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Climat : la banquise arctique atteint son quatrième point le plus bas

Cette année, c'est sans doute le 11 septembre que la banquise arctique a atteint sa superficie minimale. Après une fonte relativement lente en juin, celle-ci s'est accélérée en juillet et août. À présent, pour cette fin d'été, elle ne s'étend plus que sur 4,41 millions de km². Après le record de 2012, septembre 2015 se classe quatrième dans le palmarès des années ayant enregistré les plus petites banquises d'été.

Étendue de la banquise arctique le 11 septembre 2015. Cette carte compile les données acquises avec l’instrument AMSR-2 (Advanced Microwave Scanning Radiometer 2) qui équipe le satellite GCOM-W1 (Global Change Observation Mission–Water) de la Jaxa (Japan Aerospace Exploration Agency). Le trait orange fait référence à la surface moyenne de la banquise d’été mesurée entre 1981 et 2010. © Nasa, Jaxa

D'après l'analyse des données satellitaires des régions du pôle Nord terrestre par des chercheurs de la Nasa et du NSIDC (National Snow and Ice Data Center), la banquise arctique a vraisemblablement atteint sa taille minimum annuelle le 11 septembre dernier. Ce jour-là, la surface de mer gelée n'était plus que de 4,41 millions de km². Une valeur inférieure de 1,81 million de km² par rapport à la moyenne de 1981-2010. Aussi, depuis les premières observations satellites, à la fin des années 1970, les dix années ayant enregistré les plus petites banquises d'été figurent parmi les onze années qui viennent de s'écouler. Cette fin d'été 2015 ne fait donc pas exception et se classe en quatrième position. Septembre 2012 détient toujours le record, avec seulement 3,41 millions de km².

« Nous n'avons vu aucun événement météorologique majeur ou de configuration météo persistante dans l'Arctique cet été qui aurait pu contribuer à la diminution de l'étendue comme cela est souvent arrivé, commente Walt Meier, spécialiste de ce sujet au GSFC (Goddard Space Flight Center) de la Nasa. Certes, il a fait un peu plus chaud dans certains endroits que l'année dernière, mais il a fait aussi un peu plus froid dans d'autres ».

Animation de l’évolution de la banquise arctique entre la fin février et mi-septembre 2015. © Nasa, Goddard's Scientific Visualization Studio

Une fonte accélérée par la subdivision de la banquise

Autour du solstice d'été dans l'hémisphère nord, le 21 juin, lorsque l'ensoleillement est le plus important et dispense donc le maximum d'énergie, un retrait de la banquise relativement lent a été observé. Néanmoins, cela s'est accéléré en juillet, avec un taux de rapidité plus élevé que les autres années. Idem en août alors que ce dernier mois devait au contraire afficher un ralentissement. Les scientifiques pensent que la formation d'une grande trouée dans les glaces, entre la mer de Beaufort et la mer des Tchouktches, au nord et au nord-ouest de l'Alaska, en est en partie responsable. De fait, la surface des eaux libre, plus sombre, a absorbé davantage d'énergie solaire ce qui, par conséquent, a accéléré la fonte de la banquise.

« La couche de glace en Arctique devient de moins en moins résiliente a déclaré Walt Meier au site EarthObservatory (Nasa) qui l'a interrogé,  elle prend moins de temps qu'avant pour fondre ». En réalité, la calotte glaciaire, autrefois plus étendue et robuste, « était comme une forteresse ». En effet, selon une étude publiée en mars dernier dans la revue The Cryosphere, la couche de glace s'est affinée de 85 % entre 1975 et 2012. Fragilisée, elle est fragmentée en plusieurs petites banquises rongées de tous côtés par des eaux plus chaudes. Jadis (il y a donc plus de 20 ans), « l'océan ne pouvait l'attaquer que par les côtés. Maintenant, il y a comme des envahisseurs qui creusent des tunnels par en dessous et font fondre ces blocs de glace de l'intérieur ».

Pour certains, ce phénomène, accentué par le changement climatique, est une aubaine pour ouvrir et exploiter le fameux « passage du nord-ouest ». Toutefois, un trafic maritime plus important, grand émetteur de CO2, conjugué à une prospection des immenses réserves très convoitées de gaz et de pétrole - la région renfermerait 13 % des réserves mondiales de pétrole et 30 % de gaz naturel -, ne riment pas avec l'objectif affiché de plusieurs nations, pour la COP 21, de réduire les injections de gaz à effet de serre dans l'atmosphère afin de ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement global, annoncé dans les prévisions les plus optimistes. D'importants changements se sont déjà opérés dans cette région, et ailleurs, sur une période inférieure à celle d'une vie humaine.

COP21 : limiter le réchauffement climatique à 2 °C, est-ce réalisable ?  La concentration de gaz à effet de serre n’a jamais autant augmenté que ces quinze dernières années. Malgré les engagements pris par de nombreux pays, aucune solution concrète ne semble émerger. Le Cnes a rencontré Jean Jouzel, climatologue de renom, afin d’en savoir plus.