Du sang fossile vieux de 20 millions d'années a été retrouvé dans de l'ambre ! C'est un record puisqu'il contient les plus vieux globules rouges de mammifères connus. Ici, une représentation d'artiste des globules rouges du sang. © Yorgos Nikas, Wellcome Images, Flickr, CC by-nc-nd 2.0

Planète

Record : du sang fossile vieux de 20 millions d'années retrouvé dans de l'ambre

ActualitéClassé sous :paléontologie , ambre , globule rouge

Du sang fossile vieux de 20 millions d'années a été retrouvé dans une tique prise au piège dans de l'ambre. C'est un record puisqu'il contient les plus vieux globules rouges de mammifères connus. Plusieurs arguments laissent en effet penser qu'il s'agit du sang de singes ayant vécu à cette époque.

  • L'ambre de République dominicaine préserve de nombreux fossiles de formes vivantes présentes sur Terre il y a entre 15 et 40 millions d'années (en général, il y a environ 20 millions d'années).
  • Une tique trouvée dans cet ambre contient des globules rouges fossilisés très bien conservés et dans lesquels se trouvent des fossiles d'un parasite bien connu existant encore de nos jours.
  • Ces globules rouges devaient appartenir à un mammifère, très probablement un primate.
  • Ce serait donc les plus vieux fossiles de globules rouges de mammifères connus à ce jour.

Dans le film Jurassic Park, l'intrigue repose sur un pilier central : l'existence de fragments bien conservés d'ADN de dinosaures que l'on suppose pouvoir retrouver dans du sang fossilisé. Ce sang est cherché dans l'abdomen de moustiques ayant vécu au temps des dinosaures ; les insectes sont retrouvés piégés et fossilisés dans de l'ambre. Le film débute par une scène lors de laquelle des prospecteurs se trouvent dans un des fameux gisements d'ambre de la République dominicaine.

Malheureusement, l'ADN ne peut pas traverser les millions d'années qui nous séparent de l'époque des dinosaures. De plus, les gisements d'ambre dominicain sont âgés d'une vingtaine de millions d'années tout au plus (pour mémoire, les dinosaures non aviens ont disparu il y a environ 65 millions d'années, au moment de la fameuse crise Crétacé-Tertiaire).

La tique dans l'ambre avec du sang fossilisé. © George Poinar, Oregon State University

Il n'en reste pas moins vrai qu'il est possible de trouver des fossiles d'insectes, et même d'animaux comme le caméléon, voire de plumes de dinosaures, qui sont remarquablement conservés dans l'ambre. Une preuve de plus vient d'être apportée par George Poinar, un spécialiste de l'étude des fossiles préservés dans l'ambre, au moyen d'un article publié dans Journal of Medical Entomology.

Le chercheur y décrit notamment un fossile de tique. L'animal est gorgé de sang, un sang qui est lui-même fossilisé. Ce fossile a été retrouvé dans un morceau d'ambre dominicain tiré d'une mine de la chaîne de montagnes de la Cordillère septentrionale qui occupe la partie nord de la République dominicaine. Le fossile doit être âgé de 20 millions d'années environ.

Une tique suceuse de sang de primates

Deux petits trous sur la tique suggèrent que l'acarien a été brutalement détaché de l'animal sur lequel il était en train de se nourrir avant de se trouver plongé dans la résine, qui finira par devenir de l'ambre. Il est possible de préciser de quel animal il s'agissait en regardant d'un peu plus près le sang fossilisé dans l'abdomen de la tique. Il contient en effet des globules rouges remarquablement conservés dont la taille indique qu'ils devaient appartenir à des mammifères pouvant être des chiens, des lapins ou encore des singes.

Étant donné l'âge et la localisation géographique de l'ambre, on sait dans quels types de faunes et de flores vivait la tique. Comme candidats possibles, il ne reste alors plus que des singes. L'hypothèse a d'autant plus de poids que les singes ont effectivement l'habitude de s'épouiller entre eux. Nous serions donc en présence des plus vieux fossiles de globules rouges de mammifères connus.

Les globules rouges sont si bien conservés qu'ils semblent avoir été préparés pour une observation au microscope avec des colorants. © George Poinar, Oregon State University

L'examen de ces globules remarquablement conservés montre que certains d'entre eux sont parasités par Babesia microti, un parasite protozoaire intra-érythrocytaire existant encore aujourd'hui et qui affecte plusieurs espèces de mammifères, dont parfois l'Homme. Il est la cause d'une maladie ressemblant à la malaria et appelée « la babésiose », ou encore « la piroplasmose ». En l'occurrence, ce sont les plus vieux fossiles connus de ce parasite.

Pour George Poinar : « Les formes de vie que nous trouvons dans l'ambre peuvent révéler beaucoup de choses sur l'histoire et l'évolution des maladies contre lesquelles nous luttons encore aujourd'hui. Ce parasite, par exemple, existait clairement des millions d'années avant les humains, et il semble avoir évolué aux côtés des primates, parmi d'autres hôtes ».