Santé

Coeur artificiel Carmat : un court-circuit explique-t-il le décès ?

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Pour le professeur Alain Carpentier, concepteur du premier cœur artificiel total, le décès du patient qui a reçu un cœur artificiel Carmat semble dû à un dysfonctionnement d'un composant électrique, un « court-circuit ». Carmat, la société qui réalise cet appareil, affirme que les analyses sont encore en cours.

Le premier cœur artificiel total, capable de s'adapter à la vie de son porteur, a été implanté chez un patient le 18 décembre 2013. Les deux ventricules (à droite) sont greffés sur les oreillettes (à gauche). Le matériau dont il est constitué le rend biocompatible. Le premier patient chez qui il a été installé est décédé 74 jours après l'opération. Les causes sont actuellement recherchées. © Carmat

« Court-circuit »... Le terme lâché dimanche 16 mars par le professeur Alain Carpentier, concepteur du cœur artificiel total, pour expliquer le décès du patient a fait l'effet d'une bombe. L'emploi de ce mot a été très mal vécu par la société Carmat, qui s'est empressée de publier un communiqué de presse afin de rassurer le grand public, et surtout ses actionnaires, sur la poursuite du protocole. La communication autour de cette première médicale s'emballe sur fond de crispations entre l'équipe médicale et Carmat. Avec une question : le décès est-il dû à une défaillance de la machine ?

Une panne de composant ? Le professeur Daniel Duveau (CHU de Nantes) est l'un des deux chirurgiens, avec le professeur Christian Latrémouille (hôpital Georges-Pompidou), auteur de l'implantation du cœur artificiel« Un dysfonctionnement d'un composant électrique dont nous ignorons la cause est suspecté, a-t-il expliqué lundi matin. Mais, et c'est un point très positif, nous avons observé que l'intelligence du système avait parfaitement fonctionné. C'est-à-dire que la machine a réagi devant cette panne pour redémarrer et assurer pendant un certain temps un minimum de pression et de débit. Malheureusement, cela n'a pas suffi. » Le professeur Duveau ajoute que « ce dysfonctionnement ne remet pas en cause la totalité du système. C'est un peu comme dans un moteur de voiture : ce n'est pas parce que vous avez un problème de bougie que votre voiture devient inutilisable ».

Le cœur artificiel de l'entreprise Carmat, relié aux oreillettes du patient, comporte deux ventricules qui assurent le mouvement du sang grâce à une pompe motorisée. Grâce à une analyse en temps réel, la puissance est régulée en fonction des besoins. © Carmat

Un court-circuit dans la communication autour du cœur Carmat

Dans un communiqué de presse daté de ce lundi 17 mars, la société Carmat, qui réalise ce cœur, s'empresse de « confirmer la poursuite de l'essai clinique ». Le professeur Duveau précise que « le protocole n'est ni arrêté ni suspendu ». Rappelons que dans un premier temps, quatre implantations étaient programmées. « La prochaine n'aura lieu que lorsque nous aurons identifié la cause et établi sa correction »« Nous sommes en présence d'une société [Carmat, NDLR] qui, du fait qu'elle est capitalisée en bourse, est extrêmement sensible à toute médiatisation », reprend le professeur Duveau. Le cours boursier a effectivement évolué ces dernières semaines au rythme des déclarations. Qu'elles soient positives, avec l'annonce par Carmat le 20 décembre dernier de cette première mondiale qui avait eu lieu deux jours plus tôt, ou négatives, avec le décès du patient et un dispositif vraisemblablement en cause.

Avec le recul, on peut également se poser la question de la crédibilité des communiqués de presse de l'hôpital européen Georges-Pompidou. Un exemple : le 18 février 2014 — soit 12 jours avant le décès survenu le 2 mars —, un communiqué annonce que « l'état du malade est jugé satisfaisant. [...] Le patient s'alimente et ne nécessite plus d'assistance respiratoire continue. Il se soumet volontiers aux exercices de rééducation physique qui lui permettent d'augmenter progressivement son périmètre de marche. »

Mises en parallèle, les déclarations de la famille du malade dans le Journal du dimanche posent question. « Il a fait un malaise le 10 janvier. [...] Après, cela a été la dégringolade. Il n'est jamais sorti de réanimation. Il n'a plus mangé de viande ni de légumes. Il se nourrissait de crèmes vitaminées, de compotes et de yaourts. » Certes, on peut estimer que tout cela illustre les différentes perceptions d'un médecin et d'une famille par rapport au statut d'un proche. Mais tout de même... Et le professeur Duveau de conclure que « s'il n'y avait eu que moi ou plus globalement l'équipe médicale, nous aurions fait les quatre premières implantations en toute discrétion. Et nous n'aurions publié les résultats qu'au terme de ces interventions ». À l'image d'une étude clinique classique, en somme.

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