SpaceX abandonne l'idée de faire atterrir sa capsule Dragon avec des rétrofusées. Ici, une image de synthèse de la version habitée de la capsule Dragon V2, en approche de l'ISS. © SpaceX

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SpaceX abandonne l'idée de faire atterrir sa capsule Dragon avec des rétrofusées

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SpaceX souhaitait faire atterrir les Dragon, ses capsules habitées, (sur Terre comme sur Mars) d'une façon similaire à celle utilisée pour récupérer l'étage principal de son lanceur Falcon 9, c'est-à-dire avec des rétrofusées. Mais il doit revoir ses plans.

SpaceX, qui prévoyait de faire atterrir sur la terre ferme ses capsules habitées à l'aide de huit propulseurs SuperDraco répartis autour de la capsule, doit revoir ses plans. Il renonce en effet à ce système d'atterrissage à cause des certifications en matière de sécurité pour le transport spatial d'astronautes. Il faut savoir que les contraintes de sécurité imposées aux vols habités stipulent que n'importe quelle combinaison de deux pannes doit toujours résulter en une situation de sécurité pour l'équipage à bord du véhicule.

Pour expliquer cet abandon, Elon Musk a dit brièvement : « [La société SpaceX] est moins convaincue qu'un atterrissage par le biais de rétrofusées soit la meilleure solution pour atterrir sur Mars ». Il a indiqué dans un tweet qu'il travaillait sur une « solution technique bien meilleure », ajoutant que cette solution alternative serait adaptée à tous ses véhicules de transport d'astronautes.

Nous pensons que le fait que l'utilisation des propulseurs SuperDraco soit également possible en cas de défaillance du lanceur pour éjecter la capsule est certainement l'une des causes de cet abandon, si ce n'est la principale raison. En effet, un système de propulsion avec deux fonctions distinctes doit être difficile à certifier pour des vols habités.

Pour poser sa capsule Red Dragon sur Mars, SpaceX devra faire différemment de ce qu'il prévoyait. © SpaceX


SpaceX pourrait s’inspirer des capsules russes Soyouz

Cette décision semble ne pas avoir trop de conséquences sur le développement de la capsule, dont les premiers vols d'essais sont toujours prévus en 2018. En revanche, dans ce contexte, le lancement de la capsule Red Dragon à destination de Mars (qui avait déjà été reporté de 2018 à 2020) pourrait être décalé à la fenêtre de tir de 2022. Celle-ci devait également se poser sur Mars par le biais de rétrofusées, plus puissantes que les SuperDraco, et démontrer qu'elle pouvait redécoller du sol martien, sans faire le voyage retour vers la Terre.

Pour le coup, l'abandon de ce système d'atterrissage sur les capsules martiennes est plus problématique pour SpaceX. Le même système de propulsion devait être utilisé pour atterrir et redécoller de Mars. Dans ce contexte d'incertitude technique, SpaceX procède à une révision de l'architecture globale de son programme martien présentée en septembre 2016, lors du 67e congrès international d'astronautique de Guadalajara (Mexique). Cela pourrait se traduire par une réduction de la taille du véhicule spatial ITS (Interplanetary Transport System) et l'annonce d'une nouvelle façon de faire atterrir ses capsules habitées.

Retour du français Thomas Pesquet à bord d'une capsule Soyouz (juin 2017) après une descente sous parachute. On aperçoit les rétrofusées en action quelques dizaines de centimètres avant l'atterrissage de la capsule. © S. Corvaja, ESA

Pour faire atterrir la version de la capsule habitée qui sera utilisée pour les rotations des équipages américains à bord de la Station spatiale internationale, les options techniques ne sont pas nombreuses. Bien que la descente sous parachute et l'amerrissage sur l'océan soit la méthode préférée de la Nasa, la capsule de SpaceX devrait s'inspirer de la façon dont atterrissent les capsules russes Soyouz depuis des dizaines d'années. Pour se poser, celles-ci utilisent un parachute principal qui se déploie à quelque 8 kilomètres puis, à un mètre du sol, six rétrofusées situées en dessous de la capsule se déclenchent afin de réduire la vitesse de descente à environ 5 km/h et minimiser ainsi l'impact.

Pour en savoir plus

SpaceX dévoile la version habitée de la capsule Dragon

Article de Rémy Decourt publié le 30/05/2014

Afin de ne plus dépendre des Soyouz russes pour accéder à la Station spatiale internationale, la Nasa finance depuis 2010 trois projets privés d'un transport spatial. SpaceX vient de dévoiler la version habitée de la sa capsule Dragon, actuellement utilisée pour le ravitaillement de l'ISS. Un premier vol d'essai inhabité est prévu en 2015.

SpaceX vient de dévoiler la version habitée de sa capsule Dragon dont Futura-Sciences s'était fait l'écho en avril 2013, lors d'une présentation très américaine au siège de la société à Hawthorne près de Los Angeles en Californie. Cette capsule habitée sera capable de transporter jusqu'à sept passagers à destination de la Station spatiale internationale. Elle sera utilisée également pour le retour sur Terre et comme véhicule de sauvetage.

Point fort de cette capsule, elle pourra se poser à peu près partout sur Terre. En effet, sa motorisation est suffisante pour, après la séparation d'avec l'ISS, modifier sa trajectoire avant la rentrée dans l'atmosphère. Pour le retour au sol, SpaceX prévoit toujours une freinage ultime par rétrofusées. Elle n'utilisera donc pas de parachutes, sauf en cas de dysfonctionnement des moteurs. Ce vaisseau présente donc l'immense avantage d'être utilisable très rapidement notamment pour une mission de sauvetage, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui avec les capsules Soyouz.

Le lancement de cette capsule habitée se fera depuis le Centre spatial Kennedy, sur le pas de LC-39A, site historique de l'épopée spatiale. La Nasa l'a en effet loué à SpaceX pour les 20 prochaines années. Pour rappel, ce pas de tir a servi dès le 9 novembre 1967 aux lancements de 12 fusées géantes Saturne 5 et à 80 envols de la navette spatiale du 12 avril 1981 (premier vol d'une navette) au 8 juillet 2011 (avec Atlantis). Tous les vols habités vers la Lune, à l'exception de la mission Apollo-10 avec un lancement le 18 mai 1969, sont partis du LC-39A qui s'étend sur 65 hectares.

Un vol de la capsule Dragon V2 avec retour de 6 astronautes, freinage atmosphérique et atterrissage en douceur sur rétrofusées. © SpaceX

Objectif : une capsule habitée opérationnelle fin 2017

Cette capsule est réalisée dans le cadre du Commercial Crew Program de la Nasa qui compte également la capsule CST-100 de Boeing et la mininavette spatial Dream Chaser de Sierra Nevada. Malgré des retards sur les plannings initiaux, la Nasa se satisfait de l'état d'avancement respectif de ces trois projets en compétition pour transporter ses astronautes que l'agence spatiale finance par étape.

Ces trois sociétés prévoient un vol d'essai, inhabité dans le courant de l'année 2015 et un premier vol de démonstration habitée à destination de la Station spatiale internationale à l'automne 2017. Si les financements suivent, le service pourrait devenir opérationnel fin 2017.

Seul bémol, avant la crise russo-ukrainienne, le Congrès s'interrogeait aujourd'hui sur l'intérêt de financer un système de transport spatial à une seule destination (l'ISS) pour une durée réduite. Pour comprendre ses réticences, il faut savoir qu'en parallèle la Nasa développe sa propre capsule, l'Orion-MPCV, pour ses futures expéditions lointaines dans le Système solaire et que la fin de vie de l'ISS est prévue en 2020, voire 2024. Certes, il est question de moins dépendre des capacités de transport spatial russes pour accéder à la Station spatiale internationale, mais avec une fin de vie aussi rapprochée et des places à bord du Soyouz acquises jusqu'en 2017, l'interrogation du Congrès à financer ce programme est légitime dans ces temps de crises. Mais cela, c'était avant les tensions avec Moscou liées à la crise ukrainienne.

Pour rappel, aujourd'hui, seule la Russie est capable de transporter des astronautes jusqu'à la Station et les redescendre sur Terre à bord des capsules Soyouz. Pour transporter ses astronautes la Nasa achète des places dans les capsules Soyouz. Mais cela a un coût. Et il est en augmentation constante depuis l'achat des premières places avant le retrait des navettes. Il était alors de seulement 26,3 millions de dollars. Aujourd'hui, il lui en coûte 459 millions de dollars pour 6 places (76,3 millions par siège) pour la période 2017-2018. Une somme à comparer aux 70,7 millions à débourser pour la période précédente (2016-2017) et aux 51 millions de dollars pour la période 2011-2012.