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La « race », version ancienne et intégrale

Dossier - Diversité génétique et questions de races
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La lecture du génome humain a révélé l’ensemble de notre patrimoine héréditaire. On peut aujourd’hui mesurer précisément les différences génétiques entre personnes et populations. Ces différences réintroduisent-elles l’idée de « races » humaines biologiquement différentes ?

  
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Commençons par revenir sur cette notion de « race ». Il est important de noter que, pour l'essentiel, elle apparaît à la fin du 17e siècle et se développe surtout au 18e et 19e. Cela semble paradoxal puisqu'il s'agit de l'ère des Lumières, du progrès technique, de la foi en la rationalité et la démocratie...

Mais simultanément se développent l'esclavage, la colonisation, l'exploitation de populations entières, ce qui aboutit à une contradiction flagrante entre les idéaux de la société et ses actes. Cette contradiction est « résolue » en affirmant que les indigènes ou les « nègres » appartiennent à des « races inférieures », moins évoluées, moins intelligentes, plus primitives, ce qui légitime leur assujettissement. A cette époque l'idée de « race » (théorisée par de nombreux penseurs dont le Français Gobineau, auteur du « Traité sur l'inégalité des races ») est une évidence. Nombre d'images présentent l'Africain comme un intermédiaire entre le singe et l'homme.

Planche extraite de l’ouvrage « Histoire naturelle du genre humain » par Julien Joseph Virey (Paris, 1801).

Cette conception, et ces représentations, persistent au cours du 20e siècle, comme en témoigne cette couverture d'un livre publié en 1929 et qui place un « Tasmanien » entre le chimpanzé et l'homme.

La notion de « race » est en fait floue et complexe, et associe au moins trois composantes : l'ethnicité culturelle (le langage, la religion, les coutumes et l'habillement...), l'attitude de la société et des institutions (comme aux Etats-Unis où toute personne ayant même un seul ancêtre noir était considérée comme noire), et des caractères biologiques comme la couleur de la peau, la texture des cheveux, les traits du visage... En « version intégrale », l'idéologie raciale affirme que l'humanité est divisée en races, qui sont biologiquement et génétiquement distinctes et présentent chacune des comportements caractéristiques et héréditaires.

De ce point de vue, les races sont inégales et, naturellement, c'est la variété blanche, européenne, aryenne qui est la meilleure, la plus évoluée et qui a pour mission de régenter toutes les autres.