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Tavelure du pommier : résistance inquiétante aux fongicides

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La tavelure du pommier est la principale maladie des pommiers. Une étude américaine vient de montrer que les champignons responsables de cette maladie peuvent s'adapter aux quatre principaux fongicides censés les attaquer, semant l'inquiétude dans l'agriculture intensive.

Les principaux fongicides contre la tavelure du pommier sont en passe de devenir inefficaces. Ici, une photo montrant les symptômes sur ce fruit. © Bruno Le Cam/Inra

Venturia inaequalis, le champignon responsable de la tavelure du pommier, pourrait bien devenir résistant à ses quatre principaux fongicides. C'est ce que révèle une étude américaine - très inquiétante pour l'agriculture conventionnelle - publiée cette semaine dans la revue Plant Disease.

La tavelure du pommier est la principale maladie du pommier. Elle est présente dans le monde entier et globalement, où il y a des pommiers, il y a de la tavelure. D'ailleurs, selon les travaux de l'équipe Ecofun de l’Inra d'Angers, que dirige Bruno Le Cam, c'est la domestication du pommier, il y a 8.000 ans environ, qui a favorisé l'émergence de cette maladie importée d'Asie centrale en Europe en même temps que son hôte. Si ce pathogène qui attaque feuilles et fruits peut réduire voire anéantir la production d'un arbre, il ne le tue cependant pas.

Carte retraçant l'histoire du couple pommier-Venturia inaequalis (les points correspondent aux prélèvements effectués pour déterminer l'histoire du couple hôte-parasite). © Bruno Le Cam / Inra

Quatre fongicides K.O.

Pour lutter contre la tavelure du pommier, les arboriculteurs peuvent utiliser plusieurs fongicides parmi lesquels la dodine, le kresoxim-méthyl, le myclobutanil et le thiophanate-méthyl. Selon l'étude de Kimberly Chapman et ses collègues (de l'université Purdue et l'université du Michigan), les champignons responsables de la tavelure seraient capables de devenir résistants à ces quatre agents actifs. La tuile !

Ces fongicides sont utilisés depuis des décennies par les arboriculteurs (la dodine a été mise sur le marché à la fin des années 1950 aux États-Unis) et les pommiers reçoivent entre cinq et quinze traitements par an uniquement pour lutter contre la tavelure, en fonction de la variété de pommiers et des conditions climatiques. C'est dire si ce champignon est persona non grata. Et pour cause, « une tolérance zéro est exigée pour les symptômes de la tavelure » concernant les pommes destinées à la vente, rappelle Bruno Le Cam, contacté par Futura-Sciences. 

Symptômes de la tavelure du pommier sur des feuilles. © Sa Majesté la Reine aux droits du Canada, 2006

On savait que les parasites étaient capables de s'adapter aux pesticides ou à des variétés naturellement résistantes, à l'instar de l'adaptation des bactéries aux antibiotiques. D'ailleurs, Bruno Le Cam rappelle que « dans la course à l'armement, c'est toujours le pathogène qui gagne, car il présente une formidable capacité à s'adapter ». Mais que certaines souches de champignon se soient adaptées aux quatre fongicides est une performance évolutive.

Aucun préjudice pour les champignons

L'étude américaine ne s'arrête pas là. En général, lorsqu'un organisme développe une résistance pour un pathogène ou un agent de stress, il devient plus exposé à un autre stress et sa capacité à se reproduire (fitness) diminue. Une sorte de trade-off, donc.

Mais dans ce cas, non seulement les champignons responsables de la tavelure deviennent résistants aux quatre fongicides, mais en plus, cette adaptation n'a visiblement aucun effet nocif sur leur reproduction. Les fongicides deviennent tout bonnement inutiles.

Ne soyons pas trop alarmistes pour autant. D'abord, parce que cette situation n'est pas généralisée, les tests ont été réalisés dans des vergers où des pertes d'efficacité des fongicides avaient effectivement été observées. En outre, à l'issue de cette expérience, seulement 12 % des champignons étaient résistants aux quatre fongicides et 38 % à deux d'entre eux. Ce qui fait que ceux-ci ont tout de même un bel avenir devant eux sous réserve que les arboriculteurs continuent à les utiliser à bon escient afin de préserver leur efficacité.

Et si Ariane décollait ?

Pourtant, Janna Beckerman, co-auteur de la publication, est inquiète. Selon elle, l'unique solution pour les arboriculteurs est de revenir à des fongicides anciens. Conseil qui ravira les partisans du bio...

Il existe cependant d'autres méthodes, comme la sélection de pommiers naturellement résistants à la tavelure. C'est le cas de la variété Ariane, créée par l'Inra en 1979. L'équipe de Bruno Le Cam travaille justement sur les mécanismes de contournement de ces résistances chez le champignon de la tavelure. Cependant, « 90 % de la production mondiale de pommes est basée sur dix à quinze variétés qui ne sont pas résistantes à la tavelure ». Peut-être le bon moment pour changer cela...

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