Un panda géant jouait avec des cubes de glace à Chengdu, en Chine pour se rafraîchir de la chaleur estivale en août 2011. © Zhongjun Liu

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Arctique : le déclin de la banquise pourrait dégrader le climat

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Par Delphine Bossy, Futura

La fonte accélérée de la banquise arctique ne modifie pas seulement l'environnement polaire. De plus en plus d'études tendent vers l'idée que la fonte estivale de la glace de mer perturbe la circulation atmosphérique et joue un rôle dans le développement des événements climatiques extrêmes aux moyennes latitudes.

Article paru le 17 décembre 2013

La banquise arctique perd 8 % de sa superficie totale par décennie depuis les années 1980, mais ces dernières années, son déclin s'est accéléré. Le 16 septembre 2012, la glace de mer s'étendait sur 3,41 millions de km2, soit la moitié de la superficie estivale moyenne de 1981 à 2010, et s'inscrit comme le record de fonte jamais enregistré. En parallèle, cette dernière décennie a vu émerger une série d'événements climatiques extrêmes dans l'hémisphère nord. Été extrêmement chaud et aride en Russie en 2010, sécheresse exceptionnelle aux États-Unis l'été dernier, mais très humide en Corée et au Japon, et une série d'étés au caractère très humide au Royaume-Uni. Il existe à ce jour une discussion scientifique sur la question du lien de cause à effet.

Le déclin de la banquise pourrait bien modifier la circulation atmosphérique et ainsi favoriser le développement d'événements extrêmes. Des études précédentes ont déjà mis en évidence des corrélations statistiques entre les modifications de la circulation atmosphérique et le déclin de la banquise arctique. Mais les liens directs de cause à effet sont méconnus, et réfutés par certains. Le débat est vif, loin d'être clos, mais une nouvelle étude, publiée dans le Nature Climate Change, fera peut-être peser la balance.

Le courant-jet dans l'hémisphère nord est un vent d'ouest, d'altitude. À mesure que la banquise disparaît, le vent ralentit et forme des méandres. Ceux-ci peuvent contribuer à l'accroissement d'étés extrêmes, pour les régions des moyennes latitudes. © Nasa

À l'aide de réanalyses, qui génèrent un jeu de données à partir des observations disponibles, les chercheurs Qiuhong Tang et Xuejun Zhang ont examiné comment la basse, la moyenne et la haute troposphère répondaient à la variation de la fonte de la banquise et de la couverture de neige entre 1979 et 2012. Ils prouvent dans l'article que l'atmosphère répond, mais de façon distincte, aux déclins de la banquise et de la couverture neigeuse.

Dans les méandres du courant-jet

Le courant-jet subit des modifications directement liées à la diminution du recouvrement de la banquise. Ce vent d'ouest, que l'on trouve en altitude, aurait tendance à migrer vers le nord à mesure que la banquise se rétrécit en été. En outre, le courant se ralentit. Ces deux facteurs réunis renforcent l'hypothèse d'un lien entre la glace de mer et les événements climatiques extrêmes. Lorsque le courant-jet ralentit, il devient sinusoïdal, prenant donc des directions plutôt nord-sud, qu'ouest-est et peut donc augmenter les événements d'extrême chaleur aux moyennes latitudes.

Une autre étude parue récemment dans les Environmental Research Letters, se concentrait seulement sur le nord de l'Europe, et concluait que les conditions très humides des étés précédents étaient bien liées à la forme sinusoïdale du courant-jet. L'équipe nuançait toutefois en rappelant qu'il y avait une importante variabilité interannuelle, qui suggérait qu'un quelconque autre facteur pouvait tout à fait contrecarrer les effets de la perte de glace.

Si l'étude parue dans le Nature Climate Change ne peut lier de façon formelle chaque été extrême survenu dans une région des moyennes latitudes aux fluctuations de la banquise, elle conclut tout de même en liant l'augmentation de la fréquence des événements extrêmes à celle de la fonte de la glace de mer. Mais le débat reste ouvert. En effet, la plupart des modifications dans la fréquence des événements extrêmes se sont produites cette dernière décennie. On ne dispose donc pas encore d'assez de données pour exprimer s'il existe réellement une corrélation robuste. Cela pourrait être attribué au hasard après tout. Raisonner sur une décennie n'a pas beaucoup de sens en climatologie. L'étude apporte néanmoins une nouvelle pierre au débat, qui mérite d'être commentée.

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