À La Havane, près du buste d'Hemingway. © Antoine, DR

Planète

1986 : Antoine accoste à Cuba, entre iguanes et récifs coralliens

ActualitéClassé sous :Voyage , Antoine , cuba

Cette année 2017, j'ai réalisé mon septième voyage à Cuba... De 1968 à 2017, j'ai visité l'île en avion, en voilier, et, cette année, à bord d'une de ces magnifiques voitures américaines des années cinquante qui font désormais partie du patrimoine cubain. Au fil des années, j'ai vu évoluer ce pays fascinant. À l'occasion de la publication par Warner Home Video de notre film Cuba est une Fête, je vous propose de revivre avec moi chacun de ces voyages. En exclusivité, Futura-Voyages, dont je suis le parrain, diffusera six épisodes. Voici le deuxième. Nous sommes en 1986. Suivront un diaporama et des clips vidéo. De quoi flâner à Cuba jusqu'à Noël !

Noël 1985. Après avoir visité le Brésil, les Antilles et la côte est de l'Amérique du Nord jusqu'à Saint-Pierre-et-Miquelon et le Québec, mon second bateau, lancé en 1981, le petit sloop Voyage, met le cap sur Cuba.

Le courant du Gulf stream, qui prend naissance dans le golfe du Mexique, se glisse, avant d'affronter les eaux de l'Atlantique, dans l'étroit passage qui sépare Cuba de la Floride. Le traverser sur un voilier est délicat, car le vent d'est dominant, l'alizé, dresse une mer agitée à la surface des cent millions de mètres cubes d'eaux tièdes que le Gulf stream débite à chaque seconde.

Antoine sur le sloop Voyage. © Jean-Pierre Laffont, DR

De l'autre côté du Gulf stream

En ce début de janvier 1987, mon équipière Titou et moi avons choisi une période de calme ; nous avons aussi pris soin de demander des cartes de touristes à l'ambassade cubaine à Paris, et bien nous a pris, car dès que nous approchons la marina Hemingway, une vedette de la marine cubaine vient nous arraisonner, nous somme d'affaler les voiles et de la suivre jusqu'à l'intérieur de la marina.

Elle consiste essentiellement en une série de canaux déserts : les immeubles, les villas qui étaient prévus avant la révolution castriste n'ont jamais été construits. L'accueil est toutefois excellent, le médecin qui vient vérifier nos vaccins nous parle avec émotion de littérature française et cubaine : la misère règne à Cuba, mais le régime veille à ce que les Cubains soient cultivés.

Marina Hemingway à La Havane. © Antoine, DR

Le periodo especial

Au ponton où aucun autre voilier n'est amarré, on nous offre notre premier mojito (à consommer à modération !), et nous retrouvons un ami français, Pierre Vedel, grand cuisinier parisien, qui tente d'ouvrir un restaurant gastronomique à Cuba. Cela semble présomptueux, vu la complexité des règlements, en particulier dans cette période difficile, le periodo especial ; mais Pierre est optimiste, son associé cubain lui a assuré que « le commounisme trrropical » est plus relax que celui de Russie. À ma connaissance, pourtant, le restaurant n'a jamais pu être créé.

Nous rencontrons aussi un jeune attaché d'ambassade français, qui nous confiera qu'il vit une belle histoire d'amour avec une jolie Cubaine ; mais ce n'est pas simple non plus, il doit la voir en cachette, et ne peut rien lui offrir : si elle rentrait chez elle avec un blue-jean neuf, par exemple, le comité de quartier verrait cela d'un très mauvais œil...

Attention, vidéo d'époque. Nous sommes en 1986. Antoine est devenu navigateur au long cours et retourne avec son propre bateau à Cuba, pays qu'il a déjà visité en 1968. © Antoine

Une médecine de pointe, mais…

En 1986, il vaut mieux ne pas tomber malade à Cuba : la médecine est une discipline privilégiée par le régime castriste, qui envoie même des médecins cubains dans divers pays socialistes mais les médecins ont peu de moyens. L'ophtalmologiste que nous devons consulter exerce dans un de ces immeubles ruinés par trente années sans entretien, et elle dispose en tout et pour tout d'une sorte de petite loupe munie d'une torche. Elle prescrit un collyre... impossible à trouver à Cuba.

Heureusement que nous en avons dans la pharmacie du bord, car les officines de La Havane sont imposantes, avec leurs immenses étagères de bois... entièrement vides, comme tous les magasins d'ailleurs, où la peu fréquente arrivée de quelques paires de chaussures engendre parfois une longue file d'attente. Pourtant notre ami de l'ambassade nous emmène visiter un des diplomaticos, magasins réservés aux diplomates et autres étrangers ayant accès à des devises, ceux qui payent en roubles accèdent au rez-de-chaussée, où les rayons sont un peu plus garnis de matières de première nécessité. Mais ceux qui paient en devises convertibles accèdent à l'étage à une vraie caverne d'Ali baba où l'on trouve climatiseurs, champagne ou appareils électroménagers inaccessibles aux Cubains.

Au large de la baie de Cayo Largo. © Antoine, DR

Les « cayos », ou « cayes » : une infinité d’îlots coralliens

La grande île de Cuba est flanquée de milliers d'îles basses sur l'eau, la plupart édifiées sur des milliards de milliards de squelettes minuscules, les polypes coralliens. La partie nord de l'île est fréquemment exposée aux « northers », de violents vents du nord. Nous choisissons donc de nous diriger vers la partie sud, l'immense lagon qui s'étend à l'est de l'île de la Jeunesse. Nous faisons avec Voyage le tour de l'extrémité ouest de Cuba, où se dressent d'imposants radars, qui semblent brouiller le nôtre. Chaque fois que nous croisons un bateau de pêche, il se détourne comme pour nous examiner de près : à Cuba, en 1986, chaque citoyen semble chargé de surveiller son prochain.

Enfin, nous retrouvons la beauté et la paix des îles tropicales que nous aimons, dans les archipels des Canarreos (350 îlots dont le plus grand, de loin, est l'Isla de la Juventud, et des Jardins de la Reine (250 îlots s'étirant sur 75 milles nautiques, soit 130 km) dans la petite Cayo Largo, où s'est installée la première base de charter nautique de Cuba. Un skipper italien, Vittorio doi Malingri, qui deviendra bientôt un grand champion dans son pays, nous fait découvrir des récifs de corail sous lesquels se cachent (à peine) des centaines de langoustes et des îlots habités d'iguanes nonchalants.

Iguane terrestre des Canarreos. © Jean-Pierre Laffont, DR

Iguane de terre et iguane de mer

Contrairement à ceux des Galápagos qui plongent pour brouter des algues (de retour sur terre, ils les réchauffent ensuite en s'exposant au soleil pour les digérer), les iguanes des Canarreos sont des sauriens terrestres qui se nourrissent essentiellement d'insectes.

Il existe en fait un grand nombre d'espèces et ont en commun avec certains lézards l'« autotomie » : leur queue se détache d'elle-même s'ils ont besoin de s'enfuir. Mon équipière, Titou en fait l'amère expérience : désobéissant aux consignes, elle se retrouve soudain avec, se tortillant dans sa main, le volumineux appendice caudal abandonné par un iguane qui a pris la fuite. Heureusement, comme chez les lézards, cet appendice repousse rapidement !

La semaine prochaine, je vous raconterai le tournage en 1997 de notre premier documentaire sur Cuba, et nous vous révèlerons comment, bien avant l'ère des drones, nous avons pu rassembler de magnifiques et rares images vidéo aériennes de Cuba.