Les admirables travaux que Lacaze-Duthiers a effectués durant un long séjour en Algérie à La Calle (Marsa al-Kharaz) et publiés en 1864 avec de magnifiques planches nous ont fourni l'essentiel de la connaissance de la morphologiemorphologie du corailcorail rouge. Alors, selon vous, pourquoi ce corail est-il rouge ?

Les ramifications du corail rouge, porteuses de polypes capteurs de plancton, forment un filtre très efficace. Ici, dans la réserve marine de Carry-le-Rouet. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites
Les ramifications du corail rouge, porteuses de polypes capteurs de plancton, forment un filtre très efficace. Ici, dans la réserve marine de Carry-le-Rouet. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites

Morphologie du corail rouge : polypes, ectoderme, mésoglée…

Le corail rouge est un organisme colonial : une « branche » de corail rouge avec son tronc fixé au substratsubstrat et ses ramifications est une colonie constituée de multiples unités fonctionnelles, les polypes. Ceux-ci sont contenus dans des petites loges insérées dans une gaine commune, le coenenchyme (ou cortexcortex, ou peau), qui enveloppe le squelette axialsquelette axial commun. Sous l'ectodermeectoderme, qui forme la surface externe du coenenchyme, il y a une couche gélatineuse appelée mésogléemésoglée.

Figure 9 : organisation morphologique d'une colonie de corail rouge. © D'après R.C. Moore, reproduction et utilisation interdites
Figure 9 : organisation morphologique d'une colonie de corail rouge. © D'après R.C. Moore, reproduction et utilisation interdites

Tous les polypes communiquent entre eux par des canaux ; ils partagent ainsi métabolitesmétabolites et informations. Un polype est doté de huit tentacules pennés (= Octocoralliaires), armés de nématocystesnématocystes, qui entourent une bouche (fig. 9). Celle-ci est la seule ouverture vers l'extérieur de la cavité corporelle. Elle a une fonction gastriquegastrique et abrite aussi les gonadesgonades portées par des feuillets. Les petits canaux qui partent des polypes forment un réseau dense connecté à des canaux principaux qui courent le long de l'axe calcifié. Les polypes épanouissent leur couronne de tentacules à l'extérieur pour se nourrir et s'oxygéner, et les rétractent dans leur loge selon des rythmes mal connus.

Le squelette calcifié et sa couleur rouge

Le corail rouge possède deux types de squelette calcifié :

  • un squelette axial, fixé au substrat, ramifié et de section plus ou moins circulaire, qui est utilisé en bijouterie ;
  • un squelette particulaire, constitué d'innombrables petits scléritessclérites inclus dans la mésoglée.
Figure 10a : corail rouge albinos avec des colonies normales. Marseille, 12 mètres. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites
Figure 10a : corail rouge albinos avec des colonies normales. Marseille, 12 mètres. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites

Corail rouge : des colonies albinos

Le coenenchyme et l'axe calcifié ont une belle couleurcouleur rouge. Le rouge de la « peau » est plus clair que celui de l'axe, qui est plus ou moins foncé selon les régions. Cette belle couleur est donnée par des pigments caroténoïdescaroténoïdes thermolabiles. Quelques rares colonies peuvent être albinos (fig. 10a).

Figure 10b : le corail rouge se ramifie en éventail ou en buisson selon le mode de circulation de l'eau qui le nourrit. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites
Figure 10b : le corail rouge se ramifie en éventail ou en buisson selon le mode de circulation de l'eau qui le nourrit. © J.-G. Harmelin, tous droits réservés, reproduction et utilisation interdites

La forme de la colonie est très variable. Les ramifications peuvent se faire dans un même plan, ou au contraire se développer en buisson : la colonie adapte sa forme en fonction du type de courant (linéaire ou turbulent) pour collecter la nourriture le plus efficacement possible (fig. 10b). Mais, comme pour la couleur, il semble y avoir des particularités régionales dans la forme des ramifications. Des études en cours utilisant des marqueurs moléculaires nous diront peut-être si ces particularités traduisent une différenciation génétiquegénétique.