En l'an 632 de Notre Ford, les bébés naissent en éprouvette. © freshidea, Fotolia

Sciences

Le Meilleur des mondes

Brave New World
Aldous Huxley
LivreClassé sous :science-fiction , Aldous Huxley , Le meilleur des mondes

Dans Le Meilleur des mondes, célèbre dystopie publiée en 1932, Aldous Huxley nous donne la vision d'un futur possible. Il nous dépeint une société eugéniste où la natalité serait sous le contrôle des scientifiques. Dans ce monde huxleyien, nous sommes sur le chemin du rêve transhumaniste et le Soma, une drogue bienfaisante, permet d'être éternellement heureux. Ce roman décrit aussi une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, les évasions et les rêves proscrits. Bref, une dictature parfaite.

Résumé du livre

Aldous Huxley - Le Meilleur des mondes

En l'an 632 de Notre Ford, les étudiants fraîchement arrivés sont invités à visiter le centre de l'Incubation et du Conditionnement de Londres-Central. À cette occasion, le directeur (le DIC) leur explique le processus de création des êtres humains.

Il leur raconte qu'autrefois les bébés naissaient d'une mère et d'un père et qu'ils étaient élevés dans des foyers. Mais après la guerre de 9 ans commencée en l'an 141 de Notre Ford, tout a changé. 

Dans ce nouvel État mondial, les bébés naissent en éprouvette. Les embryons sont désormais génétiquement modifiés afin de créer des hommes et des femmes en plusieurs groupes uniformes selon un système de castes : les Alphas, les Bêtas, les Gammas, les Epsilons et les Deltas. Ils sont ensuite élevés dans des centres de conditionnement. 

Bernard Marx, psychologue Alpha Plus a un physique bien inférieur à celui de sa caste. Une rumeur prétend que ce serait dû à une erreur alors qu'il n'était encore qu'un embryon. Cette différence physique rend difficile son intégration sociale mais lui permet de voir les choses différemment et de résister à la pensée commune.

Il invite Lenina Crowne, une jeune Gamma, à se rendre dans la réserve des sauvages au Nouveau Mexique. Cet espace de 560.000 km², loin de toute civilisation dans lequel vivent 60.000 Indiens et métis sauvages, est entouré d'une clôture électrique qui les empêche de s'enfuir. Lors de leur visite parmi ce peuple au mode de vie primitif, Bernard et Lenina ont la surprise de tomber sur John, un sauvage à la peau blanche qui parle anglais. Le jeune homme leur présente alors Linda, sa mère, une femme de 44 ans obèse et abîmée par l'alcool

Cette dernière se trouve être une ancienne Bêta. Les chasseurs de la réserve l'ont trouvée blessée suite à une chute et l'ont ramenée au pueblo. Elle s'est alors aperçue qu'elle était tombée accidentellement enceinte du DIC. Elle n'a alors pas pu avorter et, par honte d'avoir un enfant, a préféré rester vivre dans la réserve plutôt que rentrer chez elle.

Bernard Marx décide de ramener John et Linda à Londres. De nombreuses personnalités voulant voir le sauvage, Bernard se sert du jeune homme et devient alors un personnage de première importance. Mais le succès lui monte rapidement à la tête.

À son arrivée, John quant à lui est fasciné à l'idée de découvrir cet univers dont sa mère lui a tant fait les louanges. Mais suite à de trop fortes doses de soma, Linda meurt. Déçu par le monde civilisé, le jeune homme se met en colère et finit par s'exiler loin de cette société... qui ne tardera pas à le retrouver. 

Mythologie

Si les héros du roman portent le nom de personnages historiques (Bernard Marx probablement pour Claude Bernard et Karl Marx, Helmholtz Watson pour Hermann von Helmhotz et John Watson, Lenina pour Lénine...), une partie du vocabulaire créé par Huxley dérive également parfois de noms de personnes réelles.

  • Malthusien : À l'origine, le malthusianisme est une doctrine de Thomas Malthus, un économiste et démographe britannique préconisant la restriction démographique. Huxley l'emploie comme adjectif dans ceinturon malthusien ou exercices malthusiens. Dans le livre, les femmes doivent faire leurs exercices malthusiens pour ne pas tomber enceinte. Elles portent également autour de la taille un ceinturon malthusien qui est une cartouchière remplie de préservatifs.
  • Ford : Le culte de Ford s'est substitué au christianisme. La croix est remplacée par le T, les dates sont comptées à partir de Ford et non plus de Jésus Christ. Il est également employé dans des expressions comme « Oh mon Ford » ou « Ford soit loué ». L'auteur fait référence à Henry Ford, fondateur de la célèbre entreprise automobile et créateur de la Ford T, première voiture produite en masse.
  • Le soma : Le soma est une substance créée par des spécialistes en pharmacologie et en biochimie dont la consommation est encouragée par l'État. Il a des effets euphoriques, narcotiques et hallucinogènes mais sans les effets négatifs de l'alcool ou de la drogue. Par contre, il diminue l'espérance de vie qui ne peut désormais dépasser les 60 ans. Les citoyens en prennent chaque fois qu'ils veulent s'évader de la réalité. Le soma permet de calmer l'anxiété, l'angoisse, la colère ou la tristesse et d'être éternellement heureux.
Dans Le Meilleur des mondes, les embryons sont génétiquement modifiés. © Gina Sanders, Fotolia

Analyse

Un bonheur illusoire

Sous ses abords utopiques, malgré la jeunesse et le bonheur éternels, la société décrite par Huxley représente-t-elle réellement le meilleur des mondes ? 

Dans son livre, l'écrivain réfléchit aux dérives que les progrès techniques pourraient amener. La manipulation génétique via une technique appelée Procédure Bokanosky permet de créer des embryons identiques afin de créer des groupes uniformes d'individus. Les hommes et les femmes ainsi créés sont ensuite conditionnés pour correspondre à leurs classes. De cette manière, la stabilité et la hiérarchie sociale sont assurées. Tout est contrôlé, planifié à l'extrême. La population est ensuite droguée avec le soma qui n'apporte qu'une joie illusoire.

En 1958, soit 27 ans plus tard, Huxley fit une relecture de son roman dans un essai intitulé Retour au meilleur des mondes dans lequel il écrivit : « Les prophéties faites en 1931 se réalisent bien plus tôt que je le pensais. »

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