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L'anxiété ne fait pas sentir la vie en rose...

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L'état émotionnel influence la perception des odeurs. Des chercheurs viennent de montrer que les personnes anxieuses trouvent les odeurs plus désagréables que les autres. En effet, le stress provoquerait une réorganisation des circuits cérébraux impliqués dans l'olfaction.

Une odeur n'existe pas en tant que telle, ce qui est réel, c'est l'évènement qui a permis la rencontre d'une molécule et d'un récepteur. Ainsi, les caractéristiques d'une odeur résultent autant de la personne qui la respire que du composé humé. Or, le plaisir ou le déplaisir dépendent uniquement de l'observant. Une étude abonde en ce sens, et met en évidence l’influence de l’état émotionnel anxieux sur une perception plus désagréable des odeurs. © horstm22, Flickr, cc by nc nd 2.0

L'odorat est un sens vital pour de nombreuses espèces animales. Il délivre des informations importantes sur l'environnement et permet d'accomplir certaines tâches comme rechercher de la nourriture, éviter un prédateur ou reconnaître un partenaire sexuel. Chez l'Homme, l'odorat est beaucoup moins bien développé que chez d'autres animaux. Il joue cependant un rôle non négligeable dans les relations humaines, par exemple dans le lien entre une mère et son enfant.

Lorsque l'on respire un parfum, différents composés chimiques volatils pénètrent dans la cavité nasale et activent les millions de récepteurs olfactifs qui la tapissent. Un message nerveux prend alors naissance et se dirige vers le cortex cérébral, puis vers d'autres régions du cerveau comme l'hippocampe, qui est par ailleurs impliqué dans la mémoire. Selon les spécialistes, c'est probablement ce qui explique pourquoi certaines senteurs font ressurgir des souvenirs. Ainsi, Proust se retrouvait en enfance en humant des madeleines.

Les odeurs peuvent renvoyer à différents souvenirs et sont propres à chaque individu. Chez Marcel Proust, l'odeur de la madeleine le replonge en enfance. © Bernard Leprêtre, Wikimedia Commons, cc by sa 2.5

Des chercheurs de l'université du Wisconsin à Madison (États-Unis) se sont intéressés au problème inverse. Ils se sont demandé comment les émotions pouvaient influencer la perception des odeurs. Leurs résultats ont de quoi surprendre. Selon eux, l'anxiété induirait une réorganisation des circuits cérébraux et modifierait la façon dont nous les saisissons. Ces résultats sont publiés dans la revue Journal of Neuroscience.

Le stress rend les odeurs désagréables

Pour ces travaux, les scientifiques ont sélectionné 12 personnes. L'expérience s'est déroulée en trois étapes. Dans un premier temps, les candidats ont dû observer des images et des textes choquants, censés les angoisser. Les participants ont ensuite senti des odeurs neutres, c'est-à-dire ni agréables ni désagréables. Enfin, les scientifiques ont observé l'activité de leurs cerveaux grâce à l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf).

Les auteurs ont montré que les circuits cérébraux impliqués dans la détection des odeurs et dans la formation des émotions s'activaient ensemble lorsque les individus étaient en état de stress« Normalement, seul le système olfactif s'active, mais lorsqu'une personne est anxieuse, le circuit des émotions s'allume et devient un composant à part entière du système olfactif », explique Wen Li, la directrice de ces expériences. Cette double activation a un effet direct sur les perceptions olfactives. Les scientifiques ont souligné que plus les personnes étaient inquiètes et plus les odeurs devenaient déplaisantes pour elles.

Ces résultats nous éclairent sur le mécanisme biologique se produisant lors de périodes d'angoisse. « Lorsque nous sommes stressés, nous voyons le monde sous un mauvais jour et même les odeurs y contribuent. Cela pourrait alors nous rendre encore plus soucieux, c'est une sorte de cercle vicieux », ajoute la chercheuse.