Lorsque l’on évoque la disparition des insectes pollinisateurs, on pense immédiatement aux abeilles. Pourtant, des chercheurs signalent aujourd’hui que les populations de bourdons sont également en grande difficulté.

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[EN VIDÉO] Intelligence animale : un bourdon apprend à tirer une ficelle ! Pour les scientifiques, ces images sont surprenantes. Des bourdons ont pu apprendre une technique complexe : tirer sur une corde pour attraper de la nourriture autrement inaccessible (un liquide sucré). Jusque-là, seuls des oiseaux et quelques mammifères étaient censés avoir cette capacité. Mieux, ce savoir-faire a été transmis à d’autres bourdons, qui ont observé leurs congénères savants. L’apprentissage, par un individu et au sein d’un groupe, est donc bien plus répandu dans le monde animal qu’on ne l’imaginait.

Dans la presse, les abeilles et leur disparition annoncée font régulièrement le buzz. Les bourdons, eux, sont moins populaires. Des chercheurs, pourtant, se sont récemment intéressés aux populations de bourdons qui vivent dans le Michigan (États-Unis) d'une part, et au Canada d'autre part. Et leurs travaux montrent des taux de présence extrêmement bas.

Le saviez-vous ?

Le terme bourdon est un terme qui désigne plusieurs espèces d’insectes du genre Bombus, mais en aucun cas, le mâle de l’abeille. Les faux bourdons, eux, ne butinent pas. Les bourdons, en revanche, apparaissent comme des pollinisateurs infatigables. Ils sont plus trapus et plus velus que leurs cousines, les abeilles.

L'étude dirigée par l'université de l’État du Michigan a compilé des données remontant jusqu'aux années 1880. Objectif : établir la distribution de 12 espècesespèces de bourdons, avant et après les années 2000. Leurs résultats concluent notamment à une perte de :

  • 100 % des bourdons à tache rousse ;
  • 98 % des bourdons américains ;
  • 71 % des bourdons à bande jaune ;
  • 65 % des bourdons jaunes.

En revanche, bonne nouvelle pour les bourdons communs de l'Est et le bourdon à ceinture brune dont les populations croissent respectivement de 31 % et des 10 %.

Pour extraire le pollen nécessaire à la fécondation du bleuet, sa fleur doit être vigoureusement secouée, à tel point que presque seuls les bourdons sont capables de le faire. © Aconcagua, Wikipedia, CC by-sa 3.0
Pour extraire le pollen nécessaire à la fécondation du bleuet, sa fleur doit être vigoureusement secouée, à tel point que presque seuls les bourdons sont capables de le faire. © Aconcagua, Wikipedia, CC by-sa 3.0

Des États-Unis au Canada, les bourdons en difficulté

Selon les chercheurs, les espèces en déclin sont celles qui collectent leur pollen sur un nombre restreint d'espèces de plantes. Plus précisément, ils observent que ces bourdons se nourrissent sur des plantes des prairies et des campagnes fleurissant l'été. Or, à cette saisonsaison, il y a moins de fleurs qu'au printemps. Et ces dernières années, de nombreuses prairies ont disparu, menant à leur perte certains bourdons dont la capacité à s’adapter aux changements est réduite.

Et même si ces résultats ne concernent que le Michigan, les scientifiques imaginent qu'ils peuvent être étendus au reste du monde. D'autant que des confrères de l'université de York à Toronto (Canada) ont, de leur côté, remarqué que la zone d'occurrence du bourdon américain a diminué d'environ 70 % et son abondance, relative par rapport aux autres abeilles, de 89 % entre 2007 et 2016, comparativement à une période comprise entre 1907 et 2006.

De quoi, estiment les chercheurs, classer le bourdon américain dans la catégorie des espèces en voie de disparition imminente au Canada. Et là encore, perte de l'habitat et réchauffement climatique sont incriminés. « Le bourdon américain est toujours présent au Canada et des mesures immédiates pourraient lui éviter le même sort que le bourdon à tache rousse que plus personne n'a aperçu dans le pays depuis 10 ans », conclut Sheila Colla, une spécialiste de la question.