Des aurochs peints sur les murs de Lascaux. © Musée d'archéologie national
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Journée du patrimoine : qui est le premier scientifique à être entré dans la grotte de Lascaux ?

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Il y a 80 ans tout juste, quatre adolescents découvraient par hasard le trou qui mène à la célèbre grotte de Lascaux, en Dordogne. Mais, avant de la rendre accessible, de nombreux scientifiques y ont étudié les peintures rupestres et collecté des objets préhistoriques. L'abbé Henri Breuil fut le premier d'entre eux.

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La grotte de Lascaux est le joyau d'une couronne composée de plusieurs grottes préhistoriques ornées le long de la vallée de la Vézère, sur 40 kilomètres, entre deux communes de la Dordogne. L'histoire de la découverte de Lascaux, située à Montignac, a été maintes fois racontée, parfois romancée, mais la version la plus courante est celle de quatre adolescents et d'un chien attirés par une cavité dans la roche. C'était le 8 septembre 1940. Quatre jours plus tard, le 12 septembre, les adolescents reviennent avec d'autres camarades, des lampes à l'huile et des petits couteaux. Au fond de la cavité se trouve un trou qui débouche sur quelque chose de plus grand.

Le 19 septembre, un soldat en séjour à Montignac, se faufile dans le trou avec son carnet à croquis ; lorsqu'il ressort, les pages sont couvertes de chevaux et d'aurochs. Les peintures rupestres de Lascaux sortent alors de l'obscurité, et continuent d'attirer depuis 80 ans une foule de curieux mais aussi des scientifiques spécialistes de la préhistoire. Le premier d'entre eux a été Henri Breuil qui fut le premier scientifique à avoir pénétré dans la « chapelle Sixtine » de l'art pariétal comme il surnommait Lascaux.

Les premiers dessins de Maurice Thaon, à Lascaux.

Henri Breuil et les grottes ornées

Avec son carnet dans la poche, Maurice Thaon se rend à Brive pour rencontrer Henri Breuil, alors âgé de 63 ans. Cet abbé est spécialiste de la préhistoire et compte à son actif plusieurs découvertes de grottes préhistoriques en France et à l'étranger. Il est le premier scientifique à l'origine des premiers travaux scientifiques dans la grotte et compte une longue carrière de préhistorien derrière-lui. C'est un religieux qui a été ordonné prêtre en 1900, mais qui est attiré par les sciences naturelles. Durant son séminaire, il a suivi un enseignement où les idées évolutionnistes ont la part belle. Il rencontre Denis Peyrony, un préhistorien et reste en admiration devant les pièces d'art préhistoriques qu'il possède.

C'est avec ce dernier qu'il va explorer ses premières grottes préhistoriques en Dordogne. En septembre en 1901, il découvre avec Denis Peyrony et Louis Capitan la grotte des Combarelles et de Font-de-Gaume, en Dordogne dans la vallée de la Vézère. Ces deux grottes sont richement ornées de gravures et de peintures. Comme à Lascaux, leurs murs sont décorés d'animaux, de signes géométriques et de quelques personnages anthropomorphes. Il est en charge de copier les gravures et peintures de ces grottes.

En 1915, il découvre, cette fois-ci seul, une grotte ornée dans la falaise qui soutient le château de Commarque, toujours en Dordogne. À l'intérieur, il y a environ 150 peintures rupestres.

Ces trois grottes ont été décorées par des Homo sapiens vivant à la même période, le Magdalénien, que l'on situe entre 17.000 et 12.000 ans avant notre ère, une période culturelle qui deviendra la spécialité d'Henri Breuil. En plus de l'art rupestre, les préhistoriens trouvent des outils, des harpons, des lames faits de silex ou d'os. Ce n'est donc pas un inconnu qui arrive à Lascaux à l'automne 1940 mais une sommité. Il sera même surnommé le « Pape de la Préhistoire ».

L'abbé Breuil et d'autres scientifiques sous le panneau des aurochs à Lascaux. © AFP
Henri Breuil en train de réaliser un calque d'un cheval à Lascaux. © Musée d'Archéologie national

Henri Breuil à Lascaux

Une semaine après la découverte de Lascaux, le 21 septembre 1940, Henri Breuil est sur place. Son ami Denis Peyrony est aussi là, avec d'autres scientifiques. Il est le premier à se glisser dans la grotte pour authentifier les dessins sur les parois. Cela ne faisait aucun doute, c'était une découverte majeure, une « chapelle Sixtine ». Les scientifiques s'organisent alors pour étudier la grotte. Maurice Thaon continuera d'esquisser les peintures rupestres, Fernand Windels, photographe de métier, immortalisera les figures pariétales.

Tout en menant un travail scientifique, l'équipe aménage aussi la grotte pour la montrer aux touristes. En 1948, la grotte est praticable et l'abbé Breuil peut enfin entreprendre des fouilles. Il espère trouver des restes humains sous une scène énigmatique peinte sur les murs. Un homme, dessiné raide comme un cadavre, est face à un bison. Cette scène peinte dans le Puits semble être une représentation métaphorique de la mort. Aucun fossile humain n'a été découvert, mais un nombre impressionnant d'objets mobiliers en os, en pierre, ou encore en coquillage. La plupart de ces objets ont été récoltés par André Glory, le successeur de l'abbé Breuil qui ne voyait plus très clair. De toute façon, l'abbé s'intéresse plus aux figures picturales qu'aux objets.

La scène de l'homme devant le bison, appelé aussi l'Homme et l'oiseau. © Wikimedia Commons, CC by-sa 3.0

Henri Breuil, avec son confrère Denis Peyrony, s'attèle aussi aux premières datations des peintures. Selon leurs analyses, elles dateraient du Gravettien, une période culturelle du Paléolithique supérieur que l'on situe entre 31.000 et 22.000 ans avant notre ère. D'autres analyses faites bien plus tard, en 1950, situent ces peintures plutôt autour de 15.500, durant le Magdalénien.

En 1952, il publie en ouvrage de référence Quatre cents siècles d'art pariétal qui lui confère une autorité mondiale. Il est l'auteur de nombreux articles, notamment pour le Bulletin de la Société préhistoriques française, dont un petit échantillon est disponible sur Persée. Il meurt en 1962 après avoir été fait commandeur de la Légion d'Honneur en 1958.

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