Le braconnage est combattu en raison de ses conséquences sur la biodiversité. © Serikbaib, Adobe Stock
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Braconnage : 5 origines psychologiques identifiées pour les clients des trafics d'animaux

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La lutte contre le braconnage et ses conséquences désastreuses sur la biodiversité se focalise souvent sur les personnes tenant les armes. Des chercheurs ont voulu changer de point de vue, en profilant les clients de ce braconnage. Cinq raisons principales ont émergé.

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La loi de l'offre et de la demande. En matière de lutte contre le braconnage, les défenseurs de l'environnement agissent principalement sur l'offre. Mettant en œuvre différentes stratégies pour réduire la chasse d'espèces animales et le prélèvement d'espèces végétales. Depuis peu, les yeux se tournent aussi vers la demande. Pourquoi certaines personnes consomment les produits de ce braconnage ? Quelles sont leurs motivations ? Des chercheurs ont voulu en savoir plus. En analysant la littérature existante, et en consultant divers experts, ils ont établi cinq raisons cachées derrière ces achats.

Expérientielle, sociale, fonctionnelle, financière, spirituelle, si chacune de ces raisons renferme des sous-catégories, elles permettent de segmenter le marché des consommateurs pour mieux l'appréhender. Dès lors, les interventions peuvent être adaptées au profil psychologique visé. Sachant que certains clients ressentent simultanément plusieurs de ces motivations. 

Les raisons derrière l'achat des produits du braconnage sont multiples, et ne devraient pas être appréhendées de la même façon. © LUMO, Adobe Stock

Cinq causes distinctes

Un objectif « expérientiel » signifie que la personne tend à se faire plaisir, à apprécier la nouveauté, ou à vouloir satisfaire sa curiosité. Une motivation sociale implique « le désir de nouer ou de renforcer des relations sociales », écrivent les chercheurs. Ce qui peut passer par des achats ostentatoires afin « d'impressionner les pairs », dans un contexte où cet achat assoit une classe sociale. En économie, cette demande de biens onéreux « est connue sous le nom d'effet snob ».

À côté, une raison « fonctionnelle » repose « sur l'utilisation pratique d'un produit ou sur la fonction qu'il remplit ». Ledit produit peut alors répondre à des besoins de base, comme se nourrir ou se chauffer. Tandis que les biens achetés dans un but financier « sont recherchés pour la valeur monétaire qu'ils peuvent fournir ». La dernière catégorie, l'intention spirituelle, fait écho à une protection, de la chance, ou de la fortune, qui seraient amenées par l'objet. Elle peut coïncider avec une fonction sociale.

Les cinq raisons évoquées conduisent à plusieurs sous-catégories. © Thomas‐Walters et al. 2020, Conservation Biology

Cartographier pour mieux cibler

Face à ce profilage, les chercheurs émettent quelques mises en garde. Notamment sur les personnes éprouvant ces motivations, qui ne seraient pas forcément les consommateurs finaux, mais parfois des intermédiaires. Par exemple, la médecine traditionnelle chinoise considère que les hippocampes séchés ont de multiples vertus. Les chercheurs expliquent que si une personne se rend chez un praticien de cette médecine, et se voit prescrire des hippocampes séchés, « alors la demande d'hippocampes ne proviendrait pas nécessairement du patient ». Mettant l'accent sur la nécessité de cibler au mieux l'origine de la demande.

De la même façon, si un cadre juridique tente de restreindre la demande pour des produits du braconnage, mais que ce cadre contredit des croyances profondément ancrées chez les fonctionnaires devant l'appliquer..., cette législation risque de se révéler inefficace. Voire contre-productive. « Dans ces situations, les défenseurs de l'environnement [...] devraient collaborer avec les acteurs locaux », proposent les auteurs.

Ils concluent en soulignant que cartographier les raisons des clients du braconnage permet de clarifier « la complexité de l'utilisation individuelle des produits de la faune et du commerce des espèces sauvages en général ». Et qu'une telle cartographie est cruciale pour rendre les interventions de réduction de la demande plus efficaces.

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