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Homo sapiens : arrivé plus tôt que prévu ?

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Quand l'homme moderne débarqué d'Afrique a-t-il colonisé l'Europe, et à quelle vitesse ? De nouvelles avancées en matière de datation par la méthode du carbone 14 mettent en lumière des modèles très rapides de migration en Europe centrale et de l'ouest. A la clé, l'apparition précoce d'Homo sapiens, et la disparition accélérée de son concurrent Néanderthal.

Ces traces laissées par des pas humains dans la grotte Chauvet, initialement datées de 31 000 ou 32 000 ans, pourraient en réalité accuser 4000 ans de plus

Selon des chercheurs de l'Université de Cambrigde, et après une analyse nouvelle du modèle de datation des fossiles et des objets façonnés, la dissémination d'Homo sapiens a été plus rapide que ce que l'on pensait jusqu'ici, durant la période cruciale située entre 50 000 et 35 000 ans. De fait, la coexistence avec l'homme de Néanderthal (H. neanderthalensis) aurait été courte. Et Homo sapiens aurait conquis l'Europe en 5000 ans seulement. Ainsi, d'après l'archéologue Paul Mellars, publié par la revue Nature(1) , Néanderthal a succombé plus rapidement à l'homme moderne.

On a longtemps pensé que l'homme moderne arrivé d'Afrique, Homo sapiens, a fait son apparition en Europe de l'ouest il y a environ 40 000 ans, et aurait ainsi été en compétition avec les populations locales pendant au moins 12 000 ans. La chronologie révisée par les chercheurs réduit à 6000 ans cette cohabitation avec Néanderthal dans le nord et le centre de l'Europe, et peut-être même seulement 1000 à 2000 ans en France.

Tout un pan de l'archéologie doit être révisé

La datation au carbone 14 (14C), introduite après la seconde guerre mondiale, a été largement utilisée pour situer historiquement des événements très anciens, avec une limite de 50 000 ans. Rappelons qu'il s'agit d'une méthode de datation radioactive. Elle part du principe que le rapport entre l'isotope 14 du carbone, instable sur le plan radioactif, et l'isotope 12 stable reste constant dans l'atmosphère durant la période d'existence de la matière organique concernée (plante, animal...), et surtout que cette proportion est la même dans l'atmosphère et dans la matière organique (vivante) qui l'a absorbé. Il suffit donc de mesurer la présence de carbone dans des restes organiques pour en déduire, d'après la période de demi-vie du 14C, l'âge de ces restes.

Les scientifiques ont longtemps pensé que la méthode pouvait entraîner une incertitude, faible, de quelques centaines d'années. Mais ils ont aussi toujours craint deux sources d'erreurs importantes : la contamination d'échantillons par du carbone plus récent, et des variations dans les proportions entre 14C et 12C dues aux fluctuations des radiations cosmiques qui touchent l'atmosphère supérieure.

Or des techniques récentes ont permis de réduire la contamination des échantillons. Et des recherches dans les sédiments des eaux profondes au large du Venezuela d'une part, et dans carottages glaciaires au Groenland d'autre part ont mis en évidence des variations dans la teneur en carbone entre 30 000 et 40 000, et du même coup ont mené à recalibrer les modèles de datation. Ainsi, une datation standard au 14C donnant un âge de 40 000 ans ramène à un âge réel de 43 000 ans. Plus significatif encore : 35 000 ans deviennent en réalité 40 500 !

Si ces résultats devaient être confirmés, c'est tout un pan de l'archéologie qui serait à revisiter dans la période située entre moins 30 000 et moins 40 000 ans. Ainsi fossiles et preuves archéologiques prendraient un sérieux coup de vieux. L'homme moderne serait arrivé plus tôt, et l'extinction de Néanderthal, supposée il y a environ 30 000 ans, devrait être revue elle aussi. D'après ces nouvelles estimations, Homo sapiens a donc parcouru l'Europe non plus en 7000 ans, mais en 5000 années seulement, à une vitesse de 400 mètres par an.

Plus près de nous (géographiquement), c'est la datation des splendeurs de la grotte Chauvet, dans le sud de la France, qui doit être corrigée : son âge ne serait plus de 31 000 ou 32 000 ans, mais proche de 36 000 ans...

(1) Nature 439, 931-935

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