règne animal plusieurs mécanismes qui permettent aux individus d'effectuer des actions très rapides. Celles-ci concernent par exemple la projection d'une partie de leur anatomie, telle que la langue chez le caméléon, la mâchoire chez les requins, ou encore le catapultage de l'individu entier. Ces actions sont connues pour être associées à des comportements de prédation mais également de fuite face aux prédateurs. Il existe pourtant un cas très spécifique dans lequel des animaux se catapultent pour éviter leurs propres congénères.

Le cannibalisme sexuel implique que la femelle dévore son partenaire avant, pendant ou après l'accouplement

Il s'agit du cas du cannibalisme sexuel, une pratique qui est, par exemple, observée chez les mantes et les araignées. Le cannibalisme sexuel implique que la femelle dévore son partenaire avant, pendant ou après l'accouplement. Afin d'échapper à ce triste sort, les araignées mâles de l'espèce Philoponella prominens ont développé la capacité de se propulser loin, très loin de la femelle avec laquelle ils ont terminé de s'accoupler.

La survie est dans l'acrobatie

Une équipe internationale de recherche a publié l'analyse de ce comportement de fuite étonnant dans le journal Current Biology. Au cours de leur étude, les auteurs ont observé 155 accouplements et rapportent qu'au terme de 152 d'entre eux, les mâles se sont catapultés des femelles et que tous ont survécu. Les trois qui ne se sont pas échappés ont été capturés et dévorés par les femelles.

La survie du mâle après l'accouplement dépend de la réussite de son catapultage rapide. © Zhang et al., 2022

Les auteurs ont ensuite empêché certains mâles de s'enfuir après l'accouplement afin de déterminer quelle était l'importance de cette fuite. Pour cela, ils ont placé de petites brosses d'environ 2 mm de long sur le dos de 30 mâles qui n'ont pas pu se catapulter et ont tous été capturés et dévorés par leurs partenaires respectives. Ce constat a de quoi horrifier les lecteurs mais prouve sans équivoque que le catapultage est un comportement nécessaire à la survie des mâles de l'espèce P. prominens et qu'il conditionne le nombre de partenaires sexuels qu'ils ont au cours de leur vie et donc leur succès reproducteur.

L'un des éléments de succès de cette éjection réside dans la vitesse de l'action. Les auteurs indiquent ainsi que si la vitesse moyenne de catapultage du mâle après l'accouplement est d'environ 66 cm/s, la vitesse record de 88,2 cm/s a été enregistrée pour l'un des mâles qui tenait visiblement très fort à sa vie. Les auteurs expliquent que les mâles ont besoin de leur deux pattes antérieures pour effectuer ce mouvement de propulsion ; celles-ci sont en effet pliées vers la femelle lors de l'accouplement et se détendent subitement lorsque le mâle se catapulte.

Un mâle se catapultant d'une femelle pendant l'accouplement dans une vidéo à haute vitesse (1500 images/s) et dans une vidéo normale (30 images/s). © Shichang Zhang

Les auteurs rapportent enfin que les mâles sont rattachés à un fil de soie qui les relie à la toile de la femelle et que celui-ci leur permet, lorsqu'ils se catapultent, de rejoindre cette toile. Ce retour est dans leur intérêt car le mâle peut ensuite revenir ver la femelle et s'accoupler à nouveau avec elle, et ce, jusqu'à six fois. Chez P. prominens, pour ne pas perdre la tête au jeu de l'amour, mieux vaut donc être prêt à faire... le grand saut.

Le mâle Philoponella prominens (au-dessus) a les deux pattes antérieures repliées lors de l'accouplement, afin de se catapulter plus rapidement au terme de celui-ci. © Shichang Zhang

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