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La biométrie, une technologie coûteuse et parfois mal vue

Dossier - Les tendances de la biométrie
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La biométrie soulève autant de curiosité que de méfiance. Est-elle la panacée, à l’heure où l’électronique et le numérique s’introduisent dans le moindre des objets, ou bien le signe avant-coureur de l’instauration d’une société orwellienne ? Où en est la technologie aujourd’hui ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses ?

  
DossiersLes tendances de la biométrie
 

Si la biométrie n'a pas davantage décollé, c'est en partie pour des problèmes de coût de mise en œuvre. Par ailleurs, la biométrie est parfois mal vue, notamment en France.

Afin de remédier aux problèmes de coût rencontrés par la biométrie, un consortium nommé L1 Identity Solutions s'est formé en août 2006 à la suite de la fusion de deux sociétés majeures du domaine, Visage Technology et Identix. Depuis, il absorbe régulièrement des sociétés de la biométrie et les accole à un même fonds d'investissement.

Les plus grandes entreprises du lot ont ainsi intégré le consortium : Iridian, BioScrypt... L1 Identity Solutions opère comme une même entité auprès du gouvernement américain. Étant donné la combinaison d'expertises qu'il rassemble, le groupe pourrait devenir, à terme, le « Microsoft du domaine ».

La biométrie est une technologie coûteuse et parfois mal vue. Ici, prise d'empreintes. © NEstudio, Shutterstock

Biométrie en France et suspicion

Un fait demeure : en France, la biométrie, quelle que soit sa forme, soulève une franche contestation de la part de certains cercles. Le Gixel (Groupement des industries de l'interconnexion des composants et des sous-ensembles électroniques) a pourtant rédigé un « Livre Bleu » à l'intention du gouvernement, qui contient ce passage : « La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles ». Le Gixel a notamment prescrit d'éduquer les jeunes à la chose dès l'école maternelle.

Il s'en est suivi l'installation de bornes dans plusieurs écoles afin de gérer l'accès à la cantine, à Angers, à Gif-sur-Yvette, etc. L'opération a déclenché une opération « à la José Bové » : une vingtaine d'opposants se sont introduits en novembre 2005 dans un lycée de la vallée de Chevreuse pour détruire les bornes biométriques. Ils ont été condamnés l'année suivante.

À un niveau plus officiel, en juin 2007, le Comité consultatif national d'éthique, une autorité indépendante officiellement créée trois ans plus tôt afin d'apporter son avis sur des problèmes de société, a invité à la plus grande réserve quant à la mise en œuvre d'applications biométriques.

Origine et histoire de la biométrie

Il semble que le péché originel de la biométrie remonte à la fin du XVIIIe siècle, lorsque Bertillon découvrit que les lignes et courbes de la main différaient chez chaque personne et permettaient à elles seules d'identifier un suspect. La demande de constituer des classeurs est alors venue des services de police. Puis, à l'ère de l'informatisation, la demande d'un traitement automatique des empreintes digitales est pareillement venue des responsables du maintien de l'ordre. Comme cette demande a obtenu le soutien des gouvernements, elle a facilité l'émergence d'un marché.

Le projet Afis (Automated Fingerprint Identification System), auquel ont contribué des sociétés telles que la Sagem ou DBII, a permis dès la fin des années 1970 de stocker des centaines de millions d'empreintes. Il a été suivi de systèmes automatisant la capture d'empreintes en association avec une caméra numérique ; la société Identix, évoquée plus haut à propos du groupe L1 Identity Solutions, était déjà en piste. Pourtant, un tel usage a eu pour défaut d'entacher le secteur de la biométrie. Cela explique en partie pourquoi, en France, cette technologie est regardée avec suspicion, quelle que soit l'application visée.