Montre dite de Marie-Antoinette, Breguet n° 160, réalisée par Abraham-Louis Breguet à partir de 1783 et terminée en 1825. Reproduite à l'identique par Nicolas Hayek, entre 2004 et 2008 (Breguet n° 1160). © Wikimedia Commons, domaine public.

Sciences

Histoire : la naissance de l'horlogerie pour mesurer le temps

Question/RéponseClassé sous :Époque moderne , horlogerie , mesure du temps

À la fin du Moyen Âge, les premières horloges mécaniques publiques permettent d'afficher un temps uniforme au cours de l'année et d'abandonner l'usage des heures saisonnières variables. On adopte alors un découpage en vingt-quatre heures d'égale durée, que l'on nomme les heures équinoxiales. Bientôt, les améliorations techniques entraîneront la structuration d'une nouvelle corporation et la naissance d'un métier très recherché, celui d'horloger.

Jusqu'au XIVe siècle, la mesure du temps s'effectue à l'aide du cadran astronomique, du sablier ou de la clepsydre. Les horloges mécaniques construites vers le milieu de ce siècle sont mues par un poids descendant. Au XVe siècle, une industrie nouvelle, l'horlogerie mécanique, née en Allemagne, atteint un stade décisif de son évolution lorsque apparaît le ressort moteur. L'amélioration technique permet de créer des horloges d'extérieur et d'intérieur, des pendules de table et des montres. Au XVIe siècle, la profession d'horloger se spécialise : les procédés et la forme des pièces s'améliorent ; on voit se multiplier les horloges astronomiques garnies d'automates, grâce à la collaboration de mathématiciens.

La première horloge astronomique de Strasbourg est construite au milieu du XIVe siècle ; la deuxième date de 1575, elle est l'œuvre des frères Habrecht. Tout au long du XVe siècle, on relève la construction d'horloges publiques par des artisans majoritairement d'origine suisse. La création d'une nouvelle tradition artisanale prépare la venue d'un autre temps, celui des mécaniciens.

Partie de l'horloge astronomique de la Cathédrale de Strasbourg. © Wikimedia Commons, domaine public

L’horloge, symbole du pouvoir à la Renaissance

Au XVIe siècle, la production horlogère constitue le sommet de la complexité technologique : posséder une horloge ou une montre est un privilège réservé aux personnes fortunées. Les premiers centres de fabrication apparaissent dans les grandes villes et dans les cours royales. La ville de Paris est la première à promulguer les statuts d'une corporation d'horlogers en 1544. À Blois, sous le règne d'Henri II (1547-1559), la présence de la Cour entraîne l'essor d'artisans horlogers qui se structurent en corporation ; celle-ci demeure très active durant tout le XVIIe siècle.

Montre astronomique de Duhamel, fabriquée à Blois vers 1660. Laiton doré et argent, diamètre 3,8 cm. Musée national de la Renaissance, Ecouen. © Horlogerie Ancienne Collection.

Le second centre majeur du XVIe siècle se situe en Bavière, à Nuremberg et Augsbourg, où les artisans horlogers se spécialisent dans les horloges à automates. L'Allemagne commence également à produire des montres destinées à l'empire ottoman. À Genève et à Londres, l'immigration d'horlogers protestants français qui fuient les conflits religieux, favorise la naissance d'une production florissante au XVIIe siècle.

Horloge gothique à poids et foliot, Allemagne, XVIe siècle. Collection Musée royal d'Art et d'Histoire, Belgique. © Musées royaux d'Art et d'Histoire.

L’horloge devient pendule

Jusqu'au milieu du XVIIe siècle, l'échappement de la force motrice des horloges est régulé par un balancier « à foliot » : son va-et-vient irrégulier provoque des imprécisions pouvant aller jusqu'à une heure par jour. Pour améliorer la précision des horloges, il faut trouver un système de balancier dont l'aller-retour stable assure la marche régulière du mouvement.

Léonard de Vinci a déjà réfléchi à l'adaptation d'un pendule sur une horloge ; quant à Galilée, il utilise le pendule pour mesurer le temps de ses expériences. Mais c'est le mathématicien et astronome hollandais, Christiaan Huygens (1629-1695), qui réussit à adapter un pendule sur une horloge. La précision de l'instrument devient suffisante pour que l'on ajoute une deuxième aiguille (celle des minutes) sur le cadran de l'horloge, qui devient « une pendule ». On continue, cependant, à fabriquer des horloges à une aiguille (celle des heures) jusqu'aux années 1780. En 1675, Huygens découvre que l'utilisation d'un ressort spiral permet d'augmenter la précision et la fiabilité des montres. 

Horloge de table hexagonale à sonnerie, fabriquée à Augsbourg par David Buschmann, vers 1660. © antiquités-catalogue.com

L’horlogerie de précision au siècle des Lumières

Depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, la mesure du temps devient plus fiable et plus précise grâce à l'adoption du pendule pour les horloges, et du ressort spiral pour les montres. La recherche d'une plus grande précision est la particularité du XVIIIe siècle car des difficultés techniques ne sont pas résolues, comme la dilatation du métal des balanciers en fonction de la température ambiante. En 1726, l'horloger anglais John Harrison propose un balancier à plusieurs métaux qui compense les effets des variations thermiques.

Les pendules de haute précision ou régulateurs (destinées à donner une heure de référence pour mettre à l'heure d'autres horloges ou montres), sont de plus en plus performantes sur la longue durée et indiquent désormais les secondes. Elles vont faire la réputation des horlogers Jules et Pierre Le Roy, Ferdinand Berthoud (Horloger Mécanicien du Roi et de la Marine), Jean-André Lepaute (horloge de l'école royale militaire de Paris), Abraham Louis Breguet (montre de Marie-Antoinette), Robert Robin (horloger de Louis XVI), Antide Janvier.

La Marine a besoin d'appareils très fiables pour déterminer la position des bateaux en mer, donc la connaissance de l'heure solaire exacte par rapport au méridien de départ (calcul de la longitude). En 1735, est mis au point un prototype d'horloge insensible à la houle. En 1766, le français Pierre Le Roy invente un appareil de précision, fiable en mer, qui marque les débuts de la chronométrie moderne.

Chronomètre de marine N°2 par Ferdinand Berthoud, 1763. Musée des Arts et Métiers, Paris. © Wikimedia Commons, domaine public

Antide Janvier, horloger du roi Louis XVI

Horloger mécanicien franc-comtois, spécialiste des « planétaires », il en présente deux à Louis XVI en 1784. Le roi est un passionné d'horlogerie et d'astronomie, il fait installer Antide Janvier à Versailles et le nomme horloger du Roi. En 1789, Janvier fabrique une horloge astronomique à grandes complications, qui indique les marées sur tous les océans et ports du globe. En 1790, il entreprend la construction d'une horloge géographique qui indique l'heure véritable pour chacun des (83) départements français créés par la nouvelle Assemblée constituante. C'est Napoléon Ier qui l'acquerra en 1806 pour son cabinet de géographie de Fontainebleau.

Planétaire de Janvier, 1806. Inscription : « La petite aiguille fait deux tours par minute et 144 battements, chaque battement vaut 23 tours ». Musée Paul Dupuy, Toulouse. © Ville de Toulouse

Le succès des Comtoises

Malgré les nombreux progrès apportés à l'horlogerie au XVIIe siècle et les prouesses techniques réalisées par les horlogers mécaniciens du siècle des Lumières, les horloges à poids restent majoritairement en usage dans toute l'Europe. Elles peuvent être en fer ou en laiton, fixées au mur ou logées dans une haute caisse en bois. Au XVIIIe siècle, les horloges fabriquées en Franche-Comté (les Comtoises) supplantent toutes les productions artisanales françaises. Elles se caractérisent par la présence de deux mécanismes, l'un pour le mouvement, et l'autre, pour la sonnerie. L'entraînement est effectué par deux poids en fonte, la régulation est assurée par un long balancier (ou pendule). Elles constituent très souvent un cadeau de mariage et s'avèrent précises et fiables.

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