La météo des vacances d'été 2023 semble bien incertaine, et n'offre aucune garantie de beau temps durable aux vacanciers, comme l'a montré la semaine automnale vécue début août par beaucoup de Français. Certains grincent des dents, et ont même l'impression de s'être fait « avoir » par les conditions météo changeantes de ce mois d'août. À quoi donc joue la météo cet été ? Le problème de cet été 2023 n'est en fait pas la météo, mais notre vision de ce à quoi doit ressembler un été en France. Explications.


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    Après l'été historique de 2022, marqué par quatre vagues de chaleurchaleur dont une canicule très précoce, une sécheresse à l'étendue record, et des incendies majeurs, 2023 ne prend pas exactement la même tournure. L'été en cours a été ponctué de périodes très chaudes (dont une canicule dans le sud-est en juillet) et de périodes plus fraîches. La sécheresse de surface, très importante à la fin du printemps, s'est quasiment complètement résorbée après les orages du mois de juin. Les conditions météométéo de l'été en cours sont en fait bien moins anormales que celles de l'été très chaud et très sec de 2022. Avec le réchauffement climatique, notre image de l'été a complètement changé : pour beaucoup de français, l'été correspond à une période obligatoirement chaude, ensoleillée en permanence et sèche, de juin à septembre. Les précédentes années nous ont même parfois habituées à des périodes estivales s'étalant de mars à octobre. Or, un temps chaud et sec pendant 6 mois n'est pas censé être la norme en France, ni même un temps chaud et sec pendant 3 mois d'affilé. La hausse globale des températures nous a complètement fait oublier ce qu'était un été « normal » en France.   

    Un temps estival en France correspond bien entendu à une période globalement plus chaude et plus lumineuse que le reste de l'année, mais ces trois mois (juin, juillet, août) comportent des variations naturelles.

    Juin, des gelées matinales encore possibles il y a quelques années

    En juin, le beau temps n'est jamais garanti en France : il pleut en moyenne 8 jours par mois à Paris (soit un quart du mois), 7 à 10 jours dans le sud-ouest et les Alpes, et 9 à 10 jours dans le Grand Est (soit un tiers du mois). Si la moyenne atteint 24 °C à Paris et 26 °C à Marseille, il peut y avoir de grands écarts. Dans les années 1990, des gelées matinales ont été relevées en plaine dans les Ardennes et en Normandie, ce à quoi nous n'avons désormais plus l'habitude, ou très peu.

    10 jours de pluie en moyenne en juillet

    En juillet, une météo classique est marquée par de la chaleur, parfois forte, et des orages. Il pleut en moyenne 9 à 10 jours à l'extrême nord du pays, et 2 à 5 jours au sud-est. À l'échelle de la France, juillet comporte en moyenne 10 jours de pluie, soit un tiers du mois, en raison des orages très pluvieux. Dans le passé, malgré des canicules possibles, le froid matinal était parfois vif dans certaines régions : jusque dans les années 1950, les gelées matinales étaient encore possibles au nord de la Seine, comme en Picardie, ou encore au nord-est, ce qui n'est évidemment plus le cas. La moyenne à Paris est de 25 °C, seulement de 21 °C à Brest, et de 29 °C à Ajaccio. Il faut donc rappeler que des températures de 30 °C dans le nord et de 40 °C dans le sud sont donc largement au-dessus des moyennes. Un pic de chaleur n'a rien d'étonnant, mais la répétition de températures extrêmes témoigne de ce que les météorologues appellent une anomalie.

    Août, un mois très variable niveau températures

    En août, les températures sont à peu près égales à celles de juillet, mais les relevés des dernières années montrent que le temps est plus variable : le mois peut être anormalement chaud de manière extrême (comme en 1997, 2003 et 2022), mais aussi anormalement frais (comme en 1985, 2002, 2008 et 2014). Il pleut en moyenne 7 jours à Paris ou encore 10 dans la région Grand Est : il n'est pas anormal d'avoir une semaine entière de temps pluvieux au cours d'un mois d'août, même si ces statistiques de pluie peuvent aussi être liées à des journées orageuses dispersées dans le mois.

    Au final, l'été n'est pas, à la base, une période uniforme de plein soleilsoleil avec des températures supérieures à 30 °C partout en France pendant toute la duréedurée des vacances scolaires : cette vision erronée est largement influencée par les récents (et trop nombreux) étés fortement marqués par le réchauffement climatique.


    Comment expliquer la fraicheur de cet été en plein réchauffement climatique ?

    Article de Karine DurandKarine Durand, écrit le 2 août 2023

    Après un mois de juillet anormalement chaud, août démarre avec des températures anormalement basses. Avec le réchauffement climatique, comment une telle fraîcheur peut-elle se produire au moment où les températures sont habituellement les plus élevées de l'année ?

    Depuis février 2022, absolument tous les mois se sont terminés avec un excédent de température. Juillet 2023 n'a pas dérogé à ce qui semble être une nouvelle norme, avec +0,8 °C comparé aux moyennes. Mais ce début du mois d'août affiche un changement radical qui peut être déconcertant : la fin juillet-début août est en moyenne la période la plus chaude de l'année.

    Jet stream et dépressions à l'origine d'une période automnale

    Fortes pluies, coup de ventvent au nord-ouest, en limite du seuil de tempêtetempête, et surtout, fraîcheur généralisée vont ternir le moral des vacanciers pendant plus d'une semaine. Ce jeudi 3 août, vendredi 4 août et samedi 5 août vont même être marqués par une baisse très nette des températures partout en France, y compris dans le sud-est : localement, il n'est pas impossible que des records mensuels de froid pour un mois d'août soient approchés, surtout au cours des matinales. Sur la moitié nord du pays, les valeurs correspondront à ce qu'on peut attendre en octobre. Et ce basculement dans une météo automnale pourrait être assez durable, au moins jusqu'au 10 août.

    Le plongeon du jet stream vers le sud de la France ce vendredi 4 août. © netweather.tv
    Le plongeon du jet stream vers le sud de la France ce vendredi 4 août. © netweather.tv

    Après un dôme de chaleur en juillet, il semblerait que le mois d'août débute avec un « dôme de fraîcheur » : ce terme n'existe pas en météo, mais correspond au ressenti d'une partie des Français. Les températures se situeront en effet -4 à -6 °C sous les moyennes de saisonsaison. En cause, un véritable plongeon du jet streamjet stream vers le sud : ce courant de haute altitude, qui sépare l'airair froid de l'air chaud, va subir une forte oscillation entre vendredi et samedi. Une boucle va descendre jusqu'au sud de la France et en Espagne, laissant la masse d'airmasse d'air froid descendre également sur l'ensemble de notre pays. Le choc sera important à Lyon : 10 °C en moins en 48 h !

    Malgré des orages parfois violents et un temps plus maussade au nord-ouest, la météo du mois de juillet a finalement été assez classique : les conditions ont été globalement anticycloniques, avec une canicule de 10 jours au sud-est. Mais, en ce début août, la météo est classique d'un temps d'automneautomne. Celle-ci est marquée par une succession de dépressions actives et creuses, d'où des perturbations très pluvieuses sur le pays.

    Malgré le réchauffement, la variabilité naturelle continue

    Pour autant, ce type de basculement dans des conditions plus fraîches et humides n'est pas si anormal en plein été. Cette situation se produit régulièrement, comme c'était le cas en juillet 2021. Malgré un réchauffement climatique certain, la météo subit toujours (et heureusement) des variations naturelles. La hausse des températures liée au changement climatique se produit sur le long terme, même s'il y a parfois des années plus intenses avec un véritable emballement climatique. Le réchauffement climatique n'empêche donc pas une période plus fraîche et humide l'été, et même possiblement un été « complètement pourri ».

    Rappelons que le climat correspond à une moyenne de 30 ans minimum, et que le météo correspond à une période de quelques jours à quelques semaines, et jusqu'à trois mois pour les prévisions météo saisonnières. Le réchauffement climatique nous a également habitué à des étés très chauds, très secs, et très longs, ces dernières années, au point de nous faire oublier qu'un été en France peut aussi être ponctué de périodes plus fraîches et maussades.