Sais-tu quel animal au joli costume irisé noir et blanc, a une excellente mémoire et peut même reconnaitre les humains à leurs visages ? Aujourd’hui, on va parler de la pie bavarde dans Bêtes de Science.


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    C'est vrai que cette année encore, l'hiver n'a pas été très froid... mais pour autant, il n'y a plus de doutes à avoir ! Ça y est, c'est le printemps ! Tous les signes sont là ! Même en pleine ville, les fleurs et les feuilles poussent de partout. Du côté des animaux, on s'active aussi ! J'ai vu quelques mouches et un petit papillon brun virevolter devant ma fenêtrefenêtre. Et puis...les oiseaux se font de moins en moins discrets ! On les entend chanter avec plus d'entrain et certains sont déjà très occupés ! Car, qui dit printemps, dit nid et bébés à venir, alors pas le temps de chômer ! Notre héroïne du jour carburecarbure déjà, et est en pleine activité.

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    Une voisine colorée à la voix rauque

    D'ailleurs, même ici, en pleine ville, au coeur de Lorient, il y a de bonnes chances de la croiser... Je la vois à l'œuvre tous les jours ! Quand elle vole dans les avenues au-dessus de nous, elle ne fait pas un bruit, mais si quelque chose de plus dérangeant capte son œilœil, elle sait se faire entendre ! 
    Et voilà ! Ça n'a pas loupé ! Le grand chien en laisse qui vient de traverser la route avec son humaine n'a pas eu l'airair de lui plaire... Il faut dire qu'il est passé juste sous son nid, sans même s'en rendre compte. Tu la vois, cette grosse massemasse sombre, en haut de la fourche de ces deux branches ? C'est lui, le nid. Et si tu regardes bien, on voit du mouvementmouvement à l'intérieur. C'est elle, la propriétaire des lieux ! Notre amie est en plein aménagement !

    Sous la lumière du soleil, le plumage de la pie révèle des reflets irisés bleus, verts et même violets. © Alexis Lours
    Sous la lumière du soleil, le plumage de la pie révèle des reflets irisés bleus, verts et même violets. © Alexis Lours

    Tu as reconnu qui est à l'origine de ces cris ? C'est une pie bavarde, de son nom latin Pica pica ! Ses cris répétitifs et secs ne sont pas aussi mélodieux que le chant du merle à nos oreilles, et pourtant, ils sont très utiles ! En les poussant, la pie prévient ses congénères de la présence gênante et potentiellement dangereuse du chien. On pense que ce sont ces cris qui lui ont donné son ancien surnom d'agasse, et bien sûr, de pie bavarde, car elle fait un sacré raffut ! Ah ! La voilà, qui s'envole et qui va se poser sur un toittoit voisin. On la reconnaît facilement en vol, aux longues plumes de sa queue, qui mesurent la moitié de la longueur totale de s on corps. Même si c'est une de mes chouchoutes et que je suis un peu biaisée, la pie bavarde est objectivement un très bel oiseau ! On pourrait croire à première vue qu'elle porteporte un élégant smoking blanc et noir, avec sa tête couleurcouleur de charbon d'un côté, et le dessus de ses ailes et de son ventre brillants d'un blanc pur comme des nuagesnuages d'été. Mais quand on y regarde de plus près, et qu'un rayon de soleilsoleil touche ses plumes sombres, c’est tout un arc-en-ciel de couleurs qu’il révèle ! Ses ailes et sa queue se parent de beaux reflets bleus, verts, violets et même mordorés ! Ses couleurs la font un peu dénoter de ses cousins, souvent vêtus de noirs et de gris. Car oui, la pie fait partie de la famille des corvidés, qui comprend les corneilles, les corbeaux, les choucas et autres geais des chênes, dont je t'ai déjà parlé dans un autre épisode.

    Des couples fidèles qui s'entraident

    Tiens, regarde ! Une deuxième pie arrive en volant et vient se poser à la fourche de l'arbrearbre, tout près du nid, avec une belle brindille dans le becbec. Il faut dire que c'est le rush pour finir la constructionconstruction ! Les oiseaux ne dorment pas dans des nids le reste de l'année, une branche abritée leur suffit, mais ils en ont absolument besoin pour y sécuriser leurs œufs et élever leur famille ! Notre première pie s'en rapproche et elles échangent des petits cris. Trop mignon ! Les pies forment des couples fidèles, qui restent ensemble toute l'année. Le mâle et la femelle défendent leur territoire ensemble contre les concurrents et les prédateurs et ils s'entraident à plein de niveaux, pour trouver de la nourriture ou construire le nid par exemple.

    Les pies sont d'excellentes imitatrices, capables de reproduire le langage humain, mais aussi toutes sortes de bruits technologiques. © YouTube, Caters Clips

    En Chine, les pies symbolisent la joie et sont aussi souvent associées à l'amour et aux mariages heureux ! Il existe aussi des proverbes anglais et français qui affirment que voir une pie toute seule porte malheur, mais bon, à part les jeunes qui ne se sont pas encore mis en couple et quelques originaux, il y a quand même plus de chance de les voir par paire qu'en solitaires... Elles vont même parfois jusqu'à former de grands groupes, surtout en automneautomne et en hiver, car les jeunes restent plusieurs mois avec leurs parents et forment ensuite des bandes d'ados, pour se serrer les coudes à plusieurs.

    Des nids solides et très bien pensés

    Approchons-nous légèrement de leur nid en pleine construction. Leur assemblage de brindilles et de branches entremêlées, et renforcé de boue et de moussemousse, est massif et très visible à travers les branches de cet arbre, encore dépourvu de feuilles. Les nids de pie peuvent rester en place plusieurs années, c'est du solidesolide ! Et malgré leur aspect grossier, ils sont plus perfectionnés qu'il n'y paraît... Si tu regardes bien, tu verras le bas, en forme de coupe, dans lequel s'installera la femelle pour couver. Et au-dessus, elles ont construit un toit ! Les pies pensent à leur confort et à celui de leur nichée, qui est constituée de 2 à 7 oeufs aux coquillescoquilles turquoise pâle, tachetées de brun !

    Un énorme nid de pie. © Frankie Fouganthin
    Un énorme nid de pie. © Frankie Fouganthin

    Si on remonte l'allée, on pourra voir deux autres nids, un peu plus loin. Et il y a fort à parier que ce soit le même couple qui joue les architectesarchitectes, sur le même territoire. Pourquoi se fatiguer pendant des semaines à construire des nids secondaires qu'elles n'utiliseront pas ? Nous n'en sommes pas encore tout à fait sûrs, mais il semblerait que ces nids alternatifs servent de leurre, et mènent les prédateurs sur une fausse piste. Comme ça, si un rapacerapace ou une corneille compte se faire une omelette, ils tomberont sur un nid vide ! Perdu ! En tout cas, nos pies ne ménagent pas leurs efforts et sont pleines de ressources ! 
    Malgré tout, il arrive que des squatteurs trouvent leur vrai nid, et s'y installent. C'est le cas du coucoucoucou gris, ou d'un autre oiseau, le coucou-geai, chez qui la femelle pond ses œufs dans le nid des autres oiseaux et les laisse s'occuper de ses bébés. Les parents pies, ainsi trompés, élèvent alors d'autres bébés oiseaux, en plus des leurs ! Quel boulot ! 

    Une mal-aimée pourchassée au rôle écologique pourtant essentiel

    Heureusement, les pies savent trouver de la nourriture pour tout ce petit monde. Elles la trouvent partout, même en ville, où elles habitent de plus en plus. Elles ne font pas les difficiles puisqu'elles sont omnivoresomnivores. Elles mangent de tout : larveslarves et insectesinsectes, graines, fruits, œufs, poussins, carcasses d'animaux morts... Cette grande flexibilité dans leur menu les rend très adaptables, et elles peuvent donc vivre sous presque toutes les latitudeslatitudes et dans tous les milieux ! Même si les humains voient souvent d'un mauvais œil leur tendance nécrophagenécrophage, c'est-à-dire le fait qu'elles mangent des animaux morts, elles jouent un rôle écologique essentiel en éliminant les carcasses et les maladies qu'elles pourraient transmettre ! Alors, on dit merci la pie ! 

    Malgré son beau plumage, et son utilité certaine, la pie bavarde a plutôt mauvaise réputation auprès des êtres humains. On l’accuse d’être une voleuse, attirée par tout ce qui brille, ce qui est une idée reçue complètement fausse. Il lui arrive aussi de consommer ce qui pousse dans les champs et les vergers. Et surtout, on lui reproche de faire disparaître les petits oiseaux, comme les mésanges, dont elle mange parfois les œufs et les poussins, pour nourrir ses propres petits. Sauf, que les scientifiques ont démontré, à plusieurs reprises, que la présence de la pie n'avait pas d'impact sur l'effondrementeffondrement du nombre de passereaux. Elle joue son rôle de prédatrice, une mission nécessaire et incontournable dans un écosystèmeécosystème. Après tout, on ne va pas accuser les écureuilsécureuils roux, alors qu'ils font exactement la même chose !

    Malheureusement, et même si la majorité des accusations contre elles sont infondées, elles ont des conséquences. Les pies sont considérées un peu partout comme « nuisibles », ou comme on le lit maintenant dans les textes de lois, elles sont classées ESOD, l'acronyme d'EspècesEspèces Susceptibles d'Occasionner des Dégâts. Qu'est-ce que ça signifie concrètement ? Eh bien, ça veut dire qu'on peut les chasser toute l'année, en les tirant au fusil ou en les piégeant. La technique de piégeage est très cruelle : un oiseau, qu'on désigne sous le terme d''appelant, est enfermé dans une toute petite cage, sans eau ni nourriture, pour attirer les autres pies qui se font abattre à leur tour... Malgré l'horrible traitement qu'on leur réserve, les pies, comme leurs cousins corvidés, sont louées pour leur intelligenceintelligence et leur capacité à s'adapter pour résoudre des problèmes ou s'installer dans de nouveaux milieux. C'est pour ça qu'elles se plaisent dans nos villes : elles évitent les rapaces sauvages qui les croquent à la campagne, mais aussi les chasseurs, et les traitements pesticidespesticides des zones agricoles... Mais qu'est-ce que l'on sait vraiment sur leurs fameuses capacités intellectuelles ? 

    Les pies retrouvent les objets cachés et ont une excellente mémoire... des visages ! 

    Comme leurs cousins, geais et corneilles, les pies sont connues pour cacher leur nourriture dans de multiples endroits, dont elles se souviennent précisément. Mais contrairement à eux, qui peuvent parfois les laisser stockés pendant des mois, les pies récupèrent leur butin le jour-même ou le lendemain. Elles se souviennent tout de même avec précision de leurs emplacements et font donc preuve d'une excellente mémoire !

    Elles sont aussi dotées d'une capacité que les bébés humains mettent plusieurs mois, voire des années à acquérir : la permanence de l'objet. Concrètement, si je prends une balle, et que tu me vois aller la cacher derrière un rideaurideau, tu sauras que la balle est là bas, même si tu ne peux plus la voir. C'est ça, la permanence de l'objet ! Comprendre qu'un objet existe toujours, même s'il n'est plus visible. C'est une compétence que notre cerveaucerveau met du temps à maitriser et si j'avais fait l'expérience avec un bébé humain de 4 mois, il aurait eu l'air surpris : pour lui, l'objet a disparu, à partir du moment où il ne le voit plus ! Mais les jeunes pies, elles, sont capables de retrouver un objet caché sous une couverture, ou derrière des écrans opaques. Les scientifiques bougent parfois même l'objet plusieurs fois, un peu comme dans une partie de bonneteau, tu sais, ce jeu où il faut suivre les déplacements d'une boule cachée sous plusieurs gobelets qui sont bougés dans tous les sens. Eh bien, à chaque fois, nos pies retrouvent l'objet. Trop fortes !

    Les pies sont souvent vues en train de piailler après les chats durant la saison de construction des nids. © YouTube, lapajoe

    Une autre étude, menée en Corée du sud, avec des pies sauvages a démontré qu'elles ne se souviennent pas seulement de leurs cachettes de nourriture, mais qu'elles peuvent aussi reconnaître les visages des humains qui les embêtent ! Lors de l'expérience, des gens grimpent à l'aide d'une grue mécanique tout près des nids des pies et manipulent leurs œufs et leurs poussins. Imagine un peu leur frayeur ! Les parents pies se sauvent et observent ces intrus s'approcher de leurs petits. Les grimpeursgrimpeurs humains sont ensuite redescendus dans la rue, et les scientifiques ont alors enregistré la réaction des parents-oiseaux. Après cette expérience, les pies sont devenues agressives envers les grimpeurs : elles se mettent à crier quand elles les voient et volent parfois très près de leur tête pour les éloigner ! Et ça, elles ne le font qu'après avoir observé les grimpeurs s'en prendre à leur nid. Les scientifiques ont aussi demandé aux grimpeurs de marcher dans la rue, avec d'autres piétons habillés de la même façon qu'eux, et crois-le ou non, les pies ne se font pas avoir ! Elles s'en sont prises uniquement aux personnes qu'elles ont vues près de leur nid, et pas aux autres ! Elles se basent donc sur autre chose que leurs vêtements pour les identifier et peuvent les reconnaître à leur visage ! C'est fou, non ? Voilà, une autre bonne raison pour laisser les pies tranquilles !