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Les paléontologues sont sur la piste d'une sixième extinction massive

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Faut-il ajouter une sixième extinction massive aux cinq grandes crises biologiques qu'a connues la biosphère ? Alors que la question fait l'objet d'un débat depuis quelques années, un groupe de spécialistes en géosciences vient d'apporter des éléments nouveaux alimentant cette hypothèse. L'extinction se serait produite au Capitanien, il y a 262 millions d'années.

À la surface des trois strates calcaires de couleur jaunâtre visibles sur cette photo prise sur un affleurement de la formation Kapp Starostin, au Spitzberg, en Norvège, se trouve des traces d'une extinction survenue pendant le Permien moyen. Il pourrait s'agir de la sixième grande crise biologique connue de la biosphère. © Dierk Blomeier

L'extinction du Permien-Trias est la plus importante crise biologique du Phanérozoïque (du grec phaneros, « visible », et zôon, « animal »). Elle s'est produite il y a environ 252 millions d'années et était plus importante que celle du Crétacé-Tertiaire qui a vu la disparition des dinosaures non aviens. Mais, depuis quelque temps, les géologues et paléontologues suspectaient qu'une autre extinction massive se soit produite quelques millions d'années auparavant. Il y a environ 262 millions d'années, d'assez importantes coulées de basaltes ont en effet été à l'origine des fameuses trapps d’Emeishan, des cousines bien moins impressionnantes que celles de Sibérie et du Deccan mais tout de même assez importantes pour impacter la biosphère.

Les sédiments d'une mer peu profonde qui bordait à l'époque ce qui allait devenir la province d'Emeishan, au sud-est de la Chine, montraient en effet une brusque réduction de la diversité biologique au Capitanien, le dernier étage du Guadalupien (aussi appelé Guadalupéen, ce terme désigne une époque géologique du Permien faisant partie de l'ère paléozoïque et dont le nom dérive des Guadalupe Mountains, au Texas, qui sont elles-mêmes nommées d'après la rivière espagnole Guadalupe).

Il était tentant d'y voir une conséquence de l'émission d'un demi-million de kilomètres cubes de basalte par les trapps d'Emeishan qui aurait libéré des gaz sulfurés et du dioxyde de carbone causant d'abord un refroidissement et une acidification des océans puis une montée des températures.

Dans la région du Spitzberg, en Norvège, une expédition géologique a permis d'étudier les roches datant du Permien moyen. © Dierk Blomeier

Des mers des tropiques aux régions tempérées, une même extinction

Certains chercheurs se sont demandé si l'extinction n'avait été que régionale ou si elle avait affecté la Planète entière mais les archives géologiques restaient muettes sur ce point. Du moins jusqu'à présent à en croire un article publié dans le Geological Society of America Bulletin par une équipe de chercheurs en géosciences.

Menée par le paléontologue David Bond, de l'université de Hull, au Royaume-Uni, cette équipe a analysé des sédiments trouvés au Spitzberg, la principale île de l'archipel du Svalbard (Norvège). Il s'agit plus précisément de cherts, des roches siliceuses qui contiennent aussi de nombreuses espèces de brachiopodes. Elles se sont en l'occurrence déposées au milieu du Permien dans des eaux situées aux latitudes moyennes et donc plus froides que celles bordant la province d'Emeishan, qui étaient tropicales à cette époque. Or, brusquement, les brachiopodes ont disparu de ces strates qui se sont déposées sous quelques dizaines de mètres d'eau.

Bien que la datation soit encore peu sûre, il semble bien que l'événement se soit produit au Capitanien et soit contemporain de l'extinction découverte près des trapps d'Emeishan. Si tel est bien le cas, l'extinction aurait été globale et pourrait donc être suffisamment importante pour prendre place parmi les crises biologiques majeures de la biosphère en devenant la sixième extinction de masse.

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