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Comment les abeilles étouffent les frelons

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Quand l'énorme prédateur attaque l'essaim, les abeilles de Chypre le recouvrent entièrement et l'empêchent de respirer. La technique est différente de celle employée par d'autres abeilles et illustre l'évolution des stratégies guerrières entre proies et prédateurs...

Sous cette mêlée d’abeilles, pas de ballon de rugby mais un frelon en train d’étouffer… © Emmanouil Filippou

A Chypre, une espèce locale d'abeille (Apis mellifera cypria) dispose d'un moyen redoutable pour se débarrasser de son plus terrible prédateur, le frelon oriental (Vespa orientalis). Face à ce géant qui les dévorent une à une avec ses puissantes mandibules, les petites abeilles ne peuvent utiliser leurs dards, pas assez longs pour percer l'épaisse cuticule de l'agresseur. Alors, elles s'agglutinent autour de lui, formant une boule compacte enfermant complètement le frelon (voir la vidéo). Au bout de plusieurs dizaines de minutes, les abeilles se séparent, découvrant le cadavre de l'attaquant.

Cette stratégie est la même que celle des abeilles asiatiques, dont les chercheurs avaient déjà percé le secret : c'est en augmentant la température au-delà de 45 °C par la seule présence de leurs corps emmêlés que ces insectes tuent le frelon. Les abeilles de Chypre doivent donc procéder de la même manière, pensait-on. Pas du tout ! affirme un groupe de chercheurs gréco-français qui s'est penché sur cette affaire.

Le frelon oriental, qui vit à Chypre et en Arabie, tolère très bien la chaleur et une température de 45 ° C, voire 50 °C, ne lui fait pas peur. En fait, Vespa orientalis résiste mieux à la canicule que les abeilles... Alexandros Papachristoforou et son équipe de l'université Aristote, à Thessalonique, associés au Laboratoire Evolution, Génomes, Spéciation, de Gif-sur-Yvette (CNRS), ont trouvé la solution de l'énigme : les abeilles de Chypre étouffent le frelon.

Connais les défauts de ton adversaire…

Comme tous les insectes, cet hyménoptère respire à travers des orifices, appelés spiracles, disposés en général sur le thorax et l'abdomen, et communiquant avec des trachées qui se ramifient dans tout le corps. Chez le frelon, ces spiracles se situent essentiellement sur l'abdomen, et plus précisément sur les tergites, ces segments articulés qui glissent les uns sur les autres. En se contractant rythmiquement, l'abdomen aspire et exhale l'air des trachées. Mais ces spiracles sont situés de telle façon que lorsque l'abdomen se contracte et que les tergites se recouvrent partiellement, ces orifices sont obstrués.

C'est ce vice de conception que mettent à profit les abeilles de Chypre. En exerçant une forte pression sur l'abdomen du frelon, la mêlée d'abeilles le contracte et les spiracles ne sont plus à l'air libre. L'agresseur ne peut plus respirer et finit par mourir étouffé.

Pour démontrer leur idée, les chercheurs ont collé des petites pièces en plastique sur l'abdomen d'un frelon pour empêcher le recouvrement des tergites et donc l'obstruction des spiracles. Résultat : le frelon n'en sort toujours pas vivant mais les abeilles mettent une heure et demie à en venir à bout, soit 50 % de plus qu'en temps normal.

Pour les chercheurs, cette stratégie est un bon exemple d'adaptation d'une proie à l'un de ses prédateurs. Vivant relativement isolées sur l'île de Chypre, ces abeilles locales côtoient ce frelon oriental, leur pire ennemi, depuis très longtemps sans avoir vécu d'invasions d'autres prédateurs. Dans cette situation stable, les abeilles ont donc eu le temps de peaufiner leur stratégie...

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