Au cours d'une expédition nocturne dans la forêt amazonienne, un entomologiste a repéré un étrange animal au son particulier qu'il émettait. Il faisait la rencontre de l'une des plus grosses araignées au monde. Récit de cette expérience rare, vécue avec une espèce habituellement discrète.
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« Quand j'ai allumé la lumièrelumière [de ma lampe frontale], je n'ai pas compris ce que je voyais », se souvient Piotr Naskrecki, entomologisteentomologiste au Musée de zoologie comparative de l'université Harvard, aux États-Unis. Alors en randonnée nocturnenocturne dans la forêt équatoriale de Guyana, il est dérangé par un curieux bruit.

Pensant d'abord à un opossumopossum ou à un rat, il tombe neznez à nez avec une araignée Goliath (Theraphosa blondi) encore appelée mygale de Leblond, l'une des espèces les plus grosses au monde, pouvant atteindre 30 centimètres d'envergure. Sur les quinze dernières années à parcourir l'Amérique du Sud, le spécialiste n'en avait croisé qu'à deux reprises. Ce n'est pas que l'espèceespèce soit en danger. Elle est au contraire très commune, mais elle est timide.

Le spécimen pèse ici 170 grammes, soit l'équivalent d'un chiot, et présente un abdomenabdomen gros comme un poing, rapporte le scientifique. Disposant de pointes et de griffes au bout de ses longues pattes, on comprend d'où provient le son très distinct de cliquetis que fait l'animal en se déplaçant et qui « n'est pas sans rappeler celui des sabots d'un cheval frappant le sol », en moins fort, souligne Piotr Naskrecki.

Vivant en milieu humide, l'araignée Goliath creuse son terrier profondément dans le sol ou bien profite d'un terrier abandonné. © Ltshears, <em>Wikimedia Commons</em>, cc by sa 3.0

Vivant en milieu humide, l'araignée Goliath creuse son terrier profondément dans le sol ou bien profite d'un terrier abandonné. © Ltshears, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0

Vénimeuse mais pas mortelle

Tout autant surprise que le scientifique, la femelle se frotte alors les pattes arrière contre l'abdomen pour lui envoyer une nuée de poils urticants microscopiques. Ceux-ci peuvent être « extrêmement douloureux » explique l'entomologiste : dans l'œilœil, par exemple, où ils peuvent séjourner des jours.

Elle n'a en revanche pas fait usage de son autre moyen de défense : ses chélicèreschélicères venimeux de deux centimètres de long (avec un record connu de 3,8 cm). Pas mortelle pour l'être humain, la morsuremorsure neurotoxique de l'araignée Goliath s'avère elle aussi très douloureuse, « comme celle d'un clou qu'on enfonce dans la main ». Elle aurait également pu frotter ses pattes avant pour déclencher une stridulation de mise en garde, un peu comme le son de bandes de VelcroVelcro que l'on sépare.

Surnommée de façon inappropriée mangeuse d'oiseaux (en anglais, birdeater), la mygale de Leblond peut néanmoins tuer de petits animaux. Grenouilles, insectesinsectes, vers de terreterre et même serpents, « elles attaquent essentiellement tout ce qu'elles rencontrent » au sol, la nuit, résume Piotr Naskrecki. L'animal est depuis conservé dans la collection de l'université de Guyana, en tant qu'outil pédagogique.