Santé

La flore intestinale peut protéger du paludisme

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Des micro-organismes de la flore intestinale constitueraient une barrière naturelle contre le paludisme. En effet, certaines bactéries expriment à leur surface des molécules comparables à celles du parasite, d'où la présence d'anticorps dirigés contre Plasmodium.

L'équipe de Miguel Soares de l’Instituto Gulbenkian de Ciencia (Portugal) a découvert qu'une bactérie de la flore intestinale protège du paludisme. © J Roberto Keller (IGC)

L'organisme humain vit en symbiose avec une vaste communauté de micro-organismes hébergée par l'intestin. Cette flore intestinale joue un rôle essentiel dans certaines fonctions physiologiques (digestion, immunité...) et participe au maintien d'une bonne santé générale. Des micro-organismes de l'intestin, comme E. coli, expriment à leur surface des molécules de sucre, les glycanes, contre lesquels le système immunitaire peut fabriquer des anticorps. Si ces anticorps reconnaissent des molécules de pathogènes, alors ils peuvent empêcher la progression de maladies... 

Plasmodium, l'agent qui cause le paludisme, et qui est transmis par la piqûre de moustiques, exprime une molécule de sucre appelée alpha-gal, également présente à la surface d'une souche d'E. coli de la flore intestinaleE. coli O86 :B7. Dans un article de Cell, des chercheurs portugais ont découvert que la présence de cette souche particulière d'E. coli pourrait constituer un mécanisme de défense naturelle contre le paludisme.

Dans les régions où le paludisme est endémique, seulement une partie des adultes piqués par des moustiques sont finalement infectés par le parasite et développent la maladie. Cela laisse à penser que des adultes pourraient posséder un mécanisme de défense naturelle. En revanche, les enfants semblent bien plus vulnérables et sont particulièrement touchés avant l'âge de 3-5 ans. En 2013, d'après l'OMS, il y aurait eu 584.000 décès dus au paludisme, dont la plupart causés parmi des enfants africains.

Anopheles gambiae est un moustique qui peut transmettre l’agent du paludisme. © CDC/James Gathany, Wikimedia Commons, DP

Les anticorps dirigés contre le sucre bactérien protègent du paludisme

En analysant les échantillons sanguins d'individus d'une région endémique du Mali, l'équipe a montré que des niveaux faibles d'anticorps anti-alpha-gal étaient liés à un risque plus élevé de contracter la maladie. À l'inverse, les personnes qui avaient les niveaux les plus élevés de ces mêmes anticorps étaient moins susceptibles d'être infectées et de développer la maladie. La raison pour laquelle les jeunes enfants sont plus souvent affectés par la maladie pourrait être qu'ils n'ont pas encore produit suffisamment d'anticorps dirigés contre les molécules alpha-gal.

Dans des expériences sur la souris, l'expression du sucre alpha-gal par les bactéries de la flore intestinale a permis d'induire la production d'anticorps naturels qui reconnaissent la même molécule exprimée à la surface des parasites. Ces anticorps s'attachent au sucre de Plasmodium, immédiatement après l'inoculation dans la peau par un moustique. Ensuite, les anticorps activent la cascade du complément qui détruit le parasite avant qu'il ne se déplace de la peau vers le sang : la  transmission du paludisme est bloquée.

Enfin, les chercheurs ont montré que, si l'on vaccine les souris contre le sucre alpha-gal, elles produisent des quantités importantes d'anticorps qui protègent contre la transmission du paludisme. Cela suggère qu'une telle approche pourrait être utilisée chez l'Homme.

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