La maîtrise d’une seconde langue : un remède préventif contre la maladie d’Alzheimer ? S’il n’existe pas de certitude sur cette relation complexe, les études montrent déjà que le bilinguisme est bénéfique pour la cognition et la structure du cerveau.


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    Bien que le monde soit organisé en quelque 200 pays, il existe plus de 6 000 langues et dialectes. Dès lors, beaucoup de personnes sont bilingues, c'est-à-dire capables de parler couramment deux langues distinctes. Ces personnes possèdent un cerveau capable de sélectionner la langue à utiliser en fonction du contexte et d'inhiber l'autre.

    Des recherches antérieures soutiennent que le bilinguisme présente un impact sur la cognition et la structure du cerveau. « Le fait d'être bilingue implique de gérer un plus large éventail d'options en termes de langue et de culture, d'être capable de diriger l'attention, de gérer une carte mentale, etc. En fonction des capacités et de l'expérience, cela peut à la fois exiger et fournir des ressources cognitives plus importantes », explique Miquel Serra, consultant externe en bioéthique à l'Université de Barcelone pour The Conversation.

    Entretenir son « capital-cerveau » grâce aux langues

    On peut alors se poser la question de l'intérêt du bilinguisme pour retarder le vieillissement du cerveau et le protéger de la démence. La Fondation Alzheimer rappelle qu'il est nécessaire d'entretenir et de développer son « capital-cerveau » pour lutter contre l'apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer : « Le cerveau étant un organe complexe mais plastiqueplastique, des connexions entre les cellules nerveuses peuvent se créer tout au long de notre vie lors de nouvelles acquisitions et de nouveaux apprentissages qui entretiennent notre capital-cerveau. » Effectivement, il existe deux formes de bilinguisme selon le moment d'apprentissage d'une langue : le « précoce », qui s'acquiert dans la petite enfance, et le « successif », lorsque la seconde langue est intégrée plus tard dans la vie.

    Mais aujourd'hui encore, l'efficacité du bilinguisme dans la lutte contre le déclin cognitif fait l'objet d'un débat.

    La plupart des spécialistes s'accordent à reconnaître les bienfaits du bilinguisme pour la croissance d'un enfant. © WavebreakMediaMicro, Adobe Stock
    La plupart des spécialistes s'accordent à reconnaître les bienfaits du bilinguisme pour la croissance d'un enfant. © WavebreakMediaMicro, Adobe Stock

    Que sait-on du lien entre bilinguisme et déclin cognitif ?

    D'après une étude publiée dans Neuropsychologia, le bilinguisme entrainerait des modifications anatomiques et fonctionnelles protectrices dans des zones du cerveau pouvant être touchées par la maladie d’Alzheimer. Les sujets bilingues ont notamment un cortexcortex plus épais dans les zones du contrôle du langage et des fonctions exécutives (l'ensemble des capacités cognitives nécessaires pour contrôler le comportement). L'utilisation des compétences liées au bilinguisme serait même corrélée à un délai d'apparition des symptômes de la maladie d'Alzheimermaladie d'Alzheimer et à un report du diagnosticdiagnostic clinique par rapport aux individus ne parlant qu'une seule langue.

    Une étude parue l’année dernière dans cette même revue indique que le bilinguisme affecte de manière positive la matièrematière blanche associée au vieillissement. « Les résultats de notre analyse indiquent qu'un engagement accru dans l'utilisation des langues bilingues tout au long de la vie est corrélé à un déclin plus lent de l'intégritéintégrité de la substance blanchesubstance blanche avec l'âge », notent les chercheurs.

    Le bilinguisme serait associé à une augmentation des mécanismes compensatoires au déclin neurocognitif lié à l'âge, retardant ainsi l'apparition des symptômes de démence. Il n'est sans doute pas trop tard pour apprendre une seconde langue et protéger son cerveau du vieillissement et des maladies qui lui sont associées...